Discours politique

Jean-Marie Le Pen, Discours aux Herbiers (22/10/2006)

Mesdames et messieurs,

Permettez-moi tout d'abord, en exergue à mon propos du jour, de vous dire mon plaisir d'être ici, avec vous, au coeur de la Vendée profonde.

Pourquoi ce déplacement ?

Certains diront que, Breton, je considère cette belle région comme une Marche de la Bretagne historique. Il est vrai que les découpages administratifs contemporains ne respectent pas toujours les réalités charnelles et culturelles des anciennes Provinces.

D'autres écriront que le chef de la droite nationale, sensible aux pays de traditions et aux hommes de la terre, attentif aux " petites patries " et conscient de la grandeur monarchique passée de notre pays, ne pouvait manquer de venir saluer, à l'occasion de la campagne, les vestiges de la Chouannerie, étendards éternels de la vieille France catholique et royale.

Oui, c'est vrai, je pense toujours avec émotion à l'insurrection vendéenne, à Charette, la Rochejaquelein ou Lescure, et aux Colonnes Infernales de Turreau.

Le fait de considérer l'Histoire de France comme un tout n'exclut pas de condamner le véritable génocide dont fut victime une population de paysans vendéens dont le seul crime fut d'être fidèle à Dieu et au Roi et j'avoue que les grandes figures de la Vendée militaire m'on attiré ici autant que d'autres personnages, acteurs majeurs de l'histoire de France, tels Georges Clémenceau et Jean de Lattre de Tassigny, tous deux originaires de Mouilleron-en-Pareds, qui se couvrirent de gloire durant les deux guerres mondiales du XXème siècle, et y jouèrent un rôle de premier plan.

J'ai d'ailleurs visité ce matin, à Mouilleron, la Maison de Clémenceau, puis le Musée des Deux Victoires, qui présente à la fois l'action de Clémenceau et de Lattre, avant de me rendre, pour un hommage solennel, à la stèle aux combattants de l'Union Française qui commémore les trois généraux commandants en chef en Indochine, de Lattre de Tassigny, Leclerc et Salan. Chacun de ces hommes a attaché son nom à l'histoire de France. Notre ami Alain de Lacoste-Lareymondie, père de Jean-Marc, notre Secrétaire Départemental de Charente-Maritime, fut, au titre du Conseil d'Etat, chef du Cabinet civil du Général de Lattre en Indochine et membre du Cabinet civil du Général Salan en Algérie.

Clémenceau, le Tigre, médecin de formation, fut pendant la Commune de Paris, à l'âge de 30 ans, maire du 18ème arrondissement, député puis, à la fin du XIXème siècle, le redoutable chef du parti républicain radical. Président du Conseil de 1906 à 1909, partisan acharné de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, il réprima durement les grandes grèves du Nord et de l'Est, tout en créant le ministère du travail. Il réorganisa la police et fonda avec Hennion les fameuses Brigades du Tigre pour lutter contre les anarchistes.

A contrecoeur, Poincaré le rappela au pouvoir en 1917, au moment où le moral de l'armée comme celui des Français commençait à vaciller.

Patriote intraitable, Clémenceau fit arrêter les " défaitistes " Caillaux et Malvy et mena la guerre jusqu'au bout, ce qui lui valut le surnom de Père La Victoire.

Un de ses propos résume à merveille sa volonté de fer :

" Celui qui peut moralement tenir le plus longtemps est le vainqueur : celui qui est vainqueur, c'est celui qui peut, un quart d'heure de plus que l'adversaire, croire qu'il n'est pas vaincu "

Malheureusement pour lui, on ne peut plaire toujours au peuple et aux élites.

En dépit de son extrême popularité - il entra à l'Académie française par acclamation - il ne fut pas élu Président de la République en 1920 par les parlementaires, que le spectre d'un pouvoir personnel effrayait.

Qui pouvait sérieusement croire pourtant qu'à 79 ans, il allait entamer une carrière de dictateur ? D'une santé pourtant assez fragile, il mourra en 1929 à l'âge de 88 ans.

Jean De Lattre de Tassigny, Maréchal de France, s'illustra lui aussi en temps de guerre. Saint Cyrien puis cavalier de Saumur, il était lieutenant de dragons lorsque la guerre éclata en 1914.

Blessé à quatre reprises, laissé pour mort en septembre 1914 à la suite d'une embuscade de uhlans, présent sur le front à Verdun et au Chemin des Dames, il fut cité huit fois au combat lors de la Grande Guerre.

Après la débâcle de mai 1940, il resta dans l'armée d'armistice jusqu'à l'invasion de la zone libre par les Allemands, en novembre 1942. Il gagna alors l'Angleterre grâce à un avion de la RAF, après que sa femme et son fils l'eussent aidé à s'évader de la prison de Riom où il avait été confiné après avoir donné l'ordre à ses troupes de résister.

Ayant rejoint le Général de Gaulle à Alger, De Lattre réalisa l'amalgame des troupes d'Afrique du Nord avec les Forces Françaises Libres et les volontaires évadés de France et de l'Empire dans la Ière Armée Française.

Consécration suprême, le 8 mai 1945, le général de Lattre de Tassigny signa à Berlin, au nom de la France, l'acte de capitulation des armées allemandes.

Nommé au poste de Haut-commissaire en Indochine, en 1951, chargé de rétablir une situation critique due à la progression du Viêt-Minh, il fut très affecté - qui ne le serait ? - par la mort de son fils Bernard, tué au cours de cette campagne.

Atteint d'un cancer, le " Roi Jean " mourut à Paris le 11 janvier 1952 et fut élevé à titre posthume à la dignité de maréchal de France.

Vous le voyez, mesdames et messieurs, d'évocation des grandes guerres mondiales en rappel des guerres coloniales, Mouilleron apparait un peu comme le lieu de mémoire des derniers conflits d'une histoire de France qui en compte, depuis Alésia, plus de deux cent !

L'alternance des périodes de guerre et de paix n'est pas propre à notre patrie. Elle semble être la condition profonde de tous les peuples du monde.

Embrassant d'une phrase des siècles de vie humaine, ainsi qu'il aimait le faire aux dires de ses biographes, Lénine affirma un jour :

" Toute l'histoire montre que la paix n'est qu'une trêve pour la guerre ; la guerre, le moyen d'obtenir une paix un peu meilleure ".

Cette formule réaliste doit être méditée, et appliquée à la géopolitique mondiale contemporaine.

I- Après la défaite de l'Allemagne et du Japon en 1945, l'ordre international s'est structuré autour de l'affrontement entre l'Est et l'Ouest.

Au camp de la démocratie libérale, dirigé par les Etats-Unis d'Amérique, répondait le camp des Etats dits socialistes, sous la terrible férule de l'URSS.

Les historiens ont qualifié cette période du terme ambigu de " Guerre Froide ". Je dis ambigu puisque jamais aucun conflit armé de grande envergure n'a opposé de façon directe et massive les Etats-Unis et l'URSS, même si, ça et là, ils ont pu s'affronter par peuples interposés.

La Guerre Froide était une paix par l'équilibre des forces militaires, par l'équilibre de la terreur nucléaire, chacun des protagonistes étant contraint à l'abstention prudente par le risque d'une destruction mutuelle.

La paix relative du monde, et singulièrement celle de l'Europe entre 1945 et 1991, doit beaucoup, il faut le dire, à l'existence même de l'arme nucléaire.

Or, on fait souvent à celle-ci le procès injuste d'être un facteur de guerre entre les nations.

Autre lieu commun fréquent, on entend souvent les eurofédéralistes dire que la construction européenne ayant garanti la paix sur le Vieux Continent depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, il faudrait faire l'Europe pour bannir à jamais la guerre.

Faut-il ne rien comprendre à l'histoire....

Je le répète, ce n'est absolument pas la construction européenne qui a garanti pendant cinquante ans la paix en Europe. Celle-ci a été préservée en raison de l'équilibre des forces entre l'OTAN et le Pacte de Varsovie, chacun des deux camps refusant de courir le risque d'une destruction complète, en raison de la puissance de l'autre.

J'ajoute que l'Union fédérale que l'on nous impose désormais contre la volonté des peuples telle qu'exprimée en France et en Hollande à l'occasion du référendum sur la Constitution, cette Europe là, pourrait, hélas, nous conduire à la guerre.

Selon le traité de Maastricht, le passage à la monnaie unique est " irréversible ", ce qui signifie qu'on ne peut pas revenir en arrière.

Comme l'affirme régulièrement Joaquin Almunia, Commissaire européen aux Affaires économiques, " l'euro est un mariage à l'ancienne, de ceux qui se faisaient quand le divorce n'existait pas ".

Est-ce à dire que l'Europe pourrait donc employer éventuellement la force pour empêcher un peuple de retrouver sa liberté ?

Ce sous-entendu lourd de sens prouve que les fédéralistes ne comprennent rien à la nature des peuples, ni aux relations qu'ils entretiennent entre eux.

La meilleure façon d'éviter le nationalisme guerrier, c'est précisément de respecter la liberté des nations.

En effet, lorsqu'on méconnaît la liberté des peuples, ceux-ci finissent toujours par briser leurs chaînes.

Le destin des derniers empires en Europe le montre clairement : l'ex-URSS et l'ex-Yougoslavie se sont effondrées sous les coups de boutoir des peuples, occasionnant de terribles guerres. Ce n'est donc pas la nation, mais précisément la négation de la nation qui conduit à la guerre.

La guerre est en effet revenue sur le Vieux Continent, dans le ventre mou traditionnel de l'Europe, les Balkans, après la fin de la Guerre Froide, alors que le Président George Bush père promettait, en 1991, un "nouvel ordre mondial ", c'est-à-dire l'émergence d'une ère nouvelle, New Age, pacifique et éclairée, marquée par la réconciliation des peuples.

La fin de l'affrontement Est-Ouest nous disait-on, c'était :

- le triomphe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes,

- la victoire de la démocratie, de l'individu, du marché, tous principes au service desquels, nous disait-on, les Etats-Unis d'Amérique se mettaient spontanément.

C'était d'abord oublier que le communisme mort, d'autres systèmes de valeur que celui de l'Occident restaient en course dans la compétition géopolitique mondiale : l'islam par exemple, conquérant et dynamique, tout à la fois religion, politique et société.

Outre l'islam, une autre tendance à la fragmentation traverse le monde moderne : la prégnance du fait national, qui a détruit les empires russes, tchécoslovaques, yougoslaves et zaïrois.

Tout cela est perceptible depuis longtemps : mais les rares Cassandre sont étouffées par le torrent unanime de l'optimisme le plus béat et de l'universalisme le plus naïf.

On a pu entendre que le mouvement d'ouverture des frontières, ainsi que la multiplication des échanges, allait définitivement rapprocher les hommes.

Le nouvel ordre mondial, garant de la paix perpétuelle, devait reposer sur le droit international élaboré par l'O.N.U., Parlement mondial et égalitaire des Etats, qui assurerait par ses résolutions la paix et la sécurité internationale, ainsi que la concorde universelle.

II- Cette célébration utopique d'une ère nouvelle a pourtant rapidement laissé place à la réalité d'une paix impériale très agressive.

Peu à peu en effet, il est apparu que la disparition de l'URSS, pour salutaire quelle fût, déséquilibrait profondément les rapports de forces internationaux, désormais dominés par les Etats Unis, seule superpuissance mondiale.

Il faut bien le dire, la guerre est souvent faite aujourd'hui à l'instigation des américains.

Ce sont eux qui ont voulu et conduit les interventions militaires contre les " Etats perturbateurs " de l'ordre nouveau, c'est à dire l'Irak, la Serbie, l'Afghanistan, et peut-être demain l'Iran, la Corée du Nord ou Cuba.

Bush père, Clinton puis enfin Bush fils ont littéralement assujetti leurs vassaux au service des armes, version moderne du "service d'ost " par lequel Charlemagne obligeait les siens à envoyer des soldats à la guerre pour aider leur suzerain.

Les gouvernements des Etats-Unis n'ont hésité devant aucune manipulation ni aucun mensonge, comme l'a montré la préparation psychologique de l'invasion de l'Irak.

Lors de la première guerre d'Irak en 1991, on a fait croire en effet au monde entier, après l'avoir sciemment désinformé, que l'armée irakienne était la 4ème du monde et que les soldats iraquiens avaient massacré des bébés, arrachés à leurs couveuses dans un hôpital de Koweït City.

Puis, lors de la seconde guerre en 2003, on a dit, répété, martelé que Saddam possédait des armes de destruction massive, lesquelles, on le sait aujourd'hui, n'ont jamais existé.

Lorsqu'on observe le chaos en Irak ou au Kosovo, force est de constater que le monde pacifié promis par la pax americana se heurte à la réalité du désordre établi.

Plus encore que la loi du plus fort, le monde contemporain subit en effet le désordre du plus fort.

La domination mondiale de Washington dessine en effet un ordre partial et contesté.

Celui-ci doit être analysé dans un esprit d'objectivité. Pour en avoir souffert, nous n'acceptons pas la diabolisation gratuite et sans fondements.

C'est un ordre partial, parce que Washington est intervenu au bénéfice du Koweït contre l'Irak au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et au nom de la souveraineté des Etats mais l'Amérique refuse de faire de même au profit des palestiniens dans les territoires occupés, en raison de son indéfectible alliance avec Israël.

Loin d'avoir la posture de médiation et d'arbitrage qui devrait être la leur, les Etats-Unis expriment clairement leur préférence.

Ils ont donc instauré un ordre injuste. C'est la raison pour laquelle cet ordre est partout remis en cause.

Les attentats du 11 septembre dernier à New-York montrent bien que la rébellion couve.

Comme l'a écrit Machiavel " Le vainqueur rêve d'une éternelle paix selon une éternelle victoire. Mais le vaincu sous sa botte se refait une force et une volonté "

Il avait bien observé cette loi de la politique internationale, et d'ailleurs, toute l'histoire montre que le propre des empires est d'être contesté.

Il l'est aujourd'hui par des organisations internationales qui jouent de la vulnérabilité des Etats et des Sociétés modernes par la mise en oeuvre d'actions terroristes, comme celle, la plus spectaculaire du World Trade Center à New-York.

En effet, depuis la première Guerre Mondiale où l'on crut avoir soustrait aux conflits les populations civiles par la définition de combattants en uniformes, celles-ci ont hélas été replongées dans la guerre par des actions que l'on peut dire terroristes, si l'on accepte la définition :

Peut être dite terroriste, toute action qui vise des populations civiles sans défense dans le but de chantage sur les autorités politiques d'un pays.

Dans cette sinistre rubrique, on peut ranger les bombardements massifs et délibérés des villes ouvertes, comportant de véritables massacres comme à Dresde, Hiroshima et Nagasaki, véritable terrorisme d'état mis en oeuvre pour obtenir la capitulation militaire des pays belligérants.

On peut y ranger aussi les actions terroristes dont les victimes sont des individus ou des groupes de civils, comme au Proche ou Moyen Orient et dans de nombreux pays du Monde et dont on peut et doit craindre la généralisation articulée sur des réseaux intégrés aux populations immigrées.

Pour contestable qu'il soit, pour déstabilisant qu'il apparaisse, il faut bien comprendre le sens, bien entendre le message contenu dans l'utilisation de méthodes terroristes. C'est souvent l'arme du désespoir.

Le nouveau désordre mondial est aussi juridique puisque les Etats Unis ont mis en place un droit de la force, droit qu'il leur permet d'intervenir, de juger et de condamner à leur guise.

Le principe de souveraineté des Etats et de non-ingérence dans les affaires intérieures est ainsi remis en cause au travers de l'émergence du fameux droit d'ingérence.

Crée par l'O.N.U., cette notion d'ingérence a d'ores et déjà permis aux Etats-Unis et à leurs alliés d'intervenir sur les territoires croates, irakiens, soudanais, serbes et afghans.

Et pourquoi pas bientôt en Corse, au Pays Basque voir à Paris ou même dans le Parc de Montretout. Après tout, le Diable y habite...

Le droit d'ingérence de l'O.N.U., c'est d'abord le droit des Etats-Unis de se mêler des affaires des autres.

C'est déjà énorme mais Washington est allé plus loin encore, en soutenant l'émergence d'une juridiction pénale internationale permanente, qui se permet de juger tel ou tel "criminel de guerre ", tel Milosevic ou Mladic ou encore notre ami Seselj, Chef du Parti Radical Serbe qui a 82 députés, qui est détenu à La Haye sans jugement depuis plus de 4 ans, à l'exception notable des citoyens américains exclus par principe et en droit de la juridiction de ces instances.

Mais ce n'est pas tout...

A la politique du plus fort, au droit du plus fort s'ajoute également la loi économique du plus fort.

Aux mutations de la guerre militaire s'ajoute désormais la guerre économique.

Les Etats-Unis appliquent en effet en matière de commerce international les principes les plus égoïstes qui soient : se protéger soi- même et pénétrer les marchés des autres.

L'ensemble des nations subit les effets du chaos issu de l'ouverture généralisée des frontières, dont les Etats-Unis s'exonèrent mais qu'ils imposent à tous les autres peuples, par le biais des institutions qu'ils contrôlent : Organisation Mondiale du Commerce, Banque Mondiale, Fonds Monétaire International...

A moyen terme, l'ouverture des frontières détruit nos industries et nos emplois, au profit des pays du tiers monde dans lesquels les coûts salariaux sont jusqu'à 80 fois plus faibles que dans nos contrées.

Privée d'emploi et donc de revenus, une partie de notre population s'appauvrit, tandis qu'on ne compte plus les pays dans lesquels l'esclavage, la malnutrition, et le travail des enfants sont monnaies courantes.

Voilà les fruits vénéneux du libéralisme sauvage : la pauvreté en occident, la jungle dans le tiers monde. Est-ce donc cela le nouvel ordre économique mondial ?

Il s'agit bien plutôt d'un désordre économique, qui produit et entretient un gigantesque désordre démographique.

Fuyant la misère, les masses du Sud se dirigent vers le Nord qui a commis l'erreur d'ouvrir ses frontières, voire de mettre en place des mécanismes sociaux qui aspirent l'immigration. Souvenons nous de l'avertissement contenu dans le discours du Président algérien Boumediene : " le temps est proche où les masses affamées du Sud partiront à la conquête des pays du Nord. Cette immigration ne sera ni pacifique ni fraternelle ".

Les germes de conflits civils et territoriaux sont désormais présents dans les pays occidentaux, dont les sociétés deviennent multi-culturelles.

Aujourd'hui, Mesdames et messieurs, les exemples libanais, yougoslaves ou soviétiques montrent bien que les sociétés multi-culturelles sont toujours multi-conflictuelles.

Pis encore, les flux multiples et divers de population favorisent tous les désordres sanitaires : SIDA, tuberculose, grippe asiatique, sans même parler de la rapide diffusion mondiale des épizooties ou des maladies des cheptels (vache folle, grippe du poulet...).

Désordres économiques, désordres commerciaux, désordres sociaux, désordres démographiques, désordres sanitaires, autant de maux issus de la libre circulation des hommes et des produits.

On le voit bien, le libre échangisme mondial débouche sur une anarchie internationale, qu'arbitre cependant à son profit " Frère Grand ".

III- Confrontée à ces menaces et à ces risques, la France doit avant tout se protéger en se préparant. Elle doit aussi oeuvrer à la promotion d'un autre ordre international, juste et durable celui-là.

La vie internationale est une jungle. C'est l'environnement de chaque peuple, mais c'est un environnement hostile.

Aussi devons-nous avant tout retrouver le contrôle et la maîtrise de l'accès à notre territoire.

Protéger la sécurité et la prospérité des français implique de rétablir nos frontières physiques, commerciales et sanitaires.

Pour cela, il est impératif de sortir de cette Europe-là, fédéraliste et colonisatrice, en dénonçant les traités, ce qui est tout à fait possible, pour établir une Europe des Nations, défenseur des intérêts communs de celle-ci.

Soyons clairs, à l'aune des siècles qui forgent et constituent les peuples, à l'aune des dangers qui nous menacent, les traités relèvent de la simple légalité. Mais lorsque l'essentiel est en jeu, c'est-à-dire la survie, la nécessité fait office de légitimité.

Il est désormais impératif de reprendre les moyens de notre indépendance.

En effet, mesdames et messieurs, le monde dans lequel nous vivons est particulièrement dangereux, car le risque de 3ème guerre mondiale y est permanent.

Il est donc du devoir des pouvoirs publics de tout mettre en oeuvre pour que la préparation militaire française à une riposte en cas d'attaque, soit la plus efficace possible.

Il faut donc renforcer drastiquement notre effort de Défense Nationale, dans l'optique non de la guerre d'hier, mais de celle de demain, non pour faire la guerre, mais pour s'en protéger. Comme le dit l'adage romain : " Si vis pacem, para bellum ", " Si tu veux la paix, prépare la guerre ".

Je propose donc quatre grandes mesures, pour infléchir les axes principaux de notre politique de défense :

- Porter le budget de la Défense Nationale de 1,8 à 3,6% du PIB, 400 milliards de FF, soit l'équivalent de ce que la France donne chaque année aux immigrés.

- Remettre sur pied une véritable Défense Opérationnelle du Territoire, ce qui suppose d'abord l'établissement d'un service militaire volontaire de 6 mois, assorti de droits spécifiques dans les carrières de la fonction publique, mais aussi la création de corps de garde frontières, d'une Garde Nationale et le développement de réserves significatives. La sécurité intérieure doit devenir une priorité, car la menace pourrait, demain, être intérieure.

- Donner aux forces d'intervention la capacité d'agir de manière autonome, ce qui suppose, entre autres, le renforcement de la marine, par la création de deux groupes de porte-avions, et de l'aviation, par le lancement d'un programme de construction d' avions gros porteurs.

- Renforcer l'activité de nos arsenaux en cessant d'étaler les programmes d'armement et en subordonnant notre aide internationale ou notre soutien diplomatique à des commandes extérieures.

Il nous faut augmenter de 30% les crédits d'équipement de l'armée de terre, puisque ceux-ci ont diminué de 30% depuis 1990.

De même, au coeur de l'avenir de nos industries d'armement, il nous faut remettre certains programmes d'équipements à l'ordre du jour : missiles antichars, antiaériens, bâtiments de guerre, avions et hélicoptères de combat. Surtout, il faut créer un dispositif capable de faire face et de vaincre une menace terroriste intérieure.

Dans cette perspective, l'esprit de défense, corollaire des moyens physiques de la sécurité, doit être réhabilité dans les familles et à l'école.

Surtout, il faut cesser d'engager systématiquement toutes nos forces sur des théâtres d'opérations extérieurs, alors même que le feu couve dans les banlieues de certaines de nos villes.

Les périls civils ou le terrorisme impliquent en effet de renforcer considérablement nos services de renseignements, comme d'ailleurs nos moyens opérationnels de surveillance du territoire.

Forte et respectée, la France pourra alors promouvoir un ordre international juste et durable.

Celui-ci ne peut reposer que sur le retour à un équilibre géopolitique mondial.

Aux antipodes de l'Europe fédérale que l'on nous construit aujourd'hui, simple pavillon de complaisance couvrant une marchandise américaine, aux antipodes disais-je de cette Europe de vassaux, il faut faire la grande Europe des nations, la grande Europe de Brest à Vladivostok, qui fera pièce aux visées hégémoniques de Washington.

Il existe en effet une solidarité naturelle et des complémentarités évidentes entre les peuples de l'arc boréal.

Cette Europe fera contrepoids à la puissance américaine et aux jeunes géants d'Asie. Elle empêchera nos amis d'outre-Atlantique d'abuser de leur puissance. Elle garantira la paix par la balance des forces.

Elle sera, enfin, l'Europe des identités, des peuples, des Etats indépendants.

Elle fonctionnera selon les principes de la coopération, lorsque les intérêts sont communs, c'est-à-dire en matière diplomatique, mais aussi migratoire, policière, industrielle et écologique.

Bien évidemment, je parle de l'Europe des peuples libres, c'est-à-dire souverains.

Il est en effet impératif de revenir à ce principe de souveraineté des Etats pour rétablir un véritable ordre international, en abandonnant tous les instruments juridiques qui permettent aujourd'hui de s'ingérer dans les affaires intérieures des peuples.

La souveraineté est une des conditions de l'égalité des Etats, donc une condition de l'équilibre géopolitique global, une condition d'un ordre international stable et durable.

Celui-ci repose aussi nécessairement sur le développement des pays du Tiers Monde.

Seule une grande politique de co-développement peut sortir l'Afrique de la misère, tarir les flux d'immigration vers le Nord, contribuer à l'équilibre du monde.

La France est particulièrement bien placée pour mettre en oeuvre cette politique, puisqu'elle mène traditionnellement une politique arabe et puisqu'elle a certains moyens d'action en Afrique.

Voilà, Mesdames et messieurs, l'état de la situation internationale et les moyens de limiter les guerres et de garantir la paix pour nous et nos enfants.

Après le temps de la réflexion vient celui de l'action, pour donner vie aux principes et aux analyses.

C'est donc le rendez-vous de l'action que je vous donne, dans la perspective de 2007 bien sûr, mais surtout pour sortir le monde de l'anarchie et du chaos, c'est-à-dire pour rendre à la France le sens de sa mission universelle.

Pour sauver les valeurs auxquelles nous sommes attachés, parce qu'elles seules permettent la vie et parfois le bonheur, nous devons combattre pour sauver les structures, vérifiées par l'Histoire, qui ont permis au travers de douloureux combats, de préserver nos libertés, notre indépendance, notre sécurité, notre culture et notre identité.

Les ensembles cohérents ou qui s'efforcent de l'être, que sont les nations, développent à partir de la notion d'intérêt commun, l'adhésion et la participation du plus grand nombre.

Ils permettent l'harmonie politique et sociale minimum, en laissant le maximum de possibilités de développement individuel.

C'est pourquoi il faut défendre les nations dont la diversité et les frontières jouent le rôle de cloisons de sécurité contre les cataclysmes politiques, migratoires, ou autres.

Il y a des problèmes internationaux, ils doivent être résolus par le concert des nations, au travers d'accords bi ou multilatéraux, au travers de l'Europe des Nations ou de l'Organisation des Nations Unies.

L'objectif n'est pas de faire du passé table rase pour reconstruire un monde nouveau qui ne peut être qu'une utopie meurtrière et une réalisation injuste et désordonnée.

L'objectif n'est pas de refaire le monde, mais de le conserver, de l'adapter dans le respect des règles morales salvatrices et des organisations légitimes.

Encore une fois, dans un monde que menacent les ambitions prométhéennes de certains, il faut garder raison, au plus proche de la terre, des paysages, des hommes et de leurs attaches naturelles, et pour ne pas désespérer, conserver toujours les yeux levés vers le ciel.