Discours politique

Jacques Chirac, Interview RTL et Interview France 2 (11/04/2002)

Nous avons au Proche Orient une tragédie inhumaine, qui touche aussi bien les Palestiniens que les Israéliens. Les Israéliens ne garantiront pas leur sécurité par la force. Les Palestiniens ne feront pas respecter leurs droits légitimes par la terreur.

L'autorité à l'école doit être restaurée. Il y a des quartiers difficiles ou exposés où il y un calme, une sérénité, parce qu'une équipe ou un principal a su les créer. Je pense à des expériences comme l'école ouverte.

Il y a un âge légal de la retraite, 60 ans. Il est hors de question de le remette en cause.

Que l'on puisse étendre les solutions de retraites à la carte, c'est un autre problème que celui de l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans.

Il faut garantir les retraites par répartition. Il faut aussi que ceux qui veulent améliorer leurs retraites puissent le faire, comme les fonctionnaires le peuvent actuellement. C'est pourquoi il faut permettre la création de fonds de pension.

Le moment est venu de faire avancer notre politique familiale. Je propose notamment de donner aux familles le choix de leur garde d'enfants.

N'assimilons pas jeunesse immigrée et absence de repères. Malheureusement, l'absence de repères touche toute notre population et beaucoup de nos jeunes.

En revanche, il faut limiter, de façon normale et efficace, l'immigration. C'est une politique européenne qui se met en place dans le cadre des accords de Schengen.

Si je suis élu, je m'engagerai politiquement et fortement pour que les Français amènent à l'Assemblée nationale une majorité conforme à ce que je souhaite pour mettre en oeuvre les propositions que j'ai faites.

Il va de soi que je respecte la démocratie. Je l'ai fait quand les Français ont choisi la cohabitation. Je l'ai regretté mais je ne l'ai pas contesté.

C'est une très vieille technique : lorsque l'on a du mal à battre un homme sur le plan politique ou sur le plan des idées, alors on essaie de l'attaquer sur le plan personnel : " calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ! "

Pourquoi pas 16 ans, âge de la majorité pénale ? Après tout, pourquoi pas 15 ans ? On peut y réfléchir. Mais c'est un domaine où il ne faut pas improviser.

Il me paraît capital d'associer le plus tôt possible les jeunes à la vie de la cité. Mais est - ce un bon moyen ? Je n'en suis pas sûr...

Je pense en revanche aux expériences, qui se multiplient et j'ai assisté à beaucoup d'entre elles, comme les conseils municipaux de jeunes, qui sont très positives, car elles associent les jeunes à la vie publique. Ces expériences me paraissent plus intéressantes qu'une mesure d'ordre légal. Je suis favorable à tout ce qui peut associer concrètement les jeunes à la vie de la cité.

Il appartiendra à la présidence espagnole de se prononcer sur les suites à donner à l'avis du Parlement européen. Nous sommes dans un processus engagé hier à Madrid, porté par Colin Powell et par l'ONU. Il faut aujourd'hui tout miser sur la réussite de la mission de Colin Powell. Je ne veux pas imaginer que ce processus échoue.

Sur la mondialisation, sur la solidarité internationale, sur l'aide au développement, sur le dialogue des cultures, la France a parlé d'une vois très forte ces dernières années et a été entendue. Je me suis battu depuis plusieurs années et en particulier à Gênes il y un an pour engager un processus de solidarité, notamment en faveur de l'Afrique. La France continue à exercer une influence conforme à son génie national et à l'universalité de sa pensée.

Les attentats commis contre des biens, des personnes et des symboles de la communauté juive, sont totalement inadmissibles, inacceptables et doivent être condamnés et sanctionnés.

La France n'est pas une juxtaposition de communautés. La France est une nation. La nation n'est pas seulement notre héritage, c'est aussi notre avenir. La cohésion nationale est tout à fait essentielle. Rien ne doit pouvoir la mettre en cause. Il faut affirmer nos valeurs : l'autorité de l'Etat, la cohésion de la Nation, l'autorité de la République.

Je ne peux accepter qu'un conflit extérieur, quelle que soit sa nature, puisse conduire, sur notre sol, des Français à se dresser les uns contre les autres.

Le Président français incarne l'identité, la cohésion, l'unité de la Nation.

Il n'y aura pas d'Europe élargie, dotée d'une grande ambition, si la France n'est pas le moteur de cette Europe, si elle ne se tient pas au premier rang en apportant un surcroît d'humanisme, d'autorité et de responsabilité.

Je crois beaucoup à la grandeur de la France et à la part qu'elle peut prendre dans la grande Europe. Il n'y a pas d'Europe, surtout élargie, qui ait une grande ambition si la France n'est pas le moteur de cette Europe, si elle n'est pas au premier rang de celles et de ceux qui apportent ce surcroît d'humanisme, d'autorité, de responsabilité.

Il n'y a pas d'autre objectif aujourd'hui pour une nation que de s'approcher le plus possible du plein emploi avec la marge inévitable des changements d'emplois.

Est - ce possible ? Cela dépendra de 2 choses, de la croissance et de la politique conduite.

Toutes les mesures que je propose ont pour objet de donner une impulsion nouvelle à la croissance, à la création d'emplois et de richesses.

Un pays comme la France doit avoir comme ambition de garantir les sécurités essentielles et de libérer les énergies.

Il faut garantir la sécurité quotidienne, la sécurité de la santé, de l'environnement, la sécurité alimentaire : tout cela inquiète les Français.

Je propose des mesures de bon sens. Je ne dis pas : " c'est la société qui est violente, les Français doivent s'en accommoder ". Je dis que c'est l'autorité de l'Etat qui est défaillante.

Je suis pour le respect des principes humanistes, cela va de soi. Mais je dis aussi que l'autorité de l'Etat doit être rétablie.

Nous devons faire face à un phénomène nouveau : la prolifération d'armes de guerre. C'est un vrai problème. Je ne parle pas des armes des chasseurs et des tireurs sportifs, pour lesquels il y a une législation adaptée, qui doit être appliquée avec beaucoup de vigilance. Je parle du trafic, de l'importation et de la possession d'armes de guerre.

Il faut réformer la loi pénale. Actuellement le trafic d'armes est un délit. Il doit être transformé en crime, car c'est un crime.

Il faut une politique de prévention et de répression pour éradiquer le développement des armes de guerre un peu partout en France.

Je ne suis pas de ceux qui font de l'autosatisfaction. Je vois plutôt les raisons pour lesquelles les Français ont des sujets d'inquiétude et de satisfaction. Je fais des propositions pour permettre de remettre la France sur la bonne voie.