Discours politique

François Bayrou, Discours à Tarbes (16/03/2007)

Mes chers amis, je suis très heureux de cette réunion. Nous n'aurions pas imaginé qu'elle aurait pu réunir autant de monde puisque nous avions prévu qu'elle se tienne dans la salle de l'hôtel de ville au-dessus de nous, puis le succès spontané a fait que l'on a dû dresser un chapiteau et que vous débordez très loin au-delà et j'en suis désolé pour ceux qui sont à l'extérieur.

Merci de votre présence, et merci de l'accueil que vous me réservez.

Je voudrais saluer les personnes qui traduisent en langage des signes pour les sourds et malentendants cette réunion, puisque chacun des meetings que nous tenons ensemble est traduit en langage des signes à destination de ceux qui sont sur Internet.

J'étais très ému en arrivant dans cette salle, non pas que ce soit le seul meeting que nous tiendrons dans cette région des Pyrénées, mais j'ai été reconnaissant à Pierre Lagonelle et à Roland Castel de m'accueillir et de m'avoir invité à Tarbes. Comme vous le savez, nous aurons un très grand meeting de fin de campagne à Pau, auquel je vous invite tous. Je ne doute pas que ce soit un moment aussi chaleureux que ce soir.

Ce n'était pas la seule raison de mon émotion. J'étais ému car, en franchissant les rangs si denses, si compacts, si chaleureux, on avait plus l'impression d'être dans une mêlée de rugby que dans une entrée de meeting, surtout que je venais de me faire très mal à l'épaule et que tous ceux parmi vous qui me tapaient avec de grandes démonstrations d'affection sur l'épaule, m'arrachaient des cris dont ils ne devaient pas comprendre la nature ! Je revoyais, au fur et à mesure que je passais dans ces rangs, trente années de combat politique pour moi extrêmement émouvant, avec des visages qui étaient là dès 1977 et 1978 quand nous avons franchi les premières marches ensemble d'une aventure dont il faut bien penser que nous n'avions pas exactement imaginé ni mesuré où elle s'achèverait.

C'était extrêmement émouvant et je salue tous ces visages, et des visages d'enfance. Je voudrais vous en présenter trois qui m'ont accompagné depuis la première minute.

Je voudrais vous présenter Pierre Menjucq. Sans lui, je ne serais pas là. C'est parce que, dans un geste incroyable de générosité, il a accepté, il y a trente ans, d'être mon suppléant dans une élection législative, que je suis là ce soir. Pierre Menjucq, conseiller général, et conseiller régional, ancien député des Pyrénées-Atlantiques.

Je voudrais vous présenter Pierre Laguillon qui m'a remplacé à l'Assemblée nationale quand j'étais ministre et je voudrais vous présenter quelqu'un qui ne vient pas souvent en meeting, qui ne participe pas beaucoup aux réunions de campagne électorale, mais qui m'aide beaucoup pendant cette campagne électorale : ma femme, Babette.

Comme vous l'imaginez bien, une campagne électorale, ce n'est pas vraiment un exercice facile ni une partie de plaisir, c'est un chemin difficile, rempli de pièges, de moments d'inquiétude, de moments de stress et, naturellement, les amis, les proches, la famille du candidat, ses enfants -nous en avons quelques-uns !-, c'est très important parce que c'est un soutien quand cela va bien, c'est un soutien quand cela va mal et c'est un cadre dont on sait qu'il ne dépend pas des sondages. Il est content quand les sondages sont bons, comme en ce moment, mais c'est infiniment précieux quand on traverse des moments difficiles.

Alors, je voulais lui dire que c'était très important. Merci beaucoup.

Je veux saluer et remercier les parlementaires qui m'ont accompagné : Philippe Folliot, député du Tarn et Jean-Marie Cavada député européen.

Je suis très heureux de ce moment qui est un moment familial, un moment où nous nous retrouvons entre Pyrénéens, au pied des Pyrénées, qui sont, comme chacun d'entre nous le sait, le plus bel endroit du monde.

Je ne dis pas cela avec le sourire, pour avoir fait le tour d'une très grande partie de la planète, mais ce que nous avons sous les yeux tous les jours est quelque chose d'extrêmement émouvant et d'extrêmement humain. C'est un immense paysage parfaitement humain et je suis très heureux de cela. Il m'est très difficile de départager si les Pyrénées sont plus belles vues du Béarn ou vu de Bigorre. On va dire qu'il y a match nul, "dead-heat", comme l'on dit en termes de courses de chevaux.

Je suis très heureux de cette rencontre de famille, au moment même où l'on sait qui vont être les candidats à cette élection, qui va se présenter. À peu près tous les candidats qui étaient en situation de le faire ont recueilli les 500 signataires, comme je l'avais annoncé, et c'est la raison pour laquelle j'ai refusé à me prêter à quelque manoeuvre que ce soit, ni pour priver les candidats de signature ni pour donner à des candidats, les signatures de manière à ne pas fausser le scrutin.

Après tout, l'idée qu'il faille réunir à peu près 1 % des signatures des élus et des maires de notre pays pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle n'est pas si absurde et la preuve est faite que les candidats principaux de tous les grands courants ont réuni les signatures nécessaires.

Alors, je suis heureux de ce dénouement démocratique dont, pour ma part, je n'ai jamais douté ; ni de pression contre, jamais, ni de pression pour, de manière que la sincérité du scrutin soit établie, que la démocratie soit transparente et après tout, c'est ainsi que nous allons entrer dans la dernière ligne droite de cette formidable, émouvante, passionnante campagne électorale.

C'est une occasion pour moi de saluer les médias très nombreux. Il m'est arrivé quelquefois d'avoir maille à partir avec les médias dans cette campagne électorale. Je suis heureux de voir qu'ils sont maintenant au fait de ce qu'était la véritable attente du peuple français, que l'on a ignorée pendant longtemps et dont on découvre aujourd'hui la véritable nature. C'était une attente de changement. Je découvre des journalistes et des médias français et je veux saluer aussi les très nombreux journalistes de la presse étrangère qui sont là, de la presse britannique, de la presse américaine, de la presse suisse que j'ai rencontrés ce soir, de la presse allemande et je vous demande tous ensemble, médias nationaux et médias internationaux, de les applaudir.

Nous savons exactement pourquoi nous sommes là, les uns et les autres, il n'y a d'ambiguïté dans l'esprit d'aucun d'entre nous. Nous ne sommes pas là pour des raisons partisanes, nous ne sommes pas là pour dire du mal des adversaires, il n'y aura aucune attaque dans mon propos ce soir à l'égard de qui que ce soit, ni de Ségolène Royal, ni de Nicolas Sarkozy, ni des autres.

Nous sommes là seulement parce que nous voulons imposer le changement dont notre pays a besoin pour se reconstruire.

Nous avons tous fait, dans notre vie de tous les jours, la longue liste des difficultés que la France rencontre.

Nous avons tous fait, dans notre vie de tous les jours, le constat de ce que représente, pour des familles, la difficulté à trouver de l'emploi ainsi que le caractère inexorable du chômage pour un grand nombre de ceux, je pense en particulier à ceux que l'on appelle les exclus, c'est-à-dire ceux qui se trouvent par exemple aux minima sociaux et qui ne sont pas capables de retrouver un espoir pour en sortir.

Je veux rappeler que, au RMI, il y a 5 ans, il y avait 1 million de personnes, aujourd'hui 1 300 000. Nous avons augmenté le nombre des RMIstes de 30 % en 5 ans.

Ceci est et devrait être, pour chacun d'entre nous, une préoccupation de chaque instant. Je sais qu'il y a des meetings où l'on raconte que, au fond, d'une certaine manière, c'est un peu de leur faute.

Je veux vous dire que je n'accepte pas de les montrer ainsi du doigt car, entre ceux qui se lèvent tôt et ceux qui ne se lèvent pas le matin, je puis vous assurer que ceux qui ne doivent pas se lever depuis longtemps préféreraient avoir un métier pour se lever tôt.

On a besoin de comprendre ce qui se passe dans notre pays pour qu'il y ait tant de gens qui restent sur le bord de la route. Ce qui se passe en particulier, c'est deux choses.

La première, c'est que nous manquons d'emplois. Toute ma réflexion ou toute ma préoccupation depuis des années a été de retrouver, pour la France, de vrais emplois, une vraie activité économique, quelque chose qui dure et qui soit, non pas de l'apparence comme on le fait trop souvent avec des emplois aidés par l'État, mais de la vraie activité économique et de me demander pourquoi donc il se faisait que, dans un pays comme le nôtre, il se créait moins d'emplois qu'il ne s'en créait ailleurs.

J'ai réfléchi, comme vous, beaucoup à cette question, j'ai lu les études innombrables de ceux qui disent : nous avons un problème avec les charges sociales, nous avons un problème parce que nous avons, au travers du temps, concentré la plus grande partie des charges sociales sur le travail.

Il y a d'autres pays qui ont choisi d'autres manières de prélever des charges sociales pour assurer la solidarité, mais prélever et concentrer les charges sociales sur le travail, c'est prendre le risque de voir le travail s'en aller.

Il m'arrive de raconter que nous avons connu cela en France, non pas à propos des charges sociales et du travail, mais il y a près de 2 siècles avec un impôt qui, au premier abord, apparaissait comme un impôt intelligent, simple, compréhensible par tout le monde, aisément vérifiable par les financiers, autrement dit le rêve d'un fiscaliste ! L'impôt sur les portes et les fenêtres.

Imaginez comme il a dû être heureux le fermier général qui a suggéré, au gouvernement de l'époque, de créer un impôt sur les portes et les fenêtres. C'est un impôt juste parce que les riches ont plus de portes et de fenêtres que les pauvres. Les grandes usines ont plus de portes et de fenêtres que les petites boutiques. C'est absolument vérifiable. Il suffit de se promener avec un carnet sur le chemin ou dans la rue pour compter les portes et les fenêtres. Ce n'est pas dissimulable, ce n'est pas délocalisable, très difficile d'envoyer les portes et les fenêtres en Suisse ! Messieurs les journalistes suisses qui nous ont accompagnés !

Donc, le rêve de l'assiette d'une base pour l'impôt et alors, en effet, pendant des décennies, cela a parfaitement marché.

Puis, curieusement, sans que l'on s'en aperçoive, le jour est arrivé où l'on s'est aperçu que, dans tous les villages et toutes les villes de France, on murait les portes et les fenêtres.

Je n'invente rien, il suffit que chacun se promène et regarde un certain nombre de maisons abandonnées depuis longtemps dans tous les villages de France et vous allez découvrir partout des fenêtres et des portes murées.

C'est une grande loi que les économistes ont mis longtemps à découvrir, et qu'il suffisait d'observer les portes et les fenêtres pour formuler.

Chaque fois que vous avez concentration d'un impôt, d'une taxe sur un élément, cet élément à tendance à s'en aller.

Cela nous est arrivé hélas avec les charges sociales.

Avant la guerre d'abord et après la guerre ensuite, on pensait ou on constatait que le travail était universel, il n'y avait pas de chômage, tout le monde travaillait et, donc, faire peser les charges sociales sur le travail, c'était d'une certaine manière la chose la plus équitable que l'on pouvait trouver. Mais, avec le temps, le chômage est arrivé donc il a fallu concentrer plus de charges sur moins d'emplois et les emplois ont continué à partir. C'est un cercle vicieux qui s'est ainsi engagé. Si vous réfléchissez à ce que l'avenir va être, il y a des questions à se poser sur ce sujet.

Il y a des experts nombreux, remarquables, j'en ai quelques uns autour de moi, Jean Arthuis par exemple, ministre de l'Économie et des finances, qui disent : il faut remplacer les charges sociales par une TVA sociale de manière que l'on puisse en tout cas régler la situation des productions françaises en soumettant au même effort de solidarité les produits que nous importons que les produits que nous fabriquons sur place.

Actuellement, il n'y a que les produits français qui paient cette protection sociale.

C'est une idée qui est intéressante, mais naturellement elle est difficile parce que cela voudrait dire une augmentation de la TVA suffisamment conséquente et il faut que l'on réfléchisse bien avant de se livrer à des transferts de cet ordre.

Il y a en tout cas une chose que l'on peut faire et que j'ai décidé de faire à propos de cette élection, qui s'adresse à toutes les entreprises sans exception, quelle que soit leur taille, quel que soit leur secteur d'activité, quel que soit leur statut : artisanal, commercial, agricole, industriel.

J'ai décidé que, si je suis élu Président de la République, on permettra à toutes les entreprises françaises, quelles qu'elles soient, de créer, si elles le souhaitent, 2 emplois nouveaux sans avoir à payer de charges pendant 5 ans.

Cela va avoir deux intérêts. Le premier, c'est que l'on va en avoir le coeur net parce que, si cela marche comme je le crois, on va s'apercevoir que, en effet, la question des charges était centrale, notamment dans le contexte de mondialisation où nous vivons, notamment parce que nous avons des concurrents de par le monde pour qui les charges sociales ne sont pas ce qu'elles sont pour nous, pays à haut niveau de solidarité et on va voir, en effet, que nous avions des ressources, des réserves formidables de travail simplement gelées en raison de la manière dont nous avons concentré la solidarité sur le travail.

Puis, deuxièmement, cela va permettre de créer des emplois qui, jusqu'à maintenant, ne peuvent pas être pourvus ou ne peuvent pas être créés.

Il y a en particulier deux catégories qui, aujourd'hui, sont dans une très grande difficulté par rapport à l'emploi :

Les jeunes diplômés, les bacs plus : bac+2, bac+3, bac+3, bac+4, 5, 6, quelquefois plus, qui sont un crève-coeur pour ceux qui ont fait des études et pour leur famille.

C'est une très grande question. Je suis persuadé que, parmi les deux ou trois grandes questions qui minent la société française, il y a celle-là. Pendant très longtemps et chacun d'entre vous en est le témoin ici, au fond, le pacte républicain de la société française était simple, clair, compréhensible par tout le monde. Il était celui si : si les enfants travaillent bien à l'école, ils auront un métier. Les ouvriers, les commerçants, le peuple français que nous formons tous ensemble, ceux qui n'avaient pas de relations pour avoir du piston pour leurs enfants, ceux qui ne savaient pas à quelle porte frapper, savaient qu'il y avait toujours un recours et que, ce recours, c'était l'école.

On a tous vécu avec cela et, pour toutes les familles de France, pour les familles de chez nous, c'était l'espoir. Je me souviens très bien de ma mère le jour, ce n'était pas grand-chose naturellement, où j'ai obtenu ma licence -deux mois avant que l'on se marie !- qui me disait : "Au moins, tu pourras toujours enseigner maintenant que tu es licencié" parce qu'elle avait le souvenir que beaucoup d'entre nous ont connu que, licence, voulait dire en réalité le droit d'enseigner.

C'était une grande chose pour les familles de notre région que d'avoir ainsi accès comme cela à la porte que l'on ouvre vers un destin meilleur.

Je disais que, après avoir eu cette grande loi, ce grand article n°1 du pacte républicain français, pour ces familles, spécialement les familles modestes, spécialement les familles qui n'ont pas de relations, découvrir que l'on pouvait travailler bien à l'école, faire ce que l'on pouvait, passer des diplômes, aller à l'université, être reçu et cependant se retrouver au chômage, était terrible. Cela a miné l'esprit public en France, cela mine les familles.

L'idée de créer des emplois sans avoir à assumer le poids très important des charges sociales dès que l'on dépasse le SMIC, que l'on est un peu au-dessus du SMIC, va permettre de créer de l'emploi en direction des jeunes et des jeunes diplômés. Il y a beaucoup d'entreprises qui aimeraient engager des jeunes diplômés. Il se trouve qu'elles ont l'impression que leur rentabilité pendant longtemps, parce qu'ils manquent d'expérience, ne va pas être la bonne.

Je pense à ces jeunes et c'est pour cela que je veux libérer cette possibilité de créer des emplois qui soient à peu près au niveau de ce qu'un jeune diplômé doit recevoir.

Mais je pense à une deuxième catégorie dont la situation est, si j'ose dire, plus douloureuse et plus pénible encore. Nous sommes un pays où, peu à peu, on exclut les plus de 50 ans, quelquefois les plus de 48 ans de l'emploi. On les pousse sur le bord de la route, on n'en dit rien, mais on leur fait sentir, on leur dit qu'ils sont trop vieux pour travailler, or il se trouve que ce n'est pas parce qu'ils sont vieux qu'on les pousse sur le bord de la route, c'est parce qu'au terme de leur carrière leur niveau de salaire est tel que l'entreprise considère qu'ils coûtent trop cher par rapport à un jeune avec un peu d'expérience que l'on peut embaucher.

Je trouve cette situation terriblement injuste, intolérable est dangereuse pour l'avenir.

Savez-vous que nous en sommes arrivés au point où, en France, pays qui a l'âge de la retraite le plus précoce, il y a plus d'une personne sur deux qui, le jour où elle prend sa retraite, a en fait perdu son emploi depuis longtemps.

Vous croyez que cela va ?

Je considère qu'il y a là quelque chose qu'il faut combattre et nous devrons le combattre de toute façon par des incitations, quelle que soit l'issue de ce que nous allons vivre dans les années qui viennent.

Pourquoi ? Parce que tout le monde sait que le système de retraite est terriblement déséquilibré. Tout le monde sait que l'on va devoir le réformer, quel que soit le gouvernement, aucun gouvernement, quelles qu'aient été ses affirmations au moment de la campagne électorale, ne pourra accepter le risque que l'allongement de la durée de la vie va faire courir à l'équilibre de la société française.

Vous connaissez les chiffres, mais si vous ne les connaissez pas, je vous les rappelle.

Nous gagnons tous les ans un trimestre de vie. Chaque quatre années, nous avons une année supplémentaire d'espérance de vie ce qui veut dire naturellement que le nombre des retraités est de plus en plus grand par rapport au nombre des actifs.

Or ceci, en raison des choix que nous avons faits dans la société française, représente un terrible risque car nous avons voulu, tous ensemble, le système de retraite que l'on appelle par répartition. Nous avons refusé les fonds de pension sauf pour les fonctionnaires... Tous les matins, sur France Info, vous entendez de la publicité pour la Préfon. J'écoute la radio sous ma douche, cela me concentre ! La Préfon, c'est un fonds de pension réservé aux fonctionnaires.

J'ai une idée simple, il faut que ce soit égal pour toute la société française, il faut que ce qui est offert ou permis aux fonctionnaires le soit aussi à tous les salariés du privé et, après tout, à tous les Français parce que je crois à l'égalité.

Nous avons choisi le système de retraite par répartition. Cela signifie simplement que, tous les mois, ce sont ceux qui travaillent qui paient les retraites de ceux qui sont en inactivité ou qui doivent recevoir une pension.

Écoutez bien les chiffres. Au début des années 50, il y a un peu plus d'un demi-siècle, il y avait 5 actifs pour un retraité, donc chaque actif devait payer un cinquième de la pension. Aujourd'hui, nous sommes arrivés à moins de 2 actifs pour 1 retraité. Nous allons franchir très vite le seuil de 1 actif et demi pour 1 retraité. Si nous ne faisons rien, dans quelques années, il va y avoir un retraité pour un actif et, bientôt plus d'un retraité pour 1 actif.

Mes chers amis, ceci est insupportable pour la France parce que, de deux choses l'une : ou bien le pouvoir d'achat des retraites s'effondrera et il sera divisé par 2, cela a déjà commencé subrepticement pour un certain nombre de retraites, ou bien les charges sur les salariés seront si lourdes que les emplois partiront à l'étranger et que donc, comme les emplois partiront à l'étranger, ceux qui resteront auront encore plus lourd à porter, et c'est le pouvoir d'achat des actifs qui s'effondrera.

Il n'existe aucun autre scénario possible. Cela signifie donc que nous avons le plus urgent besoin de réformer nos régimes de retraite. Nous avons le plus urgent besoin d'en faire une question de citoyen.

Voyez-vous, la démarche politique que je défends dans cette élection est absolument différente de la démarche politique suivie depuis des années et que proposent encore de suivre mes concurrents dans cette élection.

Certains disent : mais il n'y a pas besoin, on va s'arranger comme cela, on va faire un peu plus de prélèvements obligatoires et la retraite continuera comme cela, cela s'arrangera. Ce n'est pas vrai. Il suffit de regarder les statistiques des vivants et l'allongement de la durée de la vie pour en avoir la certitude.

D'autres disent : on va arranger cette affaire, mais on va le faire le plus vite possible pour que les Français ne s'en aperçoivent pas.

Je ne suis d'accord ni avec cet aveuglement, ni avec cette méthode qui écarte les Français.

C'est une question pour nous tous. Nous avons besoin désormais, nous, citoyens français, de regarder en face les problèmes, de nous réunir pour y réfléchir et de répondre aux questions sans que personne ne puisse être trompé.

Nous devons nous, citoyens français, montrer que, désormais, on ne cache plus la poussière sous le tapis où elle s'accumule pendant des années, que l'on fait ce qu'il faut pour que, dans notre pays, on se redresse, on soit debout, on se reconstruise et que les choses puissent être assumées comme il se doit par un peuple qui a décidé de reprendre son destin en main, la France.

C'est la raison pour laquelle, pour cette réforme des retraites, que je souhaite ne pas être une réforme brutale comme pour d'autres peuples -je rappelle que les Allemands viennent de décider de porter l'âge de la retraite à 67 ans, je suis sûr que l'on peut trouver des approches plus souples- j'ai l'idée de maintenir une possibilité de prendre sa retraite, même à 60 ans, à condition que l'on puisse allonger son activité pour améliorer le niveau de la pension que l'on recherchera.

Cela veut dire en particulier qu'il faut naturellement que les entreprises offrent aux plus âgés une possibilité de travailler. Cela veut dire peut-être que l'on doit pouvoir mettre en place plus de souplesse.

Je me suis toujours demandé pourquoi l'on n'essayait pas, au moment de cette charnière entre l'activité et la retraite, de mettre par exemple des mi-temps où les gens pourraient à la fois continuer à assumer une part d'activité, améliorer leur droit à la retraite et commencer à découvrir, à s'habituer à ce nouvel âge de la vie qui est aujourd'hui naturellement précieux pour beaucoup de gens, et pour la société en particulier.

Je pense que l'on peut avoir plus de souplesse, mais il faut avoir plus de justice et je veux le dire devant vous. Je veux que, désormais, la réforme de la retraite concerne tout le monde, que l'on soit salarié du privé, que l'on relève de la Fonction publique ou des régimes spéciaux.

Tout le monde doit, me semble-t-il, être désormais concerné par la réforme nécessaire des régimes de retraite et je veux en particulier que l'on prenne en compte quelque chose qui, pour l'instant, ne l'est pas, à savoir la pénibilité du travail.

J'hésite à le dire devant vous comme j'hésite à le dire tous les soirs, mais je pense qu'il est de notre devoir de regarder les choses. Savez-vous que, en France, ceux qui ont l'espérance de vie la plus courte, par exemple manoeuvre du bâtiment, sont ceux qui partent à la retraite le plus tard et que ceux qui ont l'espérance de vie la plus longue sont ceux qui partent à la retraite le plus tôt ? Eh bien, ce n'est pas juste.

Un peuple qui a les yeux ouverts doit être capable de regarder en face cette affaire-là, de regarder en face le besoin, la justice de localisation de la solidarité en son sein.

Je dis donc qu'il faut que nous prenions cela clairement et les yeux dans les yeux pour rendre à notre pays ce sentiment de justice qui a si profondément déserté.

Je fais de la politique depuis quelques années. Je n'ai jamais vu le ressentiment monter comme actuellement entre les différentes catégories sociales de notre pays parce que beaucoup de Français ont le sentiment qu'en réalité ce qui apparaît comme généreux est en réalité une très grande injustice, que les avantages des uns et les possibilités des autres ne sont pas les mêmes.

Il faut que notre pays retrouve ce sentiment de justice et d'égalité et il faut avoir le courage d'en débattre avec lui. Je dis d'en débattre avec lui parce que je me suis demandé, depuis des années, comment, dans notre pays, on pourrait trouver une méthode de réforme.

Vous savez bien ce que l'on dit. On dit : la réforme est impossible en France parce que, dès que quelqu'un propose une réforme, à ce moment-là le pays se bloque ou plus exactement certains secteurs du pays se bloquent et le courant recule, personne ne peut arriver à imposer une réforme.

J'ai une idée différente. Les gens se bloquent parce qu'ils ont le sentiment que l'on va décider sans eux et contre eux. Moi, je propose que l'on décide pour eux et avec eux.

C'est la raison pour laquelle, pour que personne ne puisse se sentir floué, pour que personne ne puisse se sentir trompé, pour que personne n'ait le sentiment qu'il doit organiser une protestation ou un blocage du pays, cette réforme des retraites que je discuterai avec les partenaires sociaux, les syndicats, les représentants des entreprises et même les représentants des retraités -je le dis, je veux qu'ils soient représentés autour de la table car la réforme concerne tout le monde- pour laquelle je proposerai des lignes directrice, nous en discuterons en prenant le temps nécessaire. Je suis contre les réformes couperet, contre les réformes échafaud. Je veux que tous les Français réfléchissent comme nous devons réfléchir, c'est-à-dire en responsables.

Je crois à la démocratie de responsabilité. Je crois à la démocratie où l'on prend les citoyens pour des adultes, pas où on leur raconte des histoires, à celle où on leur met, entre les mains, les éléments du choix et, d'ailleurs, si je puis ouvrir une parenthèse, de toute façon, cette revendication des citoyens d'être pris pour des adultes est inéluctable, autrement vous ne seriez pas là.

Cette revendication des citoyens d'être considérés pour, au fond ce que l'on dit dans la constitution, "le peuple souverain", c'est inéluctable parce que la révolution Internet est en marche et que cette révolution qui concerne désormais environ 20 millions de Français, fait que chacun désormais peut aller chercher l'information à la source, peut comparer les sources d'information. Chacun, au lieu d'être un consommateur passif assis devant sa télévision où on lui assène ce qu'on veut bien lui asséner, vérifie, réfléchit et, désormais, chacun sera responsable.

Cette révolution Internet est une révolution démocratique et ce n'est pas un hasard si Internet a joué un si grand rôle dans la formation de cette campagne électorale dans le rassemblement de tant de millions de français qui ont surpris tous les observateurs, tous les journalistes et tous les sondeurs, car, en réalité, il avait fallu monter la revendication ou la recherche d'une autre voie pour la France, d'un autre chemin pour la France et Internet, naturellement, a permis à beaucoup de citoyens de le découvrir avant les autres.

Je leur fais un salut amical puisqu'ils m'observent au travers de leur écran d'ordinateur. Je sais quel rôle ils ont joué et je sais quel rôle ils vont jouer dans la campagne qui, maintenant, s'ouvre. Je referme la parenthèse.

Il y a eu une campagne aux États-Unis, il y a quelques années où un candidat s'est imposé, il s'appelait Howard Dean. Nous, en France, nous avons non seulement changé le paysage politique, mais, je le crois du fond du coeur, nous allons aller jusqu'au bout, nous allons aller au deuxième tour et nous allons gagner le deuxième tour.

Je suis pour prendre les citoyens aux sérieux, pour les rendre responsables de leur avenir, pas pour leur raconter des histoires, mais pour leur dire la vérité et je l'ai fait pendant cette campagne, en particulier à propos du déficit et de la dette de la France.

J'imagine que le sujet du déficit et de la dette, qui était un sujet ignoré, rangé dans les tiroirs, soigneusement tu, devienne un sujet central de la réflexion des Français au moment où ils vont choisir leur nouveau Président de la République parce que ce que nous avons fait à l'égard des plus jeunes qui sont là nombreux, et que je salue, est purement et simplement irresponsable.

Il n'est pas normal que nous ayons laissé s'accumuler, sur les épaules de nos enfants, après tout, de nos frères et soeurs, 1200 Md£ de dette.

Personne ne peut se représenter ce que veut dire ce chiffre.

Je vous donne une comparaison : 1200 Md£ de dette, c'est la totalité du travail des Français, la totalité du travail des usines françaises, des agriculteurs français, la totalité des factures de notre pays, la totalité des bulletins de paye de notre pays pendant huit mois, je dis bien la totalité du travail de tous les agents économiques, comme l'on dit, de toutes les entreprises de toutes les familles françaises pendant huit mois entièrement consacrée à la dette.

D'ailleurs, c'est simple, pour vous en faire une idée, il suffit de savoir que presque la totalité de l'impôt sur le revenu des Français est consacrée à payer les intérêts de la dette de la France.

Voilà la situation que nous avons laissé s'accumuler et qui va être assumée par des générations de jeunes Français et pendant 20 ans, ils vont avoir raison de regarder ceux qui les ont précédé comme des irresponsables et des lâches pour ne pas dire... oui des lâches.

Si on avait emprunté seulement pour équiper le pays, j'aurais dit : c'est normal. C'est normal d'emprunter pour investir. On le fait tous quand on achète une maison. C'est normal d'emprunter quand on veut construire une université, c'est normal d'emprunter quand on veut construire un hôpital ou une autoroute, car ces infrastructures vont être utilisées par des générations et, donc, il est normal d'en partager la charge avec les générations qui viennent.

Ce n'est pas idéal, les générations qui viennent préféreraient se retrouver comme nous sans charges particulières.

Je rappelle qu'en 1981, la France était le pays le moins endetté de tous les pays développés. La France était le pays qui avait la dette la plus légère de tous et voilà que, en 25 ans, gouvernements de droite et de gauche confondus -car la dette a augmenté autant sous les uns que sous les autres et elle a augmenté ces dernières années autant et pour dire la vérité plus qu'elle n'avait augmenté sous la législature précédente donc tout le monde a sa part de responsabilité- la dette atteint ce niveau.

Si on avait emprunté pour investir, j'aurais dit : c'est normal. Mais ce qui est anormal, c'est d'avoir emprunté pour payer le train de vie de l'État, pour payer nos feuilles de maladie.

Nous savons que les jeunes vont avoir à assumer des charges de santé plus lourdes que les autres en raison du vieillissement de la population, eh bien nous leur laissons, en plus, la facture ou une part de la facture des feuilles de maladie que nous ne sommes mêmes pas capables d'assumer tous les ans.

Il y a la quelque chose qui est inacceptable, quelque chose dont je ne veux plus pour mon pays et il est clair, dans mon contrat avec les Français, que l'on va s'attaquer à cette question et que l'on va faire en sorte que, en trois ans, la France n'ait plus la honte de voir s'accumuler une dette inacceptable.

On va arriver, en trois ans, au point où, au moins, la dette ne grossira plus et ce sera une manifestation de responsabilité à l'égard des plus jeunes parmi les Français.

La première chose pour ne pas augmenter la dette, c'est de ne pas faire de promesses électorales abusives. Je suis heureux, je suis honoré d'être le candidat à cette élection présidentielle qui promet le moins, parce que je ne veux pas faire de promesses que je ne tiendrais pas. Je sais que les dizaines de milliards de promesses accumulées par les autres candidats à cette élection, n'ont pas le premier euro de financement.

J'ai proposé des engagements, ces engagements sont intégralement financés. Il y a 0 euro de dépenses supplémentaires.

Certains ont dit : Mais, il ne promet pas assez.

Mes chers amis, quelqu'un qui promet aujourd'hui sachant qu'il ne pourra pas tenir n'est, en réalité, pas dans le respect de ce que devraient être les principes élémentaires que nous essayons d'enseigner à nos enfants en éducation civique à l'école primaire.

Pour dépenser moins, j'ai dit symboliquement : je diminuerai les dépenses de l'Élysée de 20 % dès la première année. Je veux, je sais bien que ce n'est pas cela qui va supprimer la dette de la France, donner l'exemple.

Je trouve que les gouvernants, et particulièrement le premier d'entre eux, doivent, dans leur attitude, montrer l'exemple à tout le monde.

Je suis pour que ceux à qui les Français ont fait l'honneur et la confiance de mettre entre leurs mains, pour un certain temps, le destin du pays aient un devoir d'exemplarité et je m'y attacherai, et si je ne le fais pas vous me le reprocherez, vous viendrez me voir et vous me direz : cela ne va pas.

Je vous dis à l'avance que ma détermination est en effet que nous puissions dire que ceux qui ont la responsabilité la plus haute qu'ils doivent s'appliquer à eux-mêmes les recommandations qu'ils proposent aux autres.

Le Général de Gaulle avait fait poser, dans les appartements privés du Président de la République, un compteur électrique pour payer lui-même les dépenses d'électricité de sa famille, comme il se doit. On croit que c'est une utopie, mais, enfin, toutes les démocraties notamment des pays scandinaves fonctionnent comme cela. Récemment, une ministre du gouvernement en Suède a été purement et simplement renvoyée de ses fonctions parce qu'elle avait utilisé sa carte bleue de ministre pour acheter des boîtes de chocolat à toutes ses amies et connaissances.

On lui a dit : On regrette, les fonds de l'État ne sont pas faits pour que vous puissiez ainsi assumer des libéralités privées.

C'était peut-être excessif. Je connais assez bien le fonctionnement de la France, ce n'est pas exactement ces principes-là qui sont respectés.

Je voudrais qu'ils le soient.

Le pays qui, en Europe, a inventé la République, il faut aussi qu'il assume cette part de responsabilité d'avoir... comment dirais-je... une conduite qui soit seulement celle que les parents essaient d'enseigner à leurs enfants. Ce n'est pas plus compliqué et c'est parfaitement réalisable, en tout cas je veux le réaliser.

On va donc avoir besoin naturellement de faire des économies à tous les niveaux, au sommet de l'État, dans les ministères. Une étude vient de sortir de l'inspection des finances, les plus brillants parmi les plus brillants, les plus brillants parmi les énarques qui ont fait, comme vous le savez, une grande part de la grandeur de notre pays...

Il y a deux énarques dans la salle qui ont applaudi ! Je les salue.

Je dis au passage qu'il faudra réformer l'ENA, pour une raison qui est très importante et je ne veux blesser personne en disant cela parce que ce sont souvent des étudiants brillants, mais la France est trop souvent un pays de caste, un pays où, parce qu'on a passé un diplôme à 20 ans -et c'est bien d'avoir le mérite d'avoir passé un diplôme à 20 ans-, on est, tout au long de sa vie, garanti et persuadé que l'on a droit aux situations de responsabilité les plus éminentes.

Je crois qu'il y a d'autres chemins, d'autres expériences de vie qui devraient conduire aux plus hautes responsabilités que d'avoir passé, même brillamment, un examen à 20 ans.

Il y a des expériences professionnelles, il y a des gens qui ont travaillé de leurs mains, il y a des gens qui ont pris des responsabilités dans la société civile ou dans les entreprises, il y a des gens qui ont réalisé des parcours exceptionnels, il y a des gens qui ont réalisé des parcours dans les syndicats, il y a des gens qui se sont révélés sur le tard parce que je prétends que, les enfants, ce n'est pas comme les poireaux, cela ne pousse pas toujours à la même vitesse. Je pense qu'il y a des gens qui peuvent ne pas avoir de goût pour les études à 20 ans et qui peuvent découvrir ce goût pour les études à 35 ans et je trouve que l'on devrait, à ceux-là aussi, leur offrir une chance. Je suis pour un pays dans lequel on n'aura pas seulement la première chance, mais on aura une deuxième chance, on aura une troisième chance, on pourra trouver... je n'aime pas le mot, une carrière... en tout cas des responsabilités éminentes, même si l'on a fait le long parcours de la vie.

Si je puis être encore plus sincère, je pense que l'on devrait avoir des responsabilités d'autant plus éminentes que l'on a fait le long parcours de la vie.

Je reviens à mon étude de l'Inspection des finances à propos des dépenses de l'État qu'il va falloir mettre au propre, remettre sur la table et examiner une par une pour arriver, dans notre pays, à avoir une gestion saine des finances publiques et écarter le déficit et la dette.

Une étude de l'Inspection des finances montre que, dans les ministères qui ont fait l'objet de décentralisation depuis 1981, le nombre des fonctionnaires a augmenté or ils ont transmis leurs compétences aux collectivités locales.

On va devoir remettre tout cela sur le métier pour y réfléchir et voir de quelle manière on peut avoir, dans notre pays, un équilibre que, après tout, on demande à chaque famille et à chaque entreprise.

On ne peut pas continuer avec la situation d'aujourd'hui. L'État dépense tous les jours 20 % de plus que ce qui rentre dans ses caisses.

Connaissez-vous une famille ou une entreprise ou une exploitation agricole qui pourrait assumer un tel déséquilibre ?

Je ne sais pas si c'est révolutionnaire ou si c'est du bon sens élémentaire, mais on a besoin, pour que la France soit un grand pays, de sortir de cette situation et de retrouver l'équilibre que nous avons perdu. Je m'y engage.

Parmi les élus locaux, il y a un grand contentement parce qu'ils se disent : Ils vont faire cela en haut et nous n'aurons pas à assumer de responsabilité.

Je suis obligé de dire qu'il va falloir que tout le monde assume cette responsabilité parce que les collectivités locales, depuis des années, ont aussi contribué à l'augmentation de la dépense publique quelquefois sans que l'on y réfléchisse.

J'étais l'autre jour dans une grande capitale provinciale. Il y avait des chantiers partout. Je me suis aperçu que le Conseil régional était en extension, le Conseil général était en extension et la Préfecture de Région de l'État était en extension elle aussi.

Cela ne va pas.

De deux choses l'une, ou bien les collectivités locales ont besoin d'être en extension et l'État doit être en restriction ou bien l'État a besoin de plus de place, alors ce sont les collectivités locales qui ont besoin de moins de place.

Il y a quelque chose qui ne va pas dans ce système et donc je proposerai que l'on fasse un pas vers une simplification et un ré-équilibre nouveau pour que l'on puisse considérer que l'on n'est pas toujours perpétuellement prisonnier des formes que nous avons laissé s'accumuler au travers du temps.

Je proposerai que l'on fusionne les départements et les régions dans une seule collectivité locale qui aura les mêmes élus et la même administration et, au lieu d'avoir à doublonner tous les services, d'aller vers la simplification.

Par exemple, les personnes qui doivent remplir des dossiers pour recevoir des aides en matière économique ou je ne sais quoi, doivent aller de service en service, remplir des papiers innombrables. Cela ne va pas. Il faut que tout le monde participe à cet effort de simplification et de rationalisation donc je demanderai que l'on fasse un pas vers cette simplification des collectivités locales, comme l'on doit faire un pas vers la simplification de l'État.

On me dit : Mais on ne peut pas, mais vous ne vous rendez pas compte, vous allez vous mettre les élus à dos ! Mais non, quand on a les citoyens avec soi, on ne peut pas se mettre les élus à dos parce qu'il y a des élections qui arrivent.

Voyez, il suffit de réfléchir et d'ouvrir les yeux. Je vais vous dire le fond de ce que je pense sur tous ces sujets. Nous avons, en France, d'immenses marges de progression sans dépenser un euro de plus. Il suffit d'avoir un peu d'imagination et surtout de la volonté. C'est la volonté qui fait les grandes nations.

Je comprends bien que l'UMP, le PS ne puissent pas faire ce que je propose là. Pourquoi ? Ils ont tous les postes dans la République sans aucune exception. Ils ont assumé toutes les fonctions dans la République depuis 25 ans. Ils ont tous les postes du pouvoir exécutif, tous les sièges au gouvernement depuis 25 ans, à quelques exceptions près, car nous avons eu en effet des responsabilités que je ne veux pas éluder à certains moments de l'histoire récente, mais ils ont tous les postes de responsabilité, tous les postes de ministre.

Ils ont, à eux deux, 92 % des sièges à l'Assemblée nationale et au Sénat, ils ont la présidence de toutes les régions, ils ont tous les corps de contrôle de la République et donc ils sont paralysés par leurs sortants. Ils sont tenus par tous leurs amis qui occupent tous ces potes et qui leur disent : Attention, tu touches à ce que tu veux, mais tu ne touches pas à moi.

Nous, notre chance, c'est que nous sommes libres. Nous avons peu de sortants, nous aurons beaucoup d'entrants et, donc, nous avons la liberté de faire ce que nous devons faire pour la France.

Vous voyez que, ainsi, on retrouve un pays debout. Ce n'est pas compliqué. La France a des ressources formidables.

Elle attend, la France, qu'on lui propose de se lever. Elle sait bien qu'elle va devoir affronter l'univers de la mondialisation, elle n'en doute pas, elle le voit autour d'elle.

Elle sait qu'elle peut relever ces défis, mais il faut plus de solidarité et plus d'équilibre et il faut enfin une condition avec laquelle je veux en finir en parlant de la situation de notre pays, une certitude : un contrat dont on connaîtra l'article premier.

Si l'on veut qu'un pays comme le nôtre relève les défis qui sont les siens en face de la mondialisation, il y a une condition, il faut le savoir et s'y préparer, il faut qu'il ait les jeunes les mieux formés de tous les pays de la planète.

C'est l'éducation qui est la clef de tout et c'est l'éducation dont je vous propose de faire l'axe de la législature et du quinquennat qui vient.

Je veux défendre l'éducation dans notre pays et la soutenir et je ne le fais pas par hasard, je ne le fais pas simplement parce que j'aime bien le monde enseignant qui a été à la fois celui où j'ai débuté ma vie professionnelle et celui dont j'ai eu la responsabilité comme ministre pendant des années dont en tout cas, eux et je crois l'ensemble du système éducatif, conserve un souvenir heureux.

Je le fais parce que j'ai en mémoire une histoire que j'ai vécue et qui m'a donné beaucoup à penser.

J'étais ministre de l'Éducation. Il y avait déjà un certain nombre de problèmes, un peu moins graves qu'ils ne le sont devenus depuis et cette idée était en train de s'installer selon laquelle, en fait, en France, hélas, on réussissait à l'école en fonction de sa famille. Si on avait une famille favorisée, au moins culturellement, on réussissait, si on avait une famille défavorisée on échouait.

C'était, c'est vrai, une loi assez générale, mais j'étais tracassé depuis longtemps par le fait qu'il y avait, à cette loi, des exceptions.

L'exception était qu'il y avait des enfants de familles défavorisées qui réussissaient très bien. J'ai connu un fils d'Harki illettré major de l'École Normale Supérieure et il y avait des enfants de familles favorisées qui échouaient malgré tout l'apport que leur famille pouvait leur donner.

J'ai demandé à des sociologues intelligents... c'est un pléonasme sociologue intelligent ! Je vous prie de le prononcer avec le respect qui s'impose, non mais sans blague ! Il en existe, je vous l'assure... d'étudier ce phénomène.

Ils ont pris plusieurs centaines de cas comme cela. La conclusion de leur étude a été absolument passionnante.

Ils ont dit : Réussissent à l'école les enfants dans la famille desquels l'école est appréciée, soutenue et estimée et échouent à l'école les enfants dans la famille desquels l'école est méprisée, critiquée et constamment décriée.

Cette idée formidable et que nous connaissons bien, cela a été la France : le soutien à l'école, l'idée que l'on confiait ces enfants aux instituteurs et qu'on les soutenait, même quand il y avait une punition.

Tu rentrais à la maison, tu te plaignais ! Ne me rappelez pas des souvenirs s'il vous plaît !

Il y avait du soutien.

Ce qui est valable pour les familles, c'est valable pour la nation.

Une nation dont l'école est performante, c'est une nation qui soutient son éducation, son système éducatif et ses enseignants.

Moi je veux être en effet celui qui empêchera que l'on prenne perpétuellement l'école comme bouc émissaire de tous les problèmes de la société française.

Je veux qu'on la soutienne, qu'on l'estime, qu'on l'aide parce que je puis vous assurer que tous les gens qui passent leur temps à critiquer -et vous savez en quels termes- les enseignants en considérant que, toujours, on doit les accuser de ne pas travailler assez, il n'y en a pas un, parmi ceux qui les critiquent, qui serait capable de tenir une classe pendant 20 heures par semaine, comme on le trouve aujourd'hui dans les établissements scolaires français.

Donc, dans ce contexte que je viens de décrire, où l'on va devoir faire des économies, il y a un secteur dont je protégerai les moyens, dont j'assurerai qu'il n'aura plus perpétuellement à vivre dans la chasse aux postes comme depuis des années, c'est l'Éducation nationale, l'enseignement supérieur et la recherche dans notre pays.

Et, en échange -contrat de soutien, contrat de moyen- en même temps, je demande que l'on fasse ce qu'il faut pour prendre des engagements précis sur l'amélioration des performances, c'est-à-dire du soutien que l'on va apporter aux élèves, l'amélioration des performances du système éducatif, en particulier je veux que le premier article des engagements que nous allons prendre soit celui-ci : il n'y aura plus d'enfant qu'on laissera entrer en sixième sans savoir lire et écrire.

C'est très difficile. Ne croyez pas que ce soit facile. Ne croyez pas qu'il s'agisse d'édicter quelque circulaire que ce soit. C'est très difficile, pour au moins deux raisons dont chacun d'entre vous reconnaîtra, je crois, la véracité.

C'est très difficile parce que, premièrement, dans notre enfance, pour les générations qui ont précédé les générations actuelles, c'était l'écrit qui était glorifié, c'était l'écrit qui était le moyen de l'évasion. Quand on voulait découvrir une belle histoire, c'était sur les livres qu'on la découvrait et nous, nous sommes nombreux ici à avoir passé une partie, et même une très grande partie de notre enfance dans les contes et légendes, dans les romans, dans les livres pour enfants, pour adultes qui faisaient, au fond, l'essentiel de notre évasion.

Aujourd'hui, ce n'est plus l'écrit, c'est l'image. Les enfants passent leur temps devant l'écran de télévision, devant les jeux vidéo, avec les consoles et ceci change complètement la perception de l'écrit et, pourtant, on a d'autant plus le devoir de leur offrir l'écrit que, désormais, par exemple par Internet, l'écrit est devenu un moyen absolument nécessaire pour trouver sa place dans le monde et la société dans laquelle on vit.

C'est très difficile à cause de cette première raison. Cela va demander un grand effort.

Il y a une deuxième raison que vous savez bien, c'est que les enfants qui n'apprennent pas bien à l'école, ce n'est pas seulement pour des raisons pédagogiques, c'est souvent pour des raisons psychologiques, parce qu'ils ont des blessures, qu'ils subissent dans leur famille des déchirures, quelquefois pire, des violences. Ils sont l'objet de difficultés, parfois de drames qui les dépassent et appartiennent non pas à eux, mais à ceux qui les ont mis au monde et qui les élèvent.

Il faut donc aussi, quand on repère un enfant qui, très tôt, a des difficultés avec l'école, pouvoir lui offrir, quand c'est nécessaire, un accompagnement psychologique permettant de réparer tout ce qui est réparable, car si on laisse se dégrader les choses, plus tard cela n'existe pas.

Quand vous dites : Il ne faut plus qu'un enfant soit abandonné au moment d'entrer en sixième sans avoir la lecture et l'écriture, vous dites beaucoup de choses en réalité sur l'organisation de l'école primaire et les devoirs qu'on lui impose.

Cela va être une grande tâche, mais c'est une tâche formidable et c'est une tâche nécessaire. C'est une tâche de justice parce que la justice sociale commence là, elle commence à l'école et c'est une tâche d'efficacité pour que la France soit grande dans la mondialisation.

Ceci mérite d'être l'article premier et pour ne pas dire l'article unique de la politique de redressement national que nous allons construire et défendre ensemble d'un pays qui se redresse, d'un pays qui va retrouver une démocratie digne de ce nom, d'un pays dans lequel les citoyens vont être respectés, d'un pays dans lequel le parlement va être une institution digne de ce nom et pas comme aujourd'hui complètement laissée sur le bord de la route, méprisée comme on n'imagine pas... J'ai des parlementaires autour de moi... le Parlement en France n'a pas la place qu'un Parlement digne de ce nom a dans aucune autre démocratie de la planète.

Est-ce que vous vous rendez compte, par exemple, que l'on a pris cette décision à mes yeux scandaleuses de privatiser les autoroutes en France au moment où elles étaient amorties, c'est-à-dire au moment où elles allaient rapporter le plus aux Français qui les avaient construites avec leurs impôts et avec leurs péages ?

On a pris cette décision sans même demander son avis au Parlement alors que la loi contraignait tout gouvernement à le faire au moment de prendre une décision de privatisation d'une entreprise publique.

On n'a même pas demandé son avis au Parlement. On craignait qu'il y eût des résistances et nous vivons dans un pays où l'on peut ainsi mettre les représentants du peuple de côté au moment de prendre les décisions les plus importantes.

Mais ce n'est pas seulement cela. Je considère que nous avons vécu, dans les cinq années qui viennent de s'écouler, une des décisions les plus importantes qu'un pays ait eu à prendre de manière historique.

On a décidé et il y avait du pour et du contre, j'étais contre, d'ouvrir les négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Vraiment, c'est une décision qui a des conséquences de très long terme. C'est une décision d'histoire. Ce n'est pas une décision de politique.

Encore une fois, il y avait des objections que je soutenais et peut-être des arguments estimables de l'autre côté.

Eh bien, on a interdit au Parlement de la République de dire un mot sur ce sujet. On lui a interdit de s'exprimer même pour émettre un voeu ou voter une motion, en tout cas dire aux gouvernants ce que les représentants du peuple pouvaient penser d'un sujet aussi historique que celui-là.

Mes chers amis, à quoi sert d'avoir un parlement, d'avoir une Assemblée nationale avec 577 députés, d'avoir un Sénat avec 300 et quelques sénateurs, s'ils ne peuvent pas même s'exprimer sur les décisions les plus importantes qui engagent l'avenir national ?

C'est très simple, ils n'en disent rien, ils baissent la tête, mais, peu à peu, les députés et les sénateurs cessent tout simplement d'aller à l'Assemblée nationale et au Sénat.

C'est comme cela que cela se passe.

Savez-vous que, quand on a présenté au Parlement ce texte si important qui a été celui du Traité constitutionnel rejeté par référendum -c'était Valérie Giscard d'Estaing ancien Président de la République française qui avait assumé la coordination et même une part de l'écriture de ce texte, on l'avait invité à venir à l'Assemblée nationale, pas dans une séance de nuit, mais dans une séance solennelle qui avait lieu le mercredi à 16 heures- le débat a duré deux heures. Quand le débat a été terminé, nous étions 17 dans l'hémicycle sur 577...

Naturellement, cela vous entraîne un mouvement de réprobation, mais il ne faut pas faire porter la réprobation aux députés, il faut s'interroger sur les causes qui entraînent une telle désertion.

Ces causes sont le fait que, quand on a l'impression de ne servir à rien, même si personne ne le sait, on a tendance à s'écarter de ces institutions.

Je veux que tout cela change.

Je veux que le Parlement retrouve le droit de voter les lois, de s'exprimer sur tous les sujets et de contrôler le Gouvernement pour savoir si le Gouvernement applique bien ce qu'il s'est engagé à faire devant l'Assemblée nationale.

Pour être sûr que cette grande oeuvre de rénovation ne va pas être abandonnée, contredite, désertée, trahie, puisse aller jusqu'à son terme, je suis pour une décision simple : si je suis élu Président de la République je ferai en sorte que, pour voter à l'Assemblée nationale, il faille être présent, que personne ne puisse plus voter à votre place et que ceci soit une règle. Cela ne coûte pas un centime comme vous le voyez, on peut même envisager de faire des économies.

C'est la règle qui s'applique au Parlement européen. Tout citoyen européen peut vérifier si son élu est présent, s'il était là pour le vote, ce qu'il a voté, avoir la liste complète de toutes ses participations à la vie politique et démocratique européenne.

Je suis pour que l'on fasse la même chose en France.

Je suis obligé de vous dire qu'au Parlement européen il y a une petite disposition complémentaire à laquelle je ne veux pas attacher d'importance majeure : si l'on n'est pas là, on ne vote pas et, si on ne vote pas, on n'a pas d'indemnité.

Jean-Marie Cavada approuve, je suis sûr que ce n'est pas cela qui explique la présence des députés européens dans l'hémicycle. Ils sont là pour assumer leur devoir démocratique. C'est en tout cas l'idée que je me fais de leur vocation.

On va rénover notre démocratie, on va faire en sorte qu'elle soit digne, que tout le monde puisse y être représenté. On croit que tout le monde est représenté à l'Assemblée nationale, mais ce n'est pas vrai. Il n'y a que les majorités qui soient représentées.

Je crois que l'on n'est pas citoyen parce qu'on pense comme les majorités. On est citoyen parce qu'on est citoyen et donc tout le monde a le droit d'être représenté à l'Assemblée nationale, tous les courants du pays, y compris ceux que j'ai combattus toute ma vie.

Je suis pour que la représentation soit juste, que tout le monde soit à l'Assemblée, y compris l'extrême droite avec laquelle je suis en profonde confrontation et l'extrême gauche avec laquelle je suis en radical désaccord. Je suis pour que tout le monde y soit, pour que tout le monde participe au débat parce que tous les citoyens français ont le droit de voir leur opinion défendue à l'Assemblée nationale.

Cela va changer, cela au moins. Je préfère les confrontations et les combats à visage découvert que toute autre forme de cheminement souterrain, comme on en a connu un certain nombre dans la République.

Voilà ce dont nous avons besoin et, ainsi, la France se redresse et il n'y a pas, derrière tout cela, de révolution brutale.

Peut-être est-ce une révolution, mais c'est une révolution sereine, calme, généreuse dont nous avons besoin.

Quand la France se sera redressée, alors vous allez voir que, tout d'un coup, elle va de nouveau s'adresser au monde, en tout cas s'adresser au monde en ayant l'Europe comme relais et comme soutien. Elle sera de nouveau respectée comme il faut qu'elle le soit car j'ai la conviction profonde qu'il y a un certain nombre de choses dans la vie des nations, si la France ne les dit pas, personne ne les dira à sa place.

Tout le monde sait que j'ai eu des conflits avec Jacques Chirac pendant longtemps en politique intérieure, mais je veux vous dire que j'ai été fier quand Jacques Chirac, comme Président de la République française, a exprimé la position qui était la sienne au nom de la France au moment de la guerre en Irak.

J'ai été content pour mon pays, comme citoyen de mon pays. Il y a ici des gens qui peuvent témoigner que, pourtant, j'ai reçu des pressions innombrables, très puissantes et très éloquentes de forces qui avaient tous les moyens d'influence nécessaires et qui me disaient : Puisque vous vous êtes séparé de lui sur les questions de politique intérieure, alors, il faut maintenant que vous exprimiez à la tribune de l'Assemblée ce qui est l'avis de Tony Blair, de José Maria Asnar, de Berlusconi.

Je disais : "Vous avez beau me dire, regarde Tony Blair, José Maria Asnar, Berlusconi et quelques autres, moi je sais que la position de la France est justement exprimée par le refus que Jacques Chirac porte" et je suis monté à la tribune de l'Assemblée nationale pour le défendre alors même qu'il y avait, dans ses rangs, des hésitations et des flottements.

Je suis heureux et fier quand la France défend quelque chose qui est de l'ordre du juste, de la justice internationale, du respect des principes.

C'est la vocation de notre pays de s'adresser au monde et j'ai l'intention, si je suis élu Président de la République, d'assumer cette vocation avec la même ambition et la même volonté.

Pour cela, il faut que l'Europe existe. On est en plein dans une grande crise. Je veux vous dire ceci qui ne surprendra personne d'entre vous. Il n'est aucun des problèmes que nous ayons à assumer, aujourd'hui, en 2007, en France, qui puisse trouver de réponse si l'Europe n'existe pas.

Il est impossible, par exemple, de traiter seul du problème du réchauffement climatique et Dieu sait que c'est un grand sujet et que nous allons avoir cette épée de Damoclès, cette menace permanente au-dessus de l'humanité pendant longtemps, raison pour laquelle j'ai été le premier à signer le pacte écologique de Nicolas Hulot. Je trouve que c'était bien et que je suis heureux de l'avoir fait parce qu'on a pu installer ce sujet dans le débat politique.

C'est un grand sujet, raison aussi pour laquelle je suis heureux, et je la salue, qu'une personnalité comme Corinne Lepage ait décidé de me rejoindre et de m'apporter son soutien dans cette élection pour changer les choses.

Et il y en aura d'autres.

Nous ne pouvons pas parler du réchauffement climatique uniquement à l'intérieur des frontières de notre hexagone parce que nous aurons beau réduire de moitié ou des trois-quarts ou des quatre cinquièmes nos émissions de gaz à effet de serre de notre pays -ce qu'il faudra faire pour montrer l'exemple, toujours la même idée que ceux qui sont devant doivent montrer l'exemple-, cela ne changera pas d'un millième de millième la composition de l'air que nous respirons si les autres pays ne le font pas aussi.

Cela va être très difficile parce que ce sont les pays développés qui polluent le plus, entre 10 et 30 fois plus que les pays pauvres et, quand on est un pays pauvre, accéder à un meilleur niveau de vie, cela veut dire que l'on gagne des usines, des voitures, des transports, des bateaux, c'est-à-dire qu'à son tour on se met à participer à l'émission de gaz à effet de serre. Il va donc falloir beaucoup de vision, beaucoup de caractère pour équilibrer cette émission de gaz industriels et de gaz de combustion entre les pays de la planète.

Évidemment, comme vous le comprenez, cela ne peut pas se faire si nous n'avons un ensemble européen capable de parler d'une seule voix.

Voilà pourquoi je veux réconcilier les Français avec l'Europe et l'Europe avec la France et ceci est, pour moi, quelque chose de très important pour l'avenir.

Je veux le faire dans la clarté. Je savais très bien pourquoi, depuis la première minute, le référendum allait apporter une réponse négative.

J'ai fait campagne pour le oui en conscience, mais mes amis qui sont ici savent que, depuis le premier jour où l'on a décidé de ce référendum, j'étais absolument certain de l'issue. Pourquoi ? Pour une raison très simple, c'était que le texte était illisible. On a donné au peuple de citoyens français -qui prend la démocratie au sérieux- un texte illisible. Quand chacun a essayé de l'ouvrir pour en lire les premiers articles et qu'au bout de la troisième page il a découvert que c'était un texte pour des juristes, pour des spécialistes et qu'il reste encore 243 pages à lire, il l'a refermé avec l'impression que l'on se moquait de lui ou plus exactement que, si le texte était si incompréhensible, c'est qu'il devait y avoir un piège dessous.

Ceux qui, ici, ont voté non, il y en a nécessairement, c'est cette idée qu'ils ont eue.

Ils ont pensé que le piège étai ou bien qu'on voulait leur imposer un projet de société dont ils ne voulaient pas, ou bien qu'on voulait leur enlever leur identité ou leur souveraineté comme nation.

Moi, je veux que l'on réponde à ces inquiétudes-là.

Si je suis élu Président de la République, je demanderai à tous les pays européens que l'on écrive un texte clair, court, lisible, compréhensible par tous les citoyens et qui ne traitera que d'un seul sujet :

Comment des citoyens européens sont informés des décisions européennes et peuvent prendre leur part de ces décisions. Comment on transforme l'Europe de technocratie en démocratie.

Ceci est l'inspiration principale du texte nouveau dont nous avons besoin pour réconcilier les Français avec l'Europe.

Je me suis entretenu avec un certain nombre de chefs d'État et de gouvernement en Europe depuis longtemps. Je suis persuadé que nous pouvons trouver un chemin.

Ce texte-là, pour que tout le monde ait la certitude qu'il lui convienne une fois que nous aurons réussi à l'écrire, je le soumettrai au référendum des Français parce que, pour moi, ce que les Français ont décidé, seuls les Français peuvent le changer. Ce que les Français ont voulu, seuls les Français doivent en décider. Au bout du compte, c'est le moyen de respecter le lien qui doit exister entre les citoyens et l'Europe qui, après tout, est leur affaire. Ce n'est pas l'affaire des initiés, des diplomates et des gouvernants, c'est l'affaire de tout le monde, de tous les Français.

Voilà, mes chers amis. Naturellement, il y a beaucoup d'autres chapitres, il suffit, pour ceux qui veulent les connaître et qui pratiquent Internet, d'aller voir sur bayrou.fr. C'est le nom de site le plus simple que l'on peut trouver, vous y trouverez, chapitre par chapitre, chacune des propositions. Si cela vous intéresse vous pourrez télécharger ce texte.

Il y a aussi un livre qui vient de sortir où j'explique ce que je crois de l'avenir de la France.

Mes chers amis, ceci est une oeuvre de reconstruction du pays.

Cette oeuvre, je suis persuadé que beaucoup de Français l'attendent, mais elle a une conclusion ultime et sur laquelle je voudrais faire ma dernière phrase.

Si nous voulons reconstruire la France, et il faut que nous soyons capables de le faire tous ensemble, c'est-à-dire que, si je suis élu Président de la République, je nommerai un gouvernement dans lequel seront représentés des gens compétents, nouveaux, mais représentants de toutes les grandes sensibilités démocratiques du pays. Je ne veux plus que la France se perde dans la guerre entre la droite et la gauche. Je veux que l'on oblige à travailler ensemble tous ceux qui croient à quelque chose, qui veulent défendre leur conviction et qui ont leur place au chantier de la reconstruction.

C'est une grande oeuvre c'est une grande tâche. Tous les Français y ont leur place et je suis très heureux que vous soyez venus à Tarbes ce soir pour en préparer la dernière ligne droite.

Au 22 avril et au 6 mai.