Discours politique

Arlette Laguiller, Discours à Montpellier (09/03/2007)

Travailleuses, travailleurs, camarades et amis

Les trois problèmes graves qui pèsent aujourd'hui sur la vie de toutes les familles ouvrières, et plus généralement sur les classes populaires, sont la gravité du chômage, la baisse du niveau de vie et la difficulté croissante de disposer d'un logement convenable. Des problèmes, il y en a d'autres, bien sûr, comme l'accès aux soins, l'éducation des jeunes ou l'environnement. Mais ces problèmes, tout en étant importants, découlent en grande partie des premiers.

Le chômage touche, même d'après les chiffres officiels, deux millions et demi de personnes -et on sait que ces chiffres sont manipulés et que le gouvernement ment lorsqu'il prétend que le chômage a baissé ! Comment le chômage pourrait-il baisser alors que les grosses entreprises, les plus riches, annoncent les unes après les autres des suppressions d'emplois et des licenciements ?

Dix mille emplois supprimés chez Airbus ! Ce n'est pas une petite entreprise au bord de la faillite. C'est une très grande entreprise qui fait partie d'un groupe, EADS, qui a fait du profit et qui distribue des dividendes à ses actionnaires privés, Lagardère en tête, une des plus grandes fortunes du pays.

Alcatel-Lucent n'est pas, non plus, une petite entreprise. Elle est le numéro deux à l'échelle de la planète des équipementiers en télécommunications : 12.500 emplois supprimés !

Campagne électorale oblige, les stars de la présidentielle s'agitent autour du cas d'Airbus, chacun y allant de sa proposition de réorganiser l'entreprise. Tous font mine de se préoccuper de l'avenir de l'entreprise, mais ils ne se préoccupent pas de l'avenir des travailleurs dont la direction se prépare à supprimer l'emploi !

Mais ce n'est pas l'entreprise Airbus qui a des problèmes ! Elle a des commandes pour les cinq ans à venir ! Seulement, il est plus profitable pour les actionnaires de faire faire le même travail avec moins d'effectifs !

Sarkozy se proclame libéral. Il affirme que l'État n'a pas à se mêler des décisions des patrons des entreprises qui doivent être libres de décider ce qu'ils veulent, y compris de licencier. Mais il est pour que l'État injecte de l'argent dans Airbus. L'idée ne lui viendrait évidemment pas de contraindre l'actionnaire privé Lagardère d'injecter de l'argent alors que l'entreprise lui a déjà rapporté bien plus que ce que sa part d'actionnaire lui a coûté.

Mais c'est comme cela avec les patrons et leur porte-parole. Ils sont contre l'intervention de l'État, sauf quand il s'agit de recevoir.

Quant à Ségolène Royal, elle propose que les régions entrent dans le capital d'Airbus, un peu comme cela se pratique en Allemagne où les régions, les lander, ont une part dans le capital de cette entreprise. Mais leur présence n'a pas empêché Airbus de licencier aussi en Allemagne !

En outre, si Ségolène Royal veut que les régions, voire l'État, entrent dans le capital d'Airbus, demande-t-elle aux capitaux privés, notamment ceux de Lagardère, d'en sortir ? Et si oui, à quel prix ?

Que l'argent public des régions vienne s'ajouter aux capitaux privés d'Airbus ou qu'il serve à racheter à prix élevé les actions de Lagardère, dans les deux cas, cet argent viendrait au secours du capital privé, sans même que ce soit une garantie pour les travailleurs que les emplois seront préservés.

Mais on n'a pas entendu Ségolène Royal affirmer clairement que, si elle est élue, elle s'opposera à toute suppression d'emploi chez Airbus. Le promettrait-elle qu'il faudrait veiller à ce qu'elle tienne sa parole, mais elle ne le promet même pas !

Airbus et Alcatel-Lucent ne sont pas des exceptions. Bien d'autres entreprises, de Michelin à Peugeot-Citroën, en passant par France Télécom suppriment des emplois ou se préparent à le faire. Voilà la principale cause du chômage.

Au nombre de chômeurs, il faut ajouter également ceux qui n'occupent que des emplois précaires ou à temps partiel imposé et qui, de ce fait, n'ont pour vivre que des revenus inférieurs au Smic. Ce qui en fait des travailleurs pauvres et, pour certains d'entre eux, très pauvres, au point de n'avoir d'autre domicile que la rue.

Être licencié et tombé dans le chômage, c'est un drame pour ceux à qui cela arrive et à leurs familles. Mais c'est aussi un immense gâchis social. Ces femmes et ces homes écartés de la production, ce sont des compétences, des énergies, du savoir-faire, qui sont laissés en friche, au détriment de toute la société. Et tout cela, à cause de l'aberration de l'organisation capitaliste de l'économie, de la concurrence entre les groupes industriels et financiers.

Le logement est une autre catastrophe sociale depuis des dizaines d'années mais qui n'a jamais été aussi grave. Selon la Fondation Abbé Pierre, un million deux cents mille ménages sont sur listes d'attente de HLM, et ils risquent d'y rester encore longtemps vu qu'on ne construit de nouveaux logements qu'avec parcimonie.

Et deux autres millions, sinon plus, sont logés dans des logements de fortune, chez des parents, dans des campings ou, comme dans votre région, des cabanons, voire des taudis infects.

Le troisième problème, dramatique pour la majorité des salariés, est la détérioration inexorable du niveau de vie. Même pour ceux qui ont la chance d'avoir toujours travaillé en CDI, les salaires sont bloqués depuis le gouvernement socialiste de Mauroy, il y a un quart de siècle.

Alors que les salaires sont bloqués, les prix continuent à augmenter, plus particulièrement d'ailleurs le prix des logements. Et là aussi, bien au-delà de ce qui ressort des statistiques mensongères et des indices faussés du gouvernement ! Les indices Insee intègrent aussi bien des produits de consommation courante pour les classes populaires que des produits qu'on n'achète que rarement, voire pas du tout. Ce n'est pas parce que le prix des écrans plats a été divisé par deux en deux ans que cela compense la hausse du prix du kilo de viandes, de légumes ou de fruits que l'on consomme tous les jours ! Il suffit de faire ses courses pour constater la hausse des prix.

À la hausse des prix s'ajoute l'accroissement des prélèvements divers. La baisse des remboursements de Sécurité sociale, les forfaits non remboursables qui se multiplient, grèvent lourdement les budgets les plus modestes.

Les salaires, même de ceux qui ne sont pas tombés dans la précarité, sont notoirement insuffisants, ne serait-ce que pour assurer un pouvoir d'achat comparable à celui d'il y a trente ans.

Comme sont notoirement insuffisantes les pensions de retraite, en tout cas celles des anciens employés et ouvriers des villes et des campagnes.

Et le pire, c'est que ces trois problèmes majeurs d'aujourd'hui, au lieu de se résorber, s'aggravent !

Comment ne pas comparer cette évolution catastrophique de la situation des classes populaires avec les bénéfices des grandes entreprises et les revenus du capital ?

Les profits des entreprises sont en croissance constante depuis plusieurs années. Ils ont avoisiné, l'an dernier, la somme sans précédent de 100 milliards d'euros, rien que pour les quarante premières entreprises cotées en Bourse ! Si, encore, ces profits étaient la source de forces productives, de moyens de production nouveaux, créateurs d'emplois et de biens de consommation à un niveau qui fasse baisser leurs prix, ils pourraient servir à quelque chose d'utile ! Mais ce n'est pas le cas. Depuis des années, les profits ne servent qu'à de faux investissements qui consistent à racheter tout ou partie d'entreprises qui existent déjà, phénomène de concentration qui non seulement ne crée pas d'emplois nouveaux, mais le plus souvent en supprime.

Alors, les candidats dits grands à l'élection présidentielle peuvent raconter ce qu'ils veulent, s'agiter sur scène, faire des promesses de camelot, leurs propositions doivent être jugées en fonction de leur capacité à résoudre, ou pas, les problèmes vitaux des classes populaires.

On ne peut résoudre aucun des graves problèmes des classes populaires sans imposer une autre répartition des bénéfices des entreprises, qui profite cette fois à la collectivité.

Pour mettre fin au chômage : il faut commencer par interdire tout licenciement collectif aux grandes entreprises sous peine de réquisition, c'est-à-dire expropriation sans rachat ni indemnité. Une fraction au moins des profits présents et accumulés dans le passé devrait servir à financer le maintien des emplois existants, voire à procéder à des embauches supplémentaires. Plutôt qu'user les uns au travail par des heures supplémentaires ou par l'augmentation du rythme de travail, pendant que d'autres sont laissés dans l'inactivité forcée, il faut répartir le travail entre tous avec maintien des salaires.

L'État, de son côté, peut et doit créer des emplois dans les services publics qui se dégradent tous, faute d'effectifs en nombre suffisant. Il faut embaucher le personnel nécessaire dans les hôpitaux publics, dans les maisons de retraite, à l'Éducation nationale, dans les transports publics.

Pour financer cet effort indispensable, il faut, en premier lieu, réorienter les dépenses budgétaires. Faut-il financer la Défense nationale, si mal nommée puisqu'elle ne sert en rien à la défense du pays mais seulement à des guerres extérieures, en Afrique ou en Afghanistan ? Ou augmenter les crédits de l'Éducation nationale ? Qu'est-ce qui est le plus utile à la société : financer la force de frappe nucléaire ou maintenir les hôpitaux et maternités de proximité ?

Tout en réorientant le budget de l'État vers des dépenses utiles à toute la population, il faut en augmenter les recettes. Il est scandaleux que la plus grande part des recettes de l'État (53,1 %) provienne de la TVA et autres impôts indirects, qui ne sont pas progressifs et qui frappent surtout les classes populaires et, de fait, les plus pauvres. La part de l'impôt sur les bénéfices des sociétés ou sur les hauts revenus est, en revanche, de plus en plus modeste. I

Il faut augmenter les impôts sur les bénéfices des grandes entreprises et sur les revenus des plus riches. L'impôt sur le revenu doit être fortement progressif et sans plafonnement ni "bouclier fiscal". La TVA devrait être, en revanche, fortement diminuée, voire supprimée, sur les produits de consommation courante.

Pour résoudre le problème du logement populaire : il faut créer un grand service public du logement qui se charge de construire d'urgence sous sa direction le nombre de logements nécessaires soit, au moins, deux millions en deux ans et sans passer par les bétonneurs privés. Il faut que l'État réquisitionne les terrains nécessaires.

Pour financer tout cela, il faut utiliser les 65 milliards d'euros annuels que l'État consent en "aides publiques aux entreprises". Ces milliards, purement et simplement ajoutés par les entreprises à leurs bénéfices sans aucune contrepartie pour la société, permettraient de financer la construction de logements sociaux en satisfaisant toutes les demandes.

Pour stopper la dégradation du pouvoir d'achat : il faut augmenter tous les salaires d'au moins 300 euros mensuels et imposer un Smic à 1500 euros net immédiatement. Le patronat peut tout à fait le supporter. Aucun salaire, aucune pension de retraite, aucune allocation, notamment d'handicapé, ne doivent être inférieurs à cette somme.

Tous les contrats précaires doivent être transformés en contrats à durée indéterminée.

L'augmentation des salaires doit être financée en prenant sur les revenus du capital. Il n'y a pas de raisons pour que les dividendes aient augmenté en 2006 de 25 % en moyenne et que les salaires soient bloqués !

Il faut, enfin, que toutes les mesures prises par Balladur et Fillon contre les retraités soient annulées. Évoquer la croissance du nombre de retraités par rapport à la population active, pour justifier la diminution des pensions et le report de l'âge de la retraite, est une escroquerie. La productivité ayant considérablement augmenté depuis un demi-siècle, augmenter la pension des retraités est possible à condition que les fruits du progrès ne soient pas accaparés par le seul patronat.

Ni Nicolas Sarkozy ni Ségolène Royal ni François Bayrou ne proposent une politique susceptible de répondre aux besoins des masses populaires sur ces trois problèmes vitaux que sont le chômage, le coût de la vie et le logement. Ce sont pourtant des exigences vitales, urgentes !

Nicolas Sarkozy est l'homme du grand patronat et les classes populaires n'ont rien de bon à attendre de lui. Sa seule préoccupation est d'assurer aux possédants les meilleures conditions pour valoriser leurs capitaux et accroître leurs revenus.

Mais augmenter le superflu des classes possédantes implique de prendre aux classes populaires sur le nécessaire, voire l'indispensable !

En guise de lutte contre le chômage, Sarkozy n'a rien d'autre à proposer que des réductions de charges aux patrons, des cadeaux fiscaux aux actionnaires, afin de les "inciter" à créer des emplois. Une recette que tous les gouvernements ont utilisée, avec le résultat qu'on sait. Les patrons empochent les cadeaux, les ajoutent à leurs profits, sans créer des emplois.

En guise d'augmentation du pouvoir d'achat, Sarkozy propose seulement ce slogan "travailler plus pour gagner plus" ! C'est d'autant plus cynique que les près de trois millions de chômeurs complets n'ont pas de travail du tout. Leur proposer de "travailler plus" est une sinistre plaisanterie. Quant aux trois autres millions qui n'ont qu'un emploi précaire intermittent ou un temps partiel non choisi, combien d'entre eux voudraient pouvoir travailler même les 35 heures hebdomadaires contre lesquelles Sarkozy est en guerre ? Et puis, quelle est l'usine, la banque ou la grande surface où ce sont les ouvriers et les employés qui choisissent librement la durée de leur temps de travail ?

On pourrait croire que cet homme, Sarkozy, vit dans la lune pour ignorer à ce point la réalité des entreprises et de la condition ouvrière. En réalité, ce n'est pas de l'ignorance, mais de la servilité à l'égard du grand patronat. Exonérer les patrons de charges sociales et fiscales sur les heures supplémentaires, comme le promet Sarkozy, est non seulement leur faire un beau cadeau, mais c'est une façon de les pousser à faire crever au travail leurs travailleurs et de ne pas embaucher.

Il est criminel d'imposer des heures supplémentaires à ceux qui ont du travail. Ce qu'il faut faire, c'est empêcher le patronat de licencier ou de recourir aux contrats précaires. Il faut remplacer les heures supplémentaires par des emplois supplémentaires.

Quant à Ségolène Royal, si certaines de ses propositions peuvent apparaître, si elles ne restent pas à l'état de promesses, comme des améliorations dans certains domaines, elle ne propose rien qui puisse éliminer le chômage, assurer la hausse générale du niveau de vie et résoudre le problème du logement pour ceux dont les revenus sont faibles.

Contre le chômage ? Elle propose aux jeunes "les emplois-tremplins que les Régions ont mis en place avec un objectif de 500 000 emplois-tremplins". Cela ressemble aux emplois-jeunes qui ont, certes, dépanné des jeunes mais qui n'ont jamais été pérennisés. "Emplois-tremplins" dit bien ce que cela veut dire, c'est que c'est provisoire. Et où donc va tomber le jeune après avoir sauté de ce tremplin-là ? Mais, pour la majorité des cinq ou six millions de chômeurs et de demi-chômeurs, de précaires, il n'y a aucun engagement, ni même aucune proposition.

Contre la baisse du pouvoir d'achat ? Ségolène Royal propose 1500 euros brut comme salaire minimum, mais seulement pour la fin de son mandat, c'est-à-dire dans cinq ans ! Et rien pour les salaires autres que le Smic, si ce n'est une promesse de "négociations entre partenaires sociaux". Mais on sait que, dans ce genre de rencontres, réunissant patrons et syndicats, il n'y a rien à négocier et que quand les patrons disent non, les syndicats n'ont qu'à s'incliner.

Pour le logement ? Ségolène Royal propose la construction de 120.000 logements sociaux par an. Cela signifie qu'il faudra attendre dix ans pour que le million deux cents mille demandeurs qui sont sur liste d'attente de HLM aient satisfaction, et ceci sans compter les demandeurs ultérieurs !

Mais, en revanche, Ségolène Royal n'a pas l'intention d'arrêter les 65 milliards d'aides aux entreprises. Elle vient d'affirmer, il y a quelques jours, qu'elle ne touchera pas, non plus, au budget de la défense et, en particulier, à celui de la "force de frappe". Soit dit en passant, le fait de se déclarer pour la bombe atomique n'a pas empêché ni Sarkozy ni Royal de signer le "Pacte écologique" de Nicolas Hulot...

Et je ne parlerai pas du programme de Bayrou qui n'est qu'un décalque du programme de Sarkozy en version molle, avec quelques fleurs autour...

Les promesses électorales, de toute façon, ne valent pas grand-chose. Mais on peut d'autant moins croire les dirigeants politiques que le véritable pouvoir ne leur appartient pas. Président et ministres ne font que gérer ce que leur demandent ceux qui possèdent les capitaux, les propriétaires des plus grosses entreprises qui assurent le véritable pouvoir dans ce pays et que personne, à part une minorité d'actionnaires, n'a élus.

Aussi je tiens à faire savoir, à affirmer, à convaincre le maximum d'électeurs des classes populaires dans cette campagne que, sans s'en prendre aux pouvoirs du grand patronat, on ne peut rien faire pour améliorer le sort des classes populaires, on ne peut même pas arrêter la dégradation de leurs conditions d'existence.

Et ce sont les grands groupes industriels et financiers, irresponsables au sens plein du terme, les yeux fixés sur le montant de leurs profits mais se désintéressant de la collectivité des hommes comme de l'environnement, qui décident de notre sort, seuls, sans contrôle. On ne peut pas les laisser faire ! On ne peut pas laisser les dirigeants des grandes groupes pousser la société vers l'abîme !

Il faut imposer que la société, la collectivité, puissent avoir un contrôle sur les comptabilités de toutes les grandes sociétés, et cela au jour le jour. Il ne s'agit pas seulement de donner le bilan qu'elles donnent aux comités d'entreprise, il s'agit d'élargir les moyens des comités d'entreprise, leur droit de contrôler les comptabilités au jour le jour, de désigner des comptables et des experts indépendants qui contrôlent ces géants qui dominent la société, mais aussi les comptes en banque de leurs dirigeants, de leurs principaux actionnaires et de leurs proches.

Il faut supprimer le secret professionnel pour que tout cela soit public, que la collectivité, la société civile, puissent jeter un oeil sur ce qui se passe dans les conseils d'administration, sur leurs projets à court terme ou à long terme qui peuvent concerner toute la population.

Je prends les comités d'entreprise comme exemple. Mais il faudrait que soient enlevées toutes les barrières inventées dès la création des CE et aggravées au fil du temps, qui réduisent leur rôle à un cérémonial annuel où les patrons leur livrent une fois par an des chiffres mélangés et incompréhensibles.

Il faut revenir sur les récentes lois qui les font élire une fois tous les quatre ans, ce qui les éloigne des travailleurs et les subordonne aux patrons. Il faut qu'ils soient élus chaque année.

Il faut qu'ils puissent demander des comptes à la hiérarchie des entreprises, à n'importe quel moment.

Il faut que leur mode de désignation soit bien plus large afin que non seulement les salariés des entreprises mais aussi les consommateurs et toute la population puissent participer à ce contrôle.

Le dirigeant d'une entreprise connaît tout sur les revenus de ses salariés. La justice, c'est que les salariés connaissent tout sur les revenus de leur patron, et pas seulement sa paie théorique.

Un plan de licenciement ou un plan de délocalisation sont étudiés des mois avant à l'avance. Et lorsqu'ils sont annoncés, c'est au dernier moment, lorsque les futurs licenciés n'ont plus que leurs yeux pour pleurer et qu'ils ne peuvent plus réagir efficacement.

Eh bien, il faut que les travailleurs, que la population, soient avertis dès qu'une hypothèse de ce genre-là est évoquée, ne serait-ce que pour pouvoir s'organiser et se défendre.

Mais si ce contrôle existe, ils peuvent faire plus.

Si l'on vérifie d'où vient l'argent, par où il passe, et où il va, si on vérifie si les investissements qui figurent au bilan ne sont pas de simples rachats d'autres entreprises sans créer de force productive nouvelle, on verra qu'on peut satisfaire bien des revendications indispensables au monde du travail et, plus généralement, à la population. Et qu'on peut largement augmenter les salaires.

Et puis, à chaque fois qu'une grande entreprise porte un mauvais coup à ses travailleurs, soit en supprimant des emplois, soit en bloquant les salaires, soit les deux, elle prétend qu'elle le fait au nom de la compétitivité sur le marché international. Mais le prix des marchandises comprend, outre celui des matières nécessaires à leur fabrication, non seulement le prix du travail, c'est-à-dire les salaires, mais aussi les dividendes des actionnaires. Où est-il donc écrit que c'est la masse salariale qu'il faut réduire pour baisser les prix ? Pourquoi pas les revenus du capital ? C'est sur les dividendes qu'il faut prendre de quoi baisser les prix ! Et si les dividendes présents ne suffisent pas, il faut prendre sur les dividendes accumulés sous la forme de fortunes privées.

Ce ne sont pas les travailleurs, leurs emplois, leurs salaires, qu'il faut rendre flexibles, c'est au contraire la flexibilité des revenus du capital qu'il faut imposer !

Alors, si je me présente, c'est pour dire aux miens, au monde du travail, qu'il ne faut pas être dupe des marionnettes politiques qui occupent le devant de la scène et qui nous jouent la comédie du pouvoir, alors que, derrière la scène, c'est le grand patronat qui tire les ficelles.

Nicolas Sarkozy comme Ségolène Royal cherchent l'un et l'autre à faire la cour à la jeunesse.

Mais quel est l'avenir de la jeunesse si les jeunes en sont réduits à commencer leur vie active comme chômeurs ? Et cela concerne tous les jeunes, même ceux qui ont la chance de poursuivre leurs études. Chance qui n'est même pas donnée à nombre de jeunes des quartiers populaires parce que l'Éducation nationale n'a pas les moyens, faute de crédits, faute d'enseignants en nombre, de dispenser une éducation capable d'aider les enfants de pauvres à surmonter l'inégalité de départ, entre les familles des milieux matériellement et culturellement favorisés et celles qui cumulent la pauvreté matérielle avec des difficultés culturelles.

Mais combien de jeunes, même dotés de diplômes, sont inscrits à l'ANPE ? Combien de bac + 3 ou + 5 sont heureux de décrocher un emploi de caissière de supermarché ?

Alors oui, les jeunes représentent l'avenir. Mais leur avenir sera ce que leur génération sera capable d'imposer collectivement ; et cette capacité commence par ne pas croire les marchands d'illusions.

Je sais que tous ceux qui, dans les classes populaires, en ont assez de l'arrogance de la droite, voudraient s'en débarrasser. Nombreux sont celles et ceux qui n'attendent pas grand-chose d'autre de l'élection que le plaisir de voir Sarkozy ravaler ses ambitions. Bien sûr que je comprends et je partage l'envie de se débarrasser et de Sarkozy et de la droite.

Mais, la satisfaction de s'être débarrassé du gouvernement de droite, se révélera amère si le gouvernement de gauche qui lui succèdera reprend à son compte sa politique, comme cela est arrivé bien souvent dans le passé.

Il ne suffit pas de chasser la droite de la présidence de la République et du gouvernement pour que la politique de droite en soit chassée pour autant. Car quel que soit le ou la présidente, le grand patronat conservera sa puissance économique et, donc, les moyens d'imposer sa politique.

Le PS appelle à voter utile dès le premier tour, c'est-à-dire à voter pour Ségolène Royal. Mais à quoi servirait le premier tour si les électeurs n'en profitaient pas pour exprimer ce qu'ils veulent, tandis qu'au deuxième tour ils ne pourront que voter pour le moins mauvais ou le moins pire des deux candidats. Il ne faut pas laisser passer l'occasion du premier tour pour affirmer les exigences des exploités et de la population.

Au deuxième tour, l'électorat n'a le choix qu'entre deux candidats qui, chacun à sa façon, mèneront la politique que leur imposera le grand patronat. Aussi le chantage au "vote utile" est-il destiné seulement à faire taire les exploités et leurs exigences. Il ne faut pas que, face au duo Sarkozy-Royal, la seule opposition vienne de la droite et de l'extrême droite, d'un Bayrou ou d'un Le Pen.

Il faut que le camp des travailleurs lève son propre drapeau pour montrer que le choix politique ne se réduit pas à différentes nuances dans la façon de servir les intérêts du grand patronat.

Je sais, bien sûr, que je ne peux pas être élue. Ne peuvent être élus dans le cadre des lois électorales que ceux qui sont appuyés par le grand capital, son argent, ses appareils politiques, son influence sur les chaînes de télévision.

Une candidate qui combat leur système n'a qu'une seule chance d'être élue : être portée par une très puissante lutte sociale, des grèves, des manifestations, par l'action collective de millions d'exploités. Mais, même élue dans ce genre de circonstances exceptionnelles, je ne pourrais rien faire sans que l'action de la classe ouvrière se prolonge bien au-delà des élections. Le pouvoir patronal, les puissances de l'argent, ne reculeront que devant la pression puissante de la masse des exploités, réunissant dans la même action ceux qui ont le droit de vote comme ceux qui, travailleurs immigrés, en sont injustement privés.

Nous ne sommes pas dans cette situation aujourd'hui. Mais plus il y aura de votes sur mon nom, plus cela redonnera confiance à tous ceux qui en ont assez de recevoir des coups et qui ont envie de les rendre.

Voter pour ma candidature, c'est affirmer son accord avec le programme que j'ai développé tout à l'heure et lui donner assez de crédit pour que les futures luttes sociales en reprennent les objectifs.

Les votes en ma faveur seront des votes clairement contre la droite au pouvoir, mais ils seront aussi des votes qui contestent l'ordre social lui-même, un ordre social aussi irrationnel qu'injuste.

Alors, il faut que ces votes soient suffisamment nombreux pour que le grand patronat et ses serviteurs s'inquiètent de l'évolution de l'état d'esprit des classes populaires. Ces votes, même s'ils sont nombreux, ne remplaceront pas les mouvements de lutte sociale indispensables pour changer notre avenir à tous, mais ils peuvent contribuer à le préparer en popularisant des objectifs et en donnant confiance.

Aidez-nous à faire en sorte que nombreux soient ceux qui, dans les classes populaires, en votant pour ma candidature, montrent que, s'ils rejettent la droite, porte-parole et serviteur attitré du grand patronat, ils ne font pas pour autant confiance à la gauche qui a toujours trahi ceux qui l'ont élue par refus de toucher au grand capital et à ses intérêts.

Et, surtout, il faut que les votes en ma faveur et qui contestent l'ordre social soient suffisamment nombreux pour que le grand patronat et ses serviteurs s'inquiètent de l'évolution de l'état d'esprit des classes populaires. Il faut qu'ils aient des raisons d'y entrevoir les mouvements sociaux indispensables pour changer notre avenir à tous !