Discours politique

Valér Giscard d'Estaing, INTERVIEW DE M. VALERY GISCARD D’ESTAING AU JOURNAL JEUNE AFRIQUE DU 6 DECEMBRE 1978, SUR LA POLITIQUE DE COOPERATION AVEC AFRIQUE. (06/12/1978)

L'indépendance des Etats africains, il y a maintenant vingt ans, aurait pu entraîner la rupture, puis l'indifférence et l'oubli entre eux et l'ex-puissance coloniale.

Nous constatons d'un commun accord que cela n'a pas été le cas.

Les Etats africains et la France ont décidé de développer des liens entièrement nouveaux, fondés sur le respect de la souveraineté et l'égalité des parties.

En outre, depuis quelques années, la France s'est attachée à diversifier ses relations en les étendant à des Etats nouveaux de Afrique, consciente qu'elle est de l'unité des problèmes du continent.

Elle l'a fait sans sacrifier, bien entendu, ses amitiés traditionnelles.

Les principes qui déterminent l'attitude de la France vis-à-vis des Etats africains conduisent sur le plan politique à affirmer que le sort de l'Afrique doit être décidé par les Africains, et sur le plan économique à considérer comme prioritaire le développement du continent.

L'Afrique rendue aux Africains ne veut pas dire que la France se détourne de l'Afrique.

Elle souhaite au contraire, si les Etats africains le désirent eux - mêmes, les aider dans la mesure de ses moyens, dans les tâches prioritaires du développement économique nécessaire à la paix du continent. Cette volonté répond aux souhaits des pays africains et elle n'est en réalité contestée par personne.

Vous me demandez ce que représente l'Afrique pour la France ? Je répondrai par une considération de bon sens : ce continent est à tous égards le plus proche du notre.

La France a une connaissance déjà ancienne de Afrique et, me semble - t - il, une compréhension particulière de l'homme africain et de l'âme africaine. J'ajoute que j'attache personnellement, vous le savez, un grand intérêt aux cultures et à l'authenticité africaines.

L'Afrique a, pour elle, l'espace, de nombreuses richesses à exploiter et une densité démographique qui n'a pas un caractère oppressif.

Son rôle dans l'équilibre de la planète peut être capital. Ses relations avec le continent voisin du nord peuvent constituer l'exemple des relations à établir entre le nord et le sud.

Qu'est ce que la France veut être pour l'Afrique ? D'abord l'amie de l'Afrique ; un pays comprenant ses aspirations et souhaitant lui voir trouver dans le monde la place originale et particulière qui lui revient.

La France souhaite que l'Afrique soit constituée d'Etats forts et stables, aux frontières incontestées et en bonne santé économique.

Une telle Afrique sera authentiquement africaine et se trouvera à l'abri des rivalités d'influence des superpuissances. J'entends que la France apparaisse pour l'Afrique comme une amie fidèle, sûre et désintéressée, ou plus exactement une amie qui ne soit intéressée que par la paix et le progrès économique et social du continent.

La France entend poursuivre envers les Etats africains sa politique de coopération et d'amitié dans le respect absolu de leur indépendance.

Je considère, et je l'ai déjà dit à notre gouvernement, que les moyens financiers de notre politique de coopération devront être sensiblement accrus dans les prochaines années.

Concernant l'avenir de Afrique, je souhaite qu'elle soit présente sur la scène internationale au rendez-vous du troisième millénaire. Pour cela, il faut que les Africains puissent régler eux - mêmes et faire disparaître les conflits de leur continent ; que l'Afrique ait éliminé les traces de colonisation qu'elle subit encore ; enfin, que la définition d'un modèle économique qui lui soit propre détermine les conditions les plus favorables à son développement.

L'organisation de l'Europe jouera un rôle positif dans cette évolution.

Il me semble en effet qu'il existe une convergence de destins entre l'Europe et l'Afrique qui souhaitent conduire à part leur avenir, en dehors de l'influence des Etats continents d'Amérique et d'Asie.

Cette solidarité entre nous existe déjà.

La France peut, je crois, revendiquer l'honneur d'en avoir été le principal promoteur au sein de la communauté économique européenne.

Depuis la première convention de Yaoundé jusqu'au renouvellement de la convention de Lomé que nous allons bientôt négocier, les liens se sont développés et adaptés aux réalités d'aujourd'hui.

Pour l'avenir des productions africaines, la stabilité des prix de vente et la régularité des échanges, on aperçoit combien il est important que l'Europe soit forte économiquement et stable monétairement. C'est pourquoi tout effort d'organisation économique et monétaire de l'Europe va dans le sens du développement de nos relations.

Pour me résumer, je suis sûr que nous observerons dans l'avenir le resserrement de la solidarité économique de ce que j'ai déjà appelé les 2 continents médians du nord et du sud.