Discours politique

Valér Giscard d'Estaing, INTERVIEW DE M. VALERY GISCARD D’ESTAING A ANTENNE 2 SUR LES PERSONNES AGEES, LE 30 NOVEMBRE 1977 (30/11/1977)

J'ai tenu à présenter personnellement ces mesures pour apporter un démenti à 3 opinions qui sont très répandues : - la première opinion, c'est que les hommes politiques ne tiennent pas leurs promesses, - la deuxième opinion, c'est que le gouvernement ne fait rien de concret pour améliorer la justice en France, - et la troisième opinion, c'est que la seule façon, en France, pour obtenir satisfaction, c'est de descendre dans la rue et de se livrer à des manifestations violentes. Je voudrais vous montrer que sur ces 3 points, les décisions qui ont été prises ce matin apportent la preuve du contraire.

Vous l'avez dit à l'instant, ces mesures quelles sont - elles ? La première, c'est une nouvelle élévation de ce qu'on appelle le minimum vieillesse, c'est-à-dire le minimum de ressources des personnes âgées les plus démunies en France.

Ce minimum va passer à partir du 1er décembre à 11000 frs par an pour une personne seule, et donc à 22000 frs par an pour un ménage.

Par jour, cela veut dire pour une personne seule 30 frs.

Or, quelle a été l'évolution ? Au moment de mon élection à la présidence de la république, ce minimum était de 5200 francs par an et il sera donc, en 3 ans et demi exactement, passé de 5200 à 11000 francs.

Ce minimum était de 14-40 francs par jour pour une personne âgée et désormais il sera de 30 francs.

Comment situer ces chiffres ? Parce qu'il y a eu dans l'intervalle une hausse des prix, si vous tenez compte de la hausse des prix de mars 1974 à novembre 1977, vous constaterez que l'augmentation du minimum vieillesse, à prix constant, du pouvoir d'achat des personnes âgées, représente 51 % de progression réelle en 3 ans et demi.

Comment le comparer à d'autres éléments ? Il faut savoir que, pendant cette même période, c'est-à-dire 3 ans et demi, la production réelle de la France a augmentée en volume de 7 % ; donc, la quantité de ce que les Français peuvent se partager a augmenté de 7 % et la part de ce que les personnes âgées les plus défavorisées vont désormais obtenir a augmenté de 51 %. Il y a bien une amélioration importante de leur sort par rapport à la collectivité nationale des Français.

Vous me permettrez de revenir en arrière pour vous dire que ces décisions apportent d'abord la preuve que les engagements qui ont été pris ont été tenus et je mets au défi toute personne, ou toute organisation, d'apporter la preuve que les engagements que j'ai pris personnellement en faveur des personnes âgées, au moment de la campagne présidentielle, n'auraient pas été tenus.

Ensuite, parmi ces mesures, un élément concernant les familles.

Il y a, en France, des personnes âgées qui ne demandent pas le minimum parce qu'elles ont peur qu'il y ait ensuite une récupération sur leur succession ; j'avais indiqué, au printemps dernier, que, pour les petites successions, nous améliorerions cette situation : le texte qui a été adopté ce matin porte à 150000 francs, 15 millions anciens, le montant au-delà duquel commencera la récupération. Lorsque j'ai été élu président de la République ce montant était de 50000 frs.

Nous l'avons donc triplé en 3 ans et demi. Les personnes âgées qui ont un petit bien peuvent demander le minimum vieillesse sans avoir l'inquiétude morale de se dire qu'on le récupérera sur la succession qu'elles veulent transmettre à leurs enfants.

Enfin, troisième élément, beaucoup de personnes âgées sont déroutées par la complication des formalités, et mme le ministre de la santé, mme Simone Veil, va prendre un décret qui va beaucoup améliorer le système d'information des personnes âgées à cet égard.

En particulier, toutes les caisses de retraite, au moment où elles commenceront à liquider les pensions des personnes âgées, leur donneront tous les éléments d'information nécessaires pour qu'elles obtiennent le minimum vieillesse, si elles y ont droit.

Je viens à votre question : les autres solidarités ? Je crois qu'il y a un niveau de ressources au-dessous duquel ce n'est même pas la peine de parler de solidarité ou de solitude.

Quelqu'un qui avait jadis pour vivre quelques francs par jour était, de toute façon, retranché de la société. à partir du moment où il y a un minimum de ressources qui se rapproche des exigences modernes - et 30 frs par jour pour une personne seule, 60 frs par jour pour un ménage, se rapprochent de cette situation.

Cela fait 900 frs pour une personne seule, 1800 frs pour un ménage, c'est le minimum, et ce minimum intéresse 2200000 personnes âgées.

Il y a d'autres problèmes pour les personnes âgées, il y a la solitude, il y a le sentiment de ne pas être utile à la vie collective, à la société, de se sentir un poids, ou une charge inutile.

A cet égard, beaucoup de mesures sont en cours, mais tout ne dépend pas de l'Etat, il ne faut pas penser que l'Etat doit tout faire dans ce domaine : c'est le développement de la vie associative.

Un phénomène se développe en France à une vitesse extraordinaire, ce sont les clubs de personnes âgées ; partout, en province, à Paris, dans tous les centres urbains, dans le milieu rural.

Des activités nouvelles s'offrent aussi aux personnes âgées sur le plan local. En même temps, on s'efforce de leur donner des occasions d'activité ou de promotion ; je me suis occupé cette année de 2 activités importantes, ce qu'on appelle l'université du 3ème âge, et aussi la question de la vie physique, et même de la vie sportive des personnes âgées.

Vous me posez une question personnelle. Non, je n'ai pas peur de vieillir. Je vous dirai que, naturellement, le passage du temps, pour tout le monde, donc pour moi, est une épreuve.

Mais je n'ai pas peur de vieillir, parce que je considère la vie comme un tout dans lequel il y a la jeunesse, la vie active et puis naturellement la vieillesse.

Ce qui est très important, dans la vie, c'est qu'il n'y ait pas de partie morte et, notamment, que la vieillesse ne soit pas une partie morte.

C'est pourquoi il est très important que nos compatriotes aient d'abord, en effet, le moyen de prolonger leur vie dans des conditions qui soient matériellement équitables et, en même temps, que cette troisième partie de la vie ait un sens et une utilité.

Je n'y pense pas. Je suis très absorbé par ce qui est ma tâche à l'heure actuelle. Je vous dirai qu'aujourd'hui, je préfère penser à la vieillesse des autres.