Discours politique

Georges Pompidou, ALLOCUTION PRONONCEE DEVANT L'ASSEMBLEE NATIONALE DE LA COTE D'IVOIRE (18/02/1971)

Votre Assemblée, messieurs les députés, par sa composition, est à l'image de votre unité et de vos multiples origines. Chacun de vous représente le peuple entier et ce pouvoir ne se divise pas. Votre élection sur une seule liste nationale a symbolisé la force de cette unité. Mais, les citoyens et les citoyennes qui vous ont élus n'ignorent pas qu'en son sein ils ont des frères plus proches capables de faire entendre leur voix et de défendre leurs intérêts .

Le génie politique du Président Houphouët-Boigny a permis cette heureuse synthèse qui, en 10 ans, a donné naissance à la nation ivoirienne .

Cette réussite est un service rendu à l'Afrique dans la mesure même où votre sérieux, vos capacités, vos efforts encouragent ceux qui dans le monde font confiance à vos jeunes Etats et s'efforcent de mobiliser les énergies des pays industriels pour leur développement. Vous savez que la France est au premier rang .

Comme vous le précisiez hier, monsieur le Président de la République, dans votre allocution, m'adressant pour le dixième anniversaire de l'Organisation de coopération et de développement économique aux représentants des pays d'Occident ayant atteint le plus haut niveau industriel, j'ai tenu à leur rappeler leur devoir à l'égard du reste de l'humanité. J'estime en effet que tous doivent suivre notre exemple et tenir leurs promesses en consacrant au moins 1 % de leur revenu national à l'aide aux pays en voie de développement. C'est indispensable pour éviter que l'écart ne se creuse entre eux et nous et afin de leur permettre de franchir le seuil à partir duquel la progression se nourrira d'elle - même .

Il faut, dans le même temps, stabiliser les prix des matières premières et faciliter la vente des produits que vous fabriquez. Si les grandes puissances industrielles ne donnent pas aux Etats en voie de développement les garanties nécessaires en matière d'aide financière et de régularisation des marchés, ceux - ci ne pourront disposer ni des instruments d'une prévision économique ni des moyens indispensables à leur croissance. Ce dont la Côte-d'Ivoire a besoin dans cette décennie, le stade de l'aide étant dépassé, c'est surtout d'investissements privés destinés à parachever sa nécessaire industrialisation .

Pour inciter les Français disposant de capitaux à investir en Afrique, nous avons institué un régime de garantie qui couvre les placements nouveaux dans les pays appartenant à la zone franc. Les règles que nous avons retenues sont semblables à celles que pratiquent d'autres Etats, qu'il s'agisse de la durée de l'assurance, de la nature des opérations pouvant en bénéficier, du pourcentage de couverture et du taux de la prime. Il s'agit là d'un premier pas et qui devrait répondre aux exigences du développement .

J'avais d'autre part proposé, à la réunion que les 6 du Marché Commun ont tenue à La Haye fin 1969, l'institution d'un système de garantie européen qui couvrirait les régimes nationaux, donnant ainsi une double assurance aux investisseurs .

Mais il ne vous échappera pas que l'efficacité de ces mesures dépend d'une normalisation du système monétaire international, indispensable pour parvenir à une détente sensible des taux d'intérêt qui, actuellement, aggravent le poids de votre endettement dans des proportions préoccupantes. De même, l'inflation qui sévit dans le monde, dangereusement relancée par le dérèglement de ce même système monétaire international auquel des expédients provisoires n'ont pas permis de retrouver l'équilibre, porte d'abord préjudice à vos pays. Car l'expérience prouve qu'en période d'inflation les prix des produits manufacturés progressent à un rythme sensiblement supérieur à celui des prix des matières premières dont vous êtes les principaux exportateurs, accentuant ainsi votre handicap .

Seule une stabilisation des cours des produits de base, dont la France a toujours proposé la réalisation et dont nous avons ensemble défendu le principe au sein des organismes internationaux, permettrait de neutraliser ce deuxième effet de l'inflation particulièrement néfaste pour les Etats en voie de développement .

En dépit de ces errements que nous ne devons pas cesser de combattre et malgré les difficultés qu'ils suscitent, le spectacle qu'offre votre pays constitue pour notre action un encouragement précieux et pour les incrédules et les égoïstes l'image de ce que permet de réaliser une aide efficace, quand ceux qui la reçoivent savent en tirer le meilleur profit .

Pour vaincre les réticences qui se manifestent chaque fois que l'on évoque l'action des mieux nantis au bénéfice des plus pauvres, pour persuader les premiers que leur générosité sera un acte de sagesse, une assurance sur l'avenir, pour que les seconds cessent de penser que l'aide est systématiquement pleine d'arrière-pensées, appelées selon un vocabulaire à la mode impérialistes ou néo-colonialistes, il importe que la coopération franco-ivoirienne demeure exemplaire .

Comment ne le serait - elle pas, puisqu'elle répond à un besoin du coeur et de la raison ? Nos 2 Gouvernements s'efforceront de la rendre toujours plus féconde et plus cohérente. Elle doit exprimer notre volonté d'agir ensemble et devenir un moyen de manifester dans le concert des nations notre désir commun d'oeuvrer pour le progrès et pour la paix .

Pour les jeunes de nos 2 pays, elle symbolise le même attachement à un idéal de fraternité et de promotion humaine .

Messieurs les députés, la Côte-d'Ivoire va de l'avant. La France est fière de l'exemple que vous donnez à l'Afrique .

Vive la Côte-d'Ivoire, vive la France, vive l'amitié franco-ivoirienne