Discours politique

Georges Pompidou, TOAST PORTE LORS DU DÉJEUNER OFFERT EN L'HONNEUR DE LA DELEGATION GOUVERNEMENTALE DE LA REPUBLIQUE POPULAIRE DÉ CHINE (01/10/1971)

Monsieur le Président, La visite que fait aujourd'hui à la France la délégation gouvernementale que vous dirigez est un événement .

D'abord parce que vous représentez la Chine, une des plus anciennes et des plus illustres civilisations, une nation engagée dans un renouveau sans précédent, et le pays de beaucoup le plus peuplé de la terre. Forte de ses 850 millions d'habitants, de sa fierté nationale, de sa permanence séculaire et de son entreprise révolutionnaire, la Chine entend désormais manifester partout sa présence .

Ensuite, parce que c'est la France que votre Gouvernement a choisie pour sa première démarche officielle en Occident .

Pourtant beaucoup de choses différencient nos 2 pays. Situés aux 2 extrémités de la Terre, nous nous sommes ignorés pendant des millénaires et l'intérêt français pour votre pays a, dans le passé, mis à part l'élan missionnaire et un goût commun pour la réflexion morale, rarement su aller au-delà des raffinements de la porcelaine, du jade ou de la laque. Aujourd'hui, les divergences de nos organisations politique, économique et sociale ne constituent pas à première vue des motifs de rapprochement .

Or, nos rapports sont bons. Cela tient d'abord au fait que la France du général de Gaulle a, presque la première des nations occidentales et, en tout cas, la première sans réserve reconnu la Chine dans sa personnalité nationale et internationale, comme dans l'unité de cette personnalité. Notre attitude quant à la représentation de la Chine aux Nations-Unies a été et resta sans ambiguïté. Un autre motif de rapprochement est né de la position de la France sur la guerre du Viêt-nam. Nous restons fidèles à toutes les affirmations du discours de Phnom-Penh, et tout en étant convaincus que le Président Nixon est décidé à retirer les troupes américaines, nous regretterions que le Sud-Viêtnam ne puisse s'exprimer convenablement par la voie d'élections réellement libres et nous déplorons la reprise, fût - elle limitée, des bombardements du Nord-Viêtnam. Nos vues et les vôtres sont voisines, nous l'espérons, sur le fait que tous les pays de la péninsule indochinoise doivent pouvoir vivre dans la paix, dans la neutralité et dans l'indépendance vis-à-vis de qui que ce soit, avec le régime de leur choix .

D'autre part, nous sommes, vous et nous, hostiles à la division du monde en 2 blocs opposés et à toute subordination des peuples à des influences extérieures. Et c'est pourquoi aussi nous cherchons, vous et nous, à nous donner les moyens de notre propre indépendance et de notre propre sécurité .

Enfin, la France a pris acte avec une particulière satisfaction des déclarations, de vos dirigeants affirmant que les différences de régime économique et social ne doivent pas entraver l'instauration entre les peuples d'une coopération pacifique. Il n'y a en effet selon nous d'autre espoir de paix pour le monde que dans une stricte non-ingérence dans les affaires d'autrui, c'est-à-dire dans le renoncement à la conversion par la conquête ou l'intervention .

Votre visite, monsieur le Président, a donc avant tout pour nous une signification politique dans la mesure où elle traduit un parallélisme non négligeable de vues sur un grand nombre de problèmes, en même temps que votre choix de la France pour manifester la volonté de resserrer vos liens avec l'Occident et avec l'Europe en particulier .

Mais nous souhaitons aussi que, succédant à la visite que M. Bettencourt vous a faite l'an dernier, et préludant je n'en doute pas à d'autres, votre voyage permette un développement nouveau des relations franco-chinoises. je pense aux échanges culturels, naturels entre 2 peuples qui ont montré durant des siècles, quoique en termes différents, un même goût pour l'art et pour la pensée. le pense à des échanges techniques et scientifiques, dans des domaines où nous avons la possibilité de coopérer pour notre mutuel intérêt. Je pense à l'expansion de nos échanges économiques et commerciaux, qui ont connu des progrès importants au cours de la dernière année, mais CI peuvent être portés facilement à un niveau supérieur. L'industrie française notamment est en mesure de satisfaire largement vos propres besoins et je souhaite qu'elle réponde aux encouragements que nous avons cru déceler dans certains propos récents du Premier ministre, M. Chou En-Lai. le pense enfin qu'il est de notre intérêt commun et de l'intérêt général de la paix de maintenir entre nous un dialogue politique franc et constructif et de multiplier nos échanges de vues sur tous les problèmes mondiaux .

Vous allez, monsieur le Président, parcourir avec vos compagnons quelques-unes de nos provinces. Le paysage en a été façonné par l'homme depuis plus de 2000 années. Mais vous ne manquerez pas de déceler les signes d'une transformation profonde et d'une adaptation vigoureuse à toutes les exigences de la civilisation industrielle. Les réalisations techniques que l'on vous montrera seront, sur ce point, j'en suis sur, de nature à vous intéresser et à vous convaincre. Messieurs, je vous invite à lever vos verres à la santé de M. le Président Mao-Tsé-toung, à celle de M. le Vice-Président de la République populaire de Chine Tung Pi-Wu et de M. le Premier ministre Chou En-Lai, à la vôtre, monsieur le Président, et à celle des membres de votre délégation, à la prospérité et au bonheur du peuple chinois, au développement de l'amitié entre nos 2 pays .