Discours politique

France Gamerre, Le Pacte écologique (31/01/2007)

Bonjour à tous.

Vous savez, j'ai signé sans réserve ce pacte écologique proposé par Nicolas Hulot et par le comité de veille de sa formation. Nous sommes tous d'accord sur l'état des lieux : la maison brûle depuis plusieurs années déjà. Nous le savons, nous le proclamons depuis des décennies, nous constatons tristement que les pompiers ne sont pas encore à pied d'oeuvre. C'est pourquoi je remercie Nicolas Hulot d'avoir réussi, enfin, à forcer les oreilles récalcitrantes et, particulièrement, celle de nos leaders politiques. Mais signer un pacte en période électorale ce n'est pas tout. Cette sorte de contrat moral, qui ne prévoit ni gendarmes, ni sanctions, n'aura d'effet que si les contractants en respectent les termes au-delà du premier tour des élections présidentielles. Or, il y a deux types de signataires : ceux qui sont convaincus et ceux qui signent par opportunisme. C'est donc autant dans la personnalité du contractant que dans le contenu du pacte que résidera l'avenir. Comme il m'a été demandé, je vous dirai d'abord pourquoi j'ai signé ce pacte, ensuite quels sont mes principaux engagements, et enfin ce que je pense de l'avenir de ce pacte dans la situation politique actuelle.

Pourquoi ai-je signée ce pacte ? Il y a trois raisons.

La première, c'est par conviction. Je pense qu'une société plus écologiste doit s'installer rapidement pour prendre la relève de notre société de consommation. Il s'agit d'une urgence mondiale et l'heure n'est plus à l'alerte mais à l'action immédiate. Ensuite, parce que la plupart de vos propositions se trouvent dans mon programme, que j'ai présenté à la presse le 20 octobre et que j'ai appelé : le défi écologique et mes idées directrices. Et enfin, parce que je pense que ce pacte peut être un outil performant pour la mise en application d'une véritable politique écologique. Mais, comme tous les outils, il lui faut un mode d'emploi et surtout de bons ouvriers pour pouvoir s'en servir.

Alors mes engagements : Nicolas, lorsque vous présentez cinq propositions concrètes pour changer les dix objectifs pour un changement de cap, je propose - dans mon défi écologique - sept urgences et vingt-cinq propositions majeures. Ceci n'est pas le fruit du hasard, mais plutôt le résultat d'une longue réflexion que j'appuie sur l'héritage écologique du vingtième siècle. En quinze minutes, malheureusement, il n'est pas possible de décliner l'ensemble de ces propositions. C'est pourquoi je me contenterai d'insister sur ce qui me paraît essentiel.

La première urgence, c'est de lutter contre le réchauffement climatique. Après plus de trente ans de combat scientifique et écologique, nous avons fini par faire admettre une évidence : cette menace est activée par l'homme. Vous le savez, cette menace modifiera notre mode de vie, nos ressources énergétiques, nos modes de déplacement, notre environnement, notre biodiversité, et aura des conséquences incalculables sur notre économie et sur notre organisation sociale.

Ces transformations, aussi, toucheront d'abord les plus faibles d'entre nous et causeront d'importantes migrations. Parmi toutes les mesures qui sont dans mon programme, il en est une aujourd'hui qui est dans toutes les bouches et je la propose depuis longtemps : c'est la sortie rapide de la dépendance du pétrole. J'ai en effet proposé, d'abord de définir une politique énergétique française laissant une part importante aux énergies renouvelables. C'est ce que j'appelle le plan 50, dont l'objectif est d'atteindre une indépendance énergétique globale, je dis bien globale, de 50 % en 2017, soit deux quinquennats.

Deuxièmement, il faut unir les forces européennes autour d'une politique d'approvisionnement commune évitant les situations quasi monopolistiques.

Et enfin, troisièmement, repenser notre système de consommation, faire la chasse aux gaspillages, individuels et bien sûr collectifs. Nous devons mettre en place une véritable politique d'innovation nous devons revoir toutes les politiques structurantes et déclarer sur ce thème l'état d'urgence.

La taxation de l'ensemble des carburants doit être revue, afin de rendre proportionnel au taux de pollution. Le ferroutage, le transport combiné et le fluvial doivent enfin être considérés. Arrêtons d'imaginer la construction de nouveaux aéroports. Gardons le transport aérien là où il est indispensable, par exemple pour des distances supérieures à cinq cents voire mille kilomètres. Nous devons développer des transports en commun, arrêter aussi de les opposer à l'automobile, en incitant les industriels, un incitant les industriels à investir en recherche et développement dans le domaine des véhicules propres, et vite ! Nous proposons que l'Etat joue un rôle d'incitateur et démontre son exemplarité en utilisant systématiquement des véhicules propres pour tous ses déplacements. Michel Crépeau avait montré l'exemple à la Rochelle il y a quelques années. Nous proposons aussi, et nous le faisons tous, que tout nouveau projet de rénovation, de construction, d'équipement public, sans exception, intègre la démarche HQE.

Une autre de mes urgences est d'oeuvrer pour réconcilier l'écologie et l'économie dans une démarche, bien sûr, écocitoyenne, et, vous l'avez compris, écoresponsable. C'est ce que j'appelle, avec Jean-Noël Debroise, coauteur de mon livre, l'écogénisme. J'ai pu, en tant qu'universitaire et économiste, mais aussi écologiste, mesurer les dégâts causés par la libéralisation sauvage des marchés, qui conduit à un pillage, qui a conduit à un pillage sans précédent des ressources naturelles fossiles non renouvelables. L'économie doit tenir compte de l'environnement, mais aussi de l'humain, ne pas se résumer à un plan comptable. Comme dans le pacte, je n'invente rien, je demande que l'on établisse la vérité des prix et que le prix d'un produit tienne compte aussi de son coût environnemental.

Une des priorités c'est aussi de s'accorder sur la nature et la gestion des biens publics mondiaux, la question se pose, c'est-à-dire les biens qui ne se renouvellent pas et qui bénéficient à l'humanicité entière. Je pense à des ressources fossiles minières, l'eau, la mer, la biodiversité. C'est pourquoi je soutiens avec force la mise en place d'un organisme international du développement durable, préfigurant le futur ministère mondial de l'écologie, comme l'OMS préfigure celui de la santé.

Mais, dans un même temps, et cela est très important, je propose de sauvegarder, de développer les cultures et les spécificités régionales ou nationales ; les deux choses ne sont pas incompatibles, elles sont nécessaires et complémentaires. Il est aussi nécessaire d'intégrer la biodiversité dans les politiques, en favorisant la décentralisation de sa gestion et de sa préservation. J'ai également indiqué, dans mon programme, qu'il est primordial d'interrompre et d'interdire, tout comme vous le souhaitez, les essais de culture d'OGM en plein champ. Je propose aussi bien sûr de repositionner immédiatement les subventions européennes en faveur de l'agriculture biologique. Mais ces propositions épousent 100 % celles du pacte, donc je ne les évoquerai pas plus.

Enfin, il y a un autre défi : c'est celui de la santé, de la recherche et de l'éducation. N'est-il pas une des premières urgences ? Sans recherche, il n'y a pas de progrès et sans éducation, il n'y aura pas de politique écologique et, surtout, il n'y a pas d'égalité des chances. L'écologie, qui doit échapper à la logique exclusive du bénéfice financier, ne pourra exister sans l'avènement de l'homo écologicus, c'est-à-dire un apprentissage de l'écologie. L'enseignement primaire et secondaire, le développement durable y est aujourd'hui embryonnaire dans son enseignement. C'est inacceptable ! Il faut également développer la filière environnementale dans l'enseignement supérieur et la lier à d'autres disciplines comme la médecine ou l'ingénierie. En tant que présidente fondatrice d'une association européenne pour l'éducation internationale, qui regroupe la majorité des universités européennes, j'ai pu mesurer l'impact de l'éducation sur l'avenir du monde et l'importance de l'ouverture à l'international. Et, ce qui est encore plus important, c'est la rencontre avec les autres et la capacité d'écoute. De cette expérience internationale, j'ai retiré la conviction que nous n'échapperons pas à la globalisation de la politique écologique et que nous ne pourrons pas nous affranchir d'une vision mondiale de ces problèmes, même si l'action écologique, bien sûr, est autant locale que globale.

Repositionner la France dans l'Europe est une obligation si nous voulons avoir droit au chapitre au plan mondial. C'est le bon échelon pour peser sur les deux géants de la pollution que sont les USA et la Chine, bientôt rejointe par l'Inde, hier le pétrole avec l'Irak, demain les approvisionnements en gaz avec la Russie, après demain l'eau, dans les zones fragiles du globe.

En un quart d'heure, il ne m'est pas possible de parler de tout, mais je voudrais quand même aborder une petite divergence quant au mode de gouvernance : je ne suis pas tout à fait d'accord sur la nomination d'un vice-premier ministre de l'écologie, car il me semble qu'il n'aura pas plus de poids sur les décisions du gouvernement que n'en a eu Al Gore lorsqu'il était vice-président des USA. C'est pourquoi je pense qu'il faut un ministère d'Etat avec des ressources humaines et un budget permettant d'impulser une véritable politique qui est déterminée en amont. Je milite donc pour la création d'un ministère d'Etat du développement durable qui regrouperait l'énergie l'aménagement, le territoire, les transports, la mer, l'écologie, l'environnement.

Alors l'avenir du pacte, ce sera... Ce pacte n'aura d'avenir que si les signataires, bien sûr, le respectent. Sans cela, la signature du pacte, c'est une mascarade de plus dans cette campagne électorale dominée par des polémiques diverses et variées. Il serait bon que les candidats qui ont exercé des responsabilités gouvernementales dans le passé nous disent comment ils ou elles vont s'y prendre pour mettre en oeuvre ce qu'ils n'ont pas fait auparavant et pendant de longues années. Les candidats écologistes ont une responsabilité encore plus grande que celle des autres candidats vis-à-vis de ce pacte. Parce que l'écologie demande une grande expertise, mais surtout beaucoup de rigueur, de ténacité, et très souvent beaucoup de courage. Nous risquons, nous écologistes, de repartir dans une nouvelle décennie de combats internes et stériles, dans des luttes de chapelles et des querelles philosophiques, cependant que les lobbys antiécologiques mettent en coupe réglée les dernières ressources de la planète. Ne nous divisons pas. Gardons nos identités, gardons nos identités et réunissons tous nos efforts.

En ce qui concerne les candidats non écologiques, on peut supposer que cette signature, pour certains, rejoindra celles qui sont faites par ailleurs à d'autres lobbys, groupes ou communautés, syndicats, tout ce que vous voulez, et qu'elles seront en contradiction avec le contenu du pacte. Mais que les loups se vêtent d'une peau de mouton pour approcher le troupeau et abuser les chiens de berger, c'est monnaie courante, il faut le savoir. Car je ne crois pas que la colombe de la grâce écologique ait touché subitement les candidats qui, depuis plusieurs décennies, sont au pouvoir, sont responsables de cette politique productiviste, qui nous a menés où nous en sommes.

Réconcilier les Français avec l'écologie et la politique, c'est aussi un de nos devoirs si on veut que l'écologie soit prise en compte durablement. La biodiversité, vous le savez, est nécessaire à la survie des espèces autant que la diversité des idées est nécessaire à la bonne santé de la démocratie. Pas de sectarisme. C'est pour cela que j'exige une dose de proportionnelle à l'assemblée. C'est pour cela que je demande aussi la prise en considération du conseil du développement durable selon un statut comparable à celui du conseil constitutionnel et où l'ensemble des acteurs impliqués trouveront leur place et seront écoutés.

Je le dis clairement ici : sans l'union de tous, politiques et associatifs, je crains que ce pacte ne soit qu'un livre de plus sur l'écologie, une opération médiatique sans lendemain. Et je ne le veux pas. Il y a un espoir.

Ma conclusion, c'est qu'il ne sert à rien de faire revivre le passé même si certains écologistes y sont totalement tournés. Il faut regarder vers l'avenir. C'est pour l'avenir que voteront nos concitoyens au printemps prochain. La présidentielle est l'avenir immédiat. Alors, pour ma part, je m'engage devant vous à respecter à la lettre ma signature. Je continuerai avec vous ce fabuleux combat en restant fidèle à mes engagements. Merci.