Discours politique

Dominique Voynet, Discours à Pantin (10/03/2007)

Chers amis,

Quelques mots pour vous remercier de votre invitation et pour introduire notre débat.

Comme Jacques l'a rappelé, je n'ai pas attendu d'habiter moi-même en Seine Saint Denis ou d'être candidate à quoi que ce soit pour venir en banlieue, puisque j'ai assisté dans cette même salle, alors en travaux, au congres fondateur du Réseau d'Economie Alternative et Solidaire, en 1992 et j'avais déjà eu le sentiment qu'il se passait beaucoup de choses ici, ce qui ne s'est pas démenti.

Et par ailleurs,ce n'est pas Belkha qui me démentira, il m'arrive souvent de venir finir ici les longues soirées de réunion avec les Verts.

Moi en banlieue, je suis chez moi, ma fille étudie dans un collège public en Zep à Montreuil et je n'ai pas besoin d'une escorte pour m'y sentir à l'aise.

Alors un mot sur la campagne.

Vous le savez, nous la menons avec des moyens infiniment plus faibles que nos concurrents, avec des temps de paroles incomparablement plus réduits dans des médias qui sont quand même pour beaucoup entre les mains de puissances financières pas forcément favorables aux idées écologistes.

Mais vaille que vaille, nous faisons notre chemin, je rencontre des milliers de militants, de citoyens qui m'interpellent et je n'ai pas du tout l'impression de parler dans le désert ni qu je suis dans un pays marqué par le déclin.

J'ai plutôt l'impression quoi qu'on en dise qu'il y a une forte attente par rapport à la politique : en témoignent les inscriptions fortes sur les listes électorales, l'intérêt pour les débats télévisés, la qualité des échanges que nous avons.

Vous dire que je suis bien contente de cette façon qu'on a de zapper dans cette campagne d'un sujet à l'autre, ça serait trop : un jour les mal logés, l'autre, le surlendemain les chasseurs, maintenant t Airbus.

Vous avez tous remarqué la tendance des candidats qu'on appelle curieusement des " grands " candidats, à promettre tout et son contraire à tout le monde, et même à donner à celui qu'on rencontre aujourd'hui, ce qu'on avait promis à celui qu'on avait rencontré la veille.

C'est comme ça d'ailleurs qu'ils ont fait avec le pacte écolo de Nicolas Hulot : ils ont signé presque tous.

Mais à peine avaient ils cliqué pour dire qu'ils étaient d'accord qu'ils s'empressaient de promettre le contraire aux marchands d'autoroutes à 100 millions d'euros du kilomètres en ville, aux vendeurs d'incinérateurs à 230 millions d'euros pièce en île de France, aux gros agriculteurs, aux marchands de centrales nucléaires à 300 millions la tranche.

La palme de cette façon de faire revient évidemment à Nicolas Sarkozy, qui lui est carrément un obsédé du travail, surtout pour les autres, un monomaniaque de la sécurité dans les beaux quartiers et de la lutte contre les l'immigrés, un fanatique des assurances et des écoles privées, un paranoïaque des faux chômeurs et des faux rmistes, un acharné de la baisse des impôts pour les riches.

Alors ce n'est pas compliqué, on dirait qu'on s'est donné le mot avec Nicolas Sarkozy car nous disons spontanément, et sans nous consulter je vous le jure, exactement le contraire l'un de l'autre.

Moi je ne pense pas par exemple qu'il faille que les habitants de ce pays travaillent plus : je pense qu'ils doivent travailler moins et mieux pour pouvoir travailler tous.

Je suis pour les 35 heures (je suis la seule c'est quand même un comble) et même pour les 32 heures pour les métiers pénibles. Je suis pour que les gens aient le temps de voir leurs enfants, de se cultiver de bricoler, de faire leur jardin s'ils en ont un, de s'intéresser à la vie de leur quartier et de leur cité.

Je trouve qu'il y a trop de maladies professionnelles et de cancers liés à l'environnement et aux produits chimiques au travail, trop de stress, de déprime, parfois de suicide au travail, et que si l'on veut que les français arrêtent de surconsommer les neuroleptiques ;il ne faut pas voter pour la droite dans ce pays.

Moi je ne pense pas qu'il faille supprimer le Rmi, je suis pour qu'on augmente les minima sociaux et les bas salaires et qu'on instaure le revenu de solidarité active.

Moi je pense non seulement qu'il faut arrêter de baisser les impôts pour les riches, mais encore qu'il faut revenir à la situation des années 2000.

Et je ne vois pas ce qu'il y a de scandaleux a ce qu'on n'ait pas de baisse d'impôt dans une famille qui a comme revenu 4000 euros par part fiscale.

L'impôt, s'il est justement réparti, on en a besoin pour construire des écoles, des hôpitaux, des trains, des bateaux et des logements,pour retisser notre environnement.

Je ne pense pas d'ailleurs que la priorité doive aller, comme le dit le maire de Neuilly, à l'accession à la propriété :

Je suis pour qu'on construise un million de logements sociaux de haute qualité environnementale, je milite pour la baisse des loyers, avec autre chose que du chauffage électrique et des factures Edf qui n'en finissent pas de grimper.

Je suis favorable à ce qu'on supprime toutes les subventions aux communes qui ne veulent pas atteindre le seuil de 20% de logements sociaux.

Enfin et pour vous dire quel gouffre nous sépare de la droite je ne crois pas non plus a la civilisation du tout bagnole, je considère qu'il n'y a rien d'hallucinant dans un pays où la vitesse est limitée à 130 qu'on bride les moteurs à 10km/h de + que cette vitesse là.

Je suis favorable à ce qu'on construise des transports en commun, des tramways, des sites propres pour les bus comme le 170 ici.

Pas le Cdg express pour les touristes à Roissy, mais le RER b dans lequel il est scandaleux de transporter des gens aux heures de pointe.

Pour moi, d'ailleurs, seuls les emplois de haute qualité écologique seront durables et non délocalisables dans l'avenir et je leur donne donc la priorité.

A ce propos, juste sur Airbus : ce qui se passe avec Eads, ce n'est pas seulement un problème franco allemand ou un problème de câblage : c'est qu'Airbus a décidé de faire des avions trop gros et surtout trop consommateurs en carburant et que maintenant c'est aux ouvriers qu'on va faire payer cash cette erreur industrielle.

Alors que les prix du carburant explosent et qu'il va falloir quand même que les compagnies aériennes paient les taxes sur le Kérosène qu'elles ne payaient pas avant.

Il faut dire la vérité car ni Arlette, ni Olivier Besancenot, ni Marie George n'ont le monopole de la solidarité avec les ouvriers :

Il faut s'opposer aux licenciements .Mais il faut être cohérent : il va falloir arrêter de miser à Toulouse, à Saint Nazaire ou ailleurs des milliards d'euros d'argent public sur l'aéronautique civile, il va falloir anticiper, diversifier.

Anticiper, diversifier, c'est vrai en énergie, en transports, mais c'est vrai aussi en agriculture, il va falloir songer a la conversion écologique de notre économie, sinon on court tous les soirs à la catastrophe industrielle et aux charrettes de licenciements : il y a dans ce pays des ingénieurs, des ouvriers, des techniciens, qui savent faire de la haute valeur ajoutée écologique, qui savent faire de l'écologie industrielle, alors il faut leur donner les moyens d'en faire.

Alors, on nous dit : " vous les Verts, vous ne vous occupez pas d'environnement, vous vous occupez de social et d'industrie "

Eh bien je voudrais vous le dire encore cet après midi :

D'une part ce n'est pas vrai, il n'y a qu'à voir l'action des élus verts en Seine Saint Denis.

Et d'autre part, la solution à nos problèmes d'aujourd'hui, qu'ils soient sociaux, économiques, sanitaires, démocratiques, ou qu'ils touchent à la paix dans le monde, elle passe par l'écologie.

L'écologie, ce n'est pas un luxe pour les nantis qui ont déjà tout le reste.

L'écologie, c'est une méthode de pensée, une façon nouvelle d'agir et c'est d'ailleurs pour cela qu'il est si difficile de se défaire de ses mauvaises habitudes.

Alors bonne transition avec la banlieue.

Pourquoi bonne transition ?

Justement parce que je pense que la banlieue, et en particulier la Seine Saint Denis, notre département, peuvent être un très beau laboratoire pour l'écologie du 21eme siècle.

Pourquoi ?

Parce que nous sommes ici au carrefour à la fois des problèmes et des opportunités qui s'offrent à notre monde.

Les problèmes, c'est évidemment la pauvreté, le manque de logements, l'échec scolaire, la santé et notamment ce qui est lié à l'environnement : bruit, pollutions de l'air et des sols, autoroutes qui cassent le tissus urbain. Et dans notre contrat écologique, nous faisons des propositions bien concrètes pour traiter de ces problèmes.

Mais ce n'est pas le tout de faire la liste des problèmes et chaque fois qu'il y en a un de faire un reportage sur le 93 : il faut indiquer des directions pour s'en sortir..

Car la banlieue, c'est aussi des opportunités.

J'en citerai trois : la diversité, l'espace, la jeunesse.

La diversité :

Moi je prétends qu'un congolais qui discute de la déforestation avec un breton qui connaît le problème de la pollution de l'eau, qu'un sénégalais qui parle de désert avec un provençal qui voit chaque année les incendies de forêts, qu'un guyanais qui parle de l'effet négatif d'un grand barrage sur le fleuve Maroni avec un chinois qui a fui la construction du barrage des trois gorges, eh bien je prétends qu'une discussion de ce type est cent fois plus efficace pour l'écologie que 10 colloques sur le sujet.

L'écologie comme enjeu planétaire, les guerres pour l'eau, pour les matières premières, pour le sous sol, qui peut mieux les comprendre que celles et ceux qui d'ores et déjà en aperçoivent et même en vivent les premières conséquences ?

Alors faisons de nos territoires un grand chantier de la coopération Nord /Sud, du développement, du commerce équitable, d'une autre façon de transférer des technologies écologiquement propres, un chantier international de lutte contre l'effet de serre .

En banlieue, nous avons aussi la chance d'avoir de l'espace : pas partout mais nous en avons. Et plutôt que d'en faire des hangars pour les camions ou des bureaux comme à la Plaine Saint Denis ou des hypermarchés absurdes comme à la porte d'Aubervilliers, il est temps de réutiliser ces espaces pour faire de l'Ecologie industrielle et des logements sociaux, et des espaces de repos. .

Nous recevons le renfort de populations qualifiées qui sont chassées par la spéculation à paris,, qui ne trouvent pas de locaux industriels et artisanaux .

Avec la matière grise qu'on a ici plus ce renfort qui arrive, il est possible de faire des pépinières d'eco-entreprises, des couveuses d'initiatives économiques, des grappes d'entreprises performantes.

C'est pourquoi j'ai proposé la municipalisation automatique ou la régionalisation de toutes les friches industrielles laissées à l'abandon pour des raisons de spéculation, celles et ceux qui vont en face de la gare de Pantin ou le long de la N2 entre la Courneuve et le Bourget savent de quoi je parle.

En banlieue enfin, nous avons des jeunes :

Eux aussi se sentent concernés, tous les profs vous le diront, par l'écologie, par l'humanitaire, par la solidarité. Encore faut il arrêter de traiter les jeunes des banlieues comme les parias de la société moderne, de développer la peur, de dresser les uns contre les autres.

Alors, bien sur il y a de la délinquance, de l'économie souterraine, des trafics, mais ce n'est pas combattre ces trafics que de procéder à des amalgames, que de faire des centaines de contrôle au faciès, que d'être toujours absents en cas de gros problèmes et de débouler à 100 policiers de la bac pour régler un problème mineur qui dégénère vite.

Nous les Verts, nous souhaitons qu'on développe ici la, culture de la non violence, de la médiation, de la prévention, de l'écoute, de l'entraide, de l'accueil des victimes, en particulier les femmes, de toutes les catégories de personnes en difficulté.

Le gouvernement, après les émeutes de l'an dernier avait tout promis : on attend encore et ce qu'on vient d'avoir c'est la baisse des crédits pour les plans locaux d'insertion par l'économique en Seine-Saint-Denis.

Alors je dis non seulement q u'il faut rétablir ces crédits mais qu'il faut lancer dans toute la France 1000 plans locaux d'activités d'économie solidaire.(Ce que j'appelle les PLACES) dans 1000 quartiers, pour créer les emplois qui manquent : taxis collectifs, commerces d'alimentation, artisans de réparation , entretien des logements et des espaces communs, tri sélectif, ressourceries...

C'est 100 000 emplois !

Coût : 2 milliards d'euros à rapprocher des sommes mis en jeu dans le scandale du crédit lyonnais, ou des 50 milliards d'euros de baisses d'impôts accordés par la droite aux couches aisées depuis 2002.

Mais bien sur, je ne serai cependant pas complète en parlant des ressources, si je ne disais pas un mot sur le rôle des femmes dans nos quartiers.

Je suis allée ce matin, à leur invitation, parler avec les femmes médiatrices des Courtillières.

Je voudrais ici saluer le travail exceptionnel qu'elles font ici et ailleurs pour faire du lien rompre l'isolement, prévenir ou réparer la violence, redresser les gens que les accidents de la vie ont mis a terre, donner de la vie a leurs quartiers.

Eh bien, avec les jeunes, avec des femmes aussi toniques, nous avons la clef de beaucoup de nos problèmes,

Et si l'Etat, dont c'est le rôle, donne un minimum de moyens, lève les obstacles bureaucratiques, libère des terrains et des locaux, appuie plutôt que de punir, nous pouvons commencer à inverser la tendance :

Nous ne réglerons pas tout en 5 ans mais nous montrerons, comme pour l'échec scolaire, comme pour l'environnement, comme pour la santé, qu'il n'y a aucune fatalité à ce que ça aille de mal en pire !

Chers amis, nous allons maintenant échanger sur tous ces sujets avec des amis qui nous ont fait le plaisir de venir débattre avec nous.

Mais je tenais à vous dire combien ce genre de contacts nous donne l'envie d'aller plus loin.

Moi des sondages faits alors que 50% des gens refusent de répondre aux sondeurs, alors que 25% de ceux qui répondent disent qu'ils peuvent changer d'avis, et que 30% se décident dans les deux derniers jours, ils ne m'impressionnent pas !

On verra bien qui sera dans la course dans une semaine !

On verra ce que les gens penseront quand le temps de parole sera équitable et que des millions de personnes connaîtront réellement les idées et les propositions de la candidate des Verts

Je ne vous dis qu'une seule chose : une gauche dans laquelle les Verts ne pèseraient pas un minimum, c'est une gauche qui serait déséquilibrée, à qui il manquerait quelque chose.

Une gauche qui ignorerait la place du changement climatique, de la crise énergétique et de la qualité de la vie et du travail pour tous, serait incapable, pas seulement de gagner mais de gouverner durablement.

Alors, vous avez encore un peu de temps pour hésiter.

Mais le vote utile du premier tour, celui qui donnera de la saveur utile au changement ; c'est le vote vert.

Merci à vous, on va faire avancer l'écologie pour faire gagner la gauche !