Discours politique

Dominique Voynet, Voeux sur le blog (31/12/2006)

La nuit est en train de tomber pour la dernière fois de l'année. Dehors, le vent souffle, et fouette les vitres de paquets de pluie froide. Il fait bon dans la maison... Et ça sent le chocolat. Dans quelques heures, nous serons en 2007...

Ce soir, j'écouterai les (derniers) voeux de Jacques Chirac, des voeux dont, je le reconnais volontiers, je n'attends rien. Je crois déjà entendre sa voix, son phrasé particulier, ce mélange d'affectation et d'hésitation qui, loin de témoigner du sérieux avec lequel il assume sa mission présidentielle, illustre cruellement, plus sûrement que bien des preuves, l'insincérité de sa posture. Tout y sera ce soir : l'affirmation de la grandeur de la France, le rappel des valeurs de la République, l'invitation à relever les défis nouveaux qui les mettent en péril. Il nous exhortera à rester unis. Et montrera l'exacte dose de compassion suggérée par ses conseillers à l'égard de ceux qui souffrent, et notamment des mal logés... Une farce... cette année encore !

Elu en 1995 pour réduire la fracture sociale, Jacques Chirac laisse un bilan consternant, sur le plan politique et sur le plan de la morale publique. Il y a bien sûr le Chirac des grands engagements, des rendez-vous internationaux, des déclarations solennelles. Mais il y a aussi le Chirac de la reprise des essais nucléaires, le Chirac des combines du RPR et de la Mairie de Paris, le Chirac qui aura défendu jusqu'au bout les excès de la politique agricole commune et n'aura jamais levé le petit doigt pour marquer son désaccord avec les expulsions d'étrangers perpétrées à la chaîne par le premier ministre qu'il a choisi.

Jacques Chirac laissera dans quelques mois un pays divisé, taraudé par le doute, un pays qui, au-delà des discours, n'a engagé aucune politique sérieuse de maîtrise des émissions de gaz à effet de serre ou de réduction de notre dépendance au pétrole, un pays riche, qui tolère des inégalités scandaleuses entre ses habitants. Ce soir, il y aura homards et poulardes pour certains, et les restaus du coeur pour beaucoup d'autres.

Ce soir, je mesure la tâche qui m'attend en 2007. Je me sens forte et sereine, car je crois aux idées que je porte depuis plus de vingt ans. Je veux rassurer ceux qui nous attendent d'abord sur le terrain de la défense de la nature, de la protection de l'environnement. Ces questions ne sont pas secondaires, et je ferai en sorte de les défendre sérieusement.

Ce soir, je veux répondre à ceux qui considèrent que nous devrions nous en tenir à notre métier d'écologistes et laisser à d'autres les questions sociales, les questions institutionnelles, les questions internationales... Comme s'il était possible d'alerter sur l'urgence écologique sans regarder ce qui se passe dans la société. Comme s'il était possible de prendre les "bonnes décisions" pour la planète sans prendre en compte leurs conséquences et leurs implications en termes économiques, sociaux, et culturels.

Ce soir, je dis aussi merci aux bien logés, aux mal logés, aux pas logés, aux militants, et à ceux qui ne l'étaient pas "avant". Il y a quelques semaines, aucun candidat aux présidentielles, à part moi, ne s'était déplacé pour répondre à l'interpellation des associations de solidarité (à l'occasion du 50 ème anniversaire de la FNARS). Aujourd'hui, ils ont dû répondre à la vigoureuse interpellation des enfants de Don Quichotte. Et placer au coeur de la campagne le sujet difficile du logement. Si les formes de la lutte évoluent - nous étions rue du Dragon il y a dix ans ! - les revendications restent les mêmes. Un toit pour tous. Est-ce trop demander ? Je ne le crois pas, et c'est pourquoi je signe sans tambour, ni trompettes, après Cécile Duflot, Yann Wehrling, et beaucoup d'autres militants verts présents sur le terrain en ces jours de fête, la charte du Canal Saint Martin.

Je vous souhaite une belle année, plus juste, plus solidaire, plus responsable. A bientôt.