Discours politique

Charles de Gaulle, Allocution du 26 octobre 1962 (26/10/1962)

Françaises, Français,

Après-demain, en toute clarté et en toute sérénité, vous allez par votre vote engager le sort du pays.

La question, qu'en ma qualité de président de la République et m'appuyant sur la Constitution, je pose aux citoyens français est aussi nette que possible : "Voulez - vous, dorénavant, élire vous - mêmes votre président au suffrage universel ?"

La raison de cette proposition c'est qu'à l'époque moderne il faut une tête à un grand Etat, que la désignation du guide intéresse directement toutes les Françaises et tous les Français, et qu'ils sont parfaitement capables de choisir. Or, notre Constitution, pour fonctionner effectivement, exige précisément que le chef de l'Etat en soit un. Depuis 4 ans, je joue ce rôle. Il s'agit, pour le peuple français, de dire dimanche si je dois poursuivre. Il s'agit de décider si, après moi - et nul n'ignore les menaces qui pèsent sur ma vie - les futurs présidents auront, à leur tour, grâce à l'investiture directe de la nation, le moyen et l'obligation de porter, comme elle est, cette charge si lourde. Bref, il s'agit de marquer par un scrutin solennel que, quoi qu'il arrive, la République continuera telle que nous l'avons voulue à une immense majorité.

Bien entendu, tous les partis de jadis, dont rien de ce qui s'est passé n'a pu guérir l'aveuglement, vous requièrent de répondre "non" ! C'est, de leur part, tout naturel. Car il est vrai qu'aujourd'hui mon action à la tête de la République, plus tard celle des présidents successifs qui seraient investis par la confiance du peuple et sauraient, s'il le fallait, lui demander son verdict souverain, sont incompatibles avec le règne absolu et désastreux des partisans. En même temps tous les factieux, usant de tous les moyens pour que ma mort ou ma défaite fasse reparaître la grande confusion qui serait leur ignoble chance, souhaitent, eux aussi, le "non" !

Françaises, Français, quant à moi, je suis sûr que vous direz "oui" ! J'en suis sûr, parce que vous savez qu'en notre monde, qui est si dangereux - on le voit en ce moment même ! - la France ne pourrait survivre si elle retombait dans l'impuissance d'hier, et qu'au contraire son rôle, son poids, son prestige, sont à présent dignes d'elle et de sa mission humaine. Je suis sûr que vous direz "oui" parce que vous comprenez qu'en notre temps le chemin du progrès, de la prospérité, de la grandeur ne passe pas, ne passera jamais par les jeux dérisoires d'autrefois, mais qu'au contraire la continuité, la fermeté, l'efficacité, instaurées au sommet de l'Etat, sont les conditions nécessaires de la rénovation que nous avons commencée, qui passionne notre jeunesse et qui stupéfie l'univers. Je suis sûr que vous direz "oui" parce que vous sentez que, si la nation française, devant elle - même et devant le monde, en venait à renier De Gaulle, ou même ne lui accordait qu'une confiance vague et douteuse, sa tâche historique serait aussitôt impossible et par conséquent terminée, mais qu'au contraire il pourra et devra la poursuivre si, en masse, vous le voulez.

Françaises, Français, après-demain chacune de vous, chacun de vous, devant sa conscience nationale, décidera du destin de la France.

Vive la République !

Vive la France !