Discours politique

Arlette Laguiller, Discours à Grenoble (26/03/2007)

Travailleuses, travailleurs, camarades et amis

"L'identité nationale au coeur de la bataille présidentielle" titre un grand quotidien. Sous cette forme ou sous une autre, l'expression revient dans toute la presse.

Cela fait bien longtemps que Sarkozy louche vers l'électorat de Le Pen et, depuis quelques semaines, décline l'expression "identité nationale" dans tous ses discours. Et voilà que Ségolène Royale s'y met à son tour, en mettant les bouchées doubles pour rattraper son retard. Elle fait chanter la Marseillaise à la fin de ses meetings et affirme qu'il faut que la gauche "reconquière cet hymne trop longtemps laissé au Front National". Sa dernière trouvaille est de proposer que chacun s'achète un drapeau tricolore et le brandisse le 14 juillet.

Cet emballement nationaliste a aussitôt déclenché une réplique condescendante de Sarkozy : "Je ne lui en veux pas, je trouve que c'est important qu'elle comprenne". Quant à Le Pen, ironisant sur les deux, il se félicite : "je suis très content d'assister à cette démarche qui consiste à dire que Le Pen avait raison".

Qu'une candidate qui se dit socialiste attire sur ce terrain les félicitations, fussent-elles ironiques, de Le Pen, est bien à l'image de cette campagne où chacun a les yeux fixés sur sa droite et en reprend les slogans en parlant de "reconquête" !

Eh bien, pour ma part, je laisse bien volontiers La Marseillaise à ces gens-là. Oh, c'était un chant révolutionnaire pendant la Révolution française ! Mais l'histoire est passée par là et c'est en son nom et au nom du drapeau tricolore que la bourgeoisie française a mené ses guerres de conquête coloniale, des guerres d'oppression et de rapine contre les peuples, sans parler de l'écrasement des travailleurs de la Commune de Paris.

Et l'identité collective dont je me revendique est l'identité sociale, mon appartenance à la classe ouvrière, au camp des travailleurs de toutes origines et de toutes nationalités

Mais cette course au nationalisme n'est pas seulement nauséabonde, c'est aussi de la poudre aux yeux. Les petits drapeaux à agiter le 14 juillet ne donneront pas de travail aux chômeurs, pas plus que les discours sur l'identité nationale ne font oublier ce qui manque sur la feuille de paye.

Trois problèmes graves pèsent aujourd'hui sur la vie de toutes les familles ouvrières, et plus généralement sur les classes populaires.

Ce sont la gravité du chômage, la baisse du niveau de vie et la difficulté croissante de disposer d'un logement convenable. Des problèmes, il y en a d'autres, bien sûr, comme l'accès aux soins, l'éducation des jeunes, l'environnement ou la galère des transports publics qui prolonge la journée de travail et sa fatigue. Mais ces problèmes, tout en étant importants, découlent en grande partie des premiers.

Ni EADS dont dépend Airbus, ni Alcatel Lucent ne sont de petites entreprises, mais des mastodontes, avec des chiffres d'affaires colossaux et des profits qui sont en conséquence, même s'ils varient. Tous les deux procèdent pourtant à la suppression de milliers d'emplois.

Campagne électorale oblige, les stars de la présidentielle s'agitent autour du cas d'Airbus, chacun y allant de sa proposition de réorganiser l'entreprise. Tous font mine de se préoccuper de l'avenir de l'entreprise, mais ils ne se préoccupent pas de l'avenir des travailleurs dont la direction se prépare à supprimer l'emploi, dont 1500 en France !

Mais ce n'est pas l'entreprise Airbus qui a des problèmes ! Elle a des commandes pour les cinq ans à venir ! Seulement, il est plus profitable pour les actionnaires de faire faire le même travail avec moins d'effectifs !

Sarkozy se proclame libéral. Il affirme que l'État n'a pas à se mêler des décisions des patrons des entreprises qui doivent être libres de décider ce qu'ils veulent, y compris de licencier. Mais il est pour que l'État injecte de l'argent dans Airbus. L'idée ne lui viendrait évidemment pas de contraindre l'actionnaire privé Lagardère d'injecter de l'argent alors que l'entreprise lui a déjà rapporté bien plus que ce que sa part d'actionnaire lui a coûté.

Mais c'est comme cela avec les patrons et leur porte-parole. Ils sont contre l'intervention de l'État, sauf quand il s'agit de recevoir de celui-ci.

Quant à Ségolène Royal, elle propose que les régions entrent dans le capital d'Airbus, un peu comme cela se pratique en Allemagne où les régions, les lander, ont une part dans le capital de cette entreprise. Mais leur présence n'a pas empêché Airbus de licencier aussi en Allemagne !

Que l'argent public vienne s'ajouter aux capitaux privés d'Airbus ou qu'il serve à racheter à prix élevé les actions de Lagardère, dans les deux cas, cet argent viendrait au secours du capital privé, sans même que ce soit une garantie pour les travailleurs que les emplois seront préservés.

Mais on n'a pas entendu Ségolène Royal affirmer clairement que, si elle est élue, elle s'opposera à toute suppression d'emploi chez Airbus. Le promettrait-elle qu'il faudrait veiller à ce qu'elle tienne sa parole, mais elle ne le promet même pas !

Airbus et Alcatel-Lucent ne sont pas des exceptions. Bien d'autres entreprises, de Michelin à Peugeot-Citroën, en passant par France Télécom ou Arkema, suppriment des emplois ou se préparent à le faire. Voilà la principale cause du chômage.

Au nombre de chômeurs, il faut ajouter également ceux qui n'occupent que des emplois précaires ou à temps partiel imposé et qui, de ce fait, n'ont pour vivre que des revenus inférieurs au Smic. Ce qui en fait des travailleurs pauvres et, pour certains d'entre eux, très pauvres.

Être licencié et tombé dans le chômage, c'est un drame pour ceux à qui cela arrive et à leurs familles. Mais c'est aussi un immense gâchis social. Ces femmes et ces homes écartés de la production, ce sont des compétences, des énergies, du savoir-faire, qui sont laissés en friche, au détriment de toute la société. Et tout cela, à cause de l'aberration de l'organisation capitaliste de l'économie, de la concurrence entre les groupes industriels et financiers.

Le logement est une autre catastrophe sociale depuis des dizaines d'années mais qui n'a jamais été aussi grave. Selon la Fondation Abbé Pierre, un million deux cents mille ménages sont sur listes d'attente de HLM, et ils risquent d'y rester encore longtemps vu qu'on ne construit de nouveaux logements sociaux qu'avec parcimonie.

Et deux autres millions, sinon plus, sont logés dans des logements de fortune, chez des parents, dans des campings, voire des taudis infects.

Et maintenant, la trêve hivernale terminée, les expulsions locatives vont recommencer. C'est révoltant, d'autant que, depuis quelques années, les loyers se sont véritablement envolés pour des raisons spéculatives.

Alors, non seulement il faut interdire les expulsions, mais il faut aussi plafonner les loyers aux montants où ils étaient avant cette vague de spéculation.

Le troisième problème est la détérioration inexorable du niveau de vie. Même pour ceux qui ont la chance d'avoir toujours travaillé en CDI, les salaires sont bloqués.

Alors que les salaires sont bloqués, les prix continuent à augmenter. Et là aussi, bien au-delà de ce qui ressort des statistiques mensongères et des indices faussés du gouvernement ! Les indices Insee intègrent aussi bien des produits de consommation courante pour les classes populaires que des produits qu'on n'achète que rarement, voire pas du tout. Ce n'est pas parce que le prix des écrans plats a été divisé par deux en deux ans que cela compense la hausse du prix du kilo de viande, de légumes ou de fruits que l'on consomme tous les jours ! Il suffit de faire ses courses pour constater la hausse des prix.

À celle-ci, s'ajoute l'accroissement des prélèvements divers. La baisse des remboursements de Sécurité sociale, les forfaits non remboursables qui se multiplient, grèvent lourdement les budgets les plus modestes.

Les salaires, même de ceux qui ne sont pas tombés dans la précarité, sont notoirement insuffisants, ne serait-ce que pour assurer un pouvoir d'achat comparable à celui d'il y a trente ans.

Comme sont notoirement insuffisantes les pensions de retraite et l'allocation pour handicapés.

Comment ne pas comparer cette évolution catastrophique de la situation des classes populaires avec les bénéfices des grandes entreprises et les revenus du capital ?

Les profits des entreprises sont en croissance constante depuis plusieurs années. Ils ont avoisiné, l'an dernier, la somme sans précédent de 100 milliards d'euros, rien que pour les quarante premières entreprises cotées en Bourse ! Si, encore, ces profits étaient la source de forces productives, de moyens de production nouveaux, créateurs d'emplois et de biens de consommation à un niveau qui fasse baisser leurs prix, ils pourraient servir à quelque chose d'utile ! Mais ce n'est pas le cas. Depuis des années, les profits ne servent pas à l'élargissement de la production. Ils ne servent qu'à de faux investissements qui consistent à racheter tout ou partie d'entreprises qui existent déjà, phénomène de concentration qui non seulement ne crée pas d'emplois nouveaux, mais le plus souvent en supprime.

Comme ils sont incapables d'élargir le marché ou, plus exactement, comme cela ne les intéresse pas si cela ne rapporte pas le taux de profit élevé qu'ils exigent, les groupes financiers sont en compétition les uns avec les autres pour se disputer des parts de marché en se disputant les entreprises existantes.

Cette incapacité d'élargir la production et, par là même, de créer de nouveaux emplois est à la base de la crise actuelle. De plus, la rivalité autour des parts de marché alimente une spéculation financière permanente, dangereuse pour l'ensemble de l'économie.

Toute l'économie est en permanence sous la menace des fluctuations de la Bourse.

Alors, les candidats dits grands à l'élection présidentielle peuvent raconter ce qu'ils veulent, s'agiter sur scène, faire des promesses de camelot, leurs propositions doivent être jugées en fonction de leur capacité à résoudre, ou pas, les problèmes vitaux des classes populaires.

On ne peut résoudre aucun de ces graves problèmes sans imposer une autre répartition des bénéfices des entreprises, qui profite cette fois à la collectivité.

Pour mettre fin au chômage : il faut commencer par interdire tout licenciement collectif aux grandes entreprises sous peine de réquisition, c'est-à-dire expropriation sans rachat ni indemnité. Une fraction au moins des profits présents et accumulés dans le passé devrait servir à financer le maintien des emplois existants, voire à procéder à des embauches supplémentaires. Plutôt qu'user les uns au travail par des heures supplémentaires ou par l'augmentation du rythme de travail, pendant que d'autres sont laissés dans l'inactivité forcée, il faut répartir le travail entre tous avec maintien des salaires.

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L'État, de son côté, peut et doit créer des emplois dans les services publics qui se dégradent tous, faute d'effectifs en nombre suffisant. Il faut embaucher le personnel nécessaire dans les hôpitaux publics, dans les maisons de retraite, dans les transports publics, à l'Éducation nationale.

Pour financer cet effort indispensable, il faut, en premier lieu, réorienter les dépenses budgétaires. Faut-il financer la Défense nationale, si mal nommée puisqu'elle ne sert en rien à la défense du pays mais seulement à des guerres extérieures, en Afrique ou en Afghanistan ? Ou augmenter les crédits de l'Éducation nationale ? Qu'est-ce qui est le plus utile à la société : financer la force de frappe nucléaire ou maintenir les hôpitaux et maternités de proximité ? La réponse va de soi.

Tout en réorientant le budget de l'État vers des dépenses utiles à toute la population, il faut en augmenter les recettes. Il est scandaleux que la plus grande part des recettes de l'État provienne de la TVA et autres impôts indirects, qui ne sont pas progressifs et qui frappent surtout les classes populaires et, de fait, les plus pauvres.

La part de l'impôt sur les bénéfices des sociétés ou sur les hauts revenus est, en revanche, de plus en plus modeste.

L'économie marche sur la tête. Alors qu'on impose de plus en plus les classes populaires, on touche de moins en moins à la masse d'argent que constituent les profits.

Si on veut répondre aux problèmes les plus urgents, il faut faire l'inverse. Il faut imposer bien plus fortement les bénéfices des grandes entreprises et les revenus des plus riches. L'impôt sur le revenu doit être fortement progressif et sans plafonnement et sans bouclier fiscal.

Le simple fait de rétablir l'impôt sur les bénéfices de son taux actuel de 33 % aux 50 % du temps de Giscard obligerait les 40 entreprises les plus importantes du pays, celles du CAC 40, à payer 17 milliards d'euros d'impôt de plus, c'est-à-dire près du double du trou de la Sécurité sociale.

La TVA, en revanche, devrait être fortement diminuée, voire supprimée sur les produits de consommation courante.

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Pour résoudre le problème du logement populaire : il faut créer un grand service public du logement qui se charge de construire d'urgence sous sa direction le nombre de logements nécessaires soit, au moins, deux millions en deux ans et sans passer par les bétonneurs privés. Il faut que l'État réquisitionne les terrains nécessaires, comme il sait le faire pour la construction d'une autoroute.

Le montant total des "aides publiques aux entreprises" est estimé au bas mot à 65 milliards d'euros, même dans des documents gouvernementaux, voire 100 milliards. Ces aides ne servent en rien les intérêts de la collectivité. Elles sont purement et simplement ajoutées par les entreprises à leurs bénéfices. Cette somme pourrait et devrait être consacrée au financement de la construction de logements sociaux. Le problème des logements pour les trois millions de mal-logés de ce pays pourrait être résolu en deux ou trois ans.

Pour stopper la dégradation du pouvoir d'achat : il faut augmenter tous les salaires d'au moins 300 euros mensuels et imposer un Smic à 1500 euros net immédiatement. Et cette somme, ce n'est qu'un rattrapage. C'est cette augmentation de 300 euros que revendiquent les travailleurs de l'usine d'Aulnay du trust PSA Peugeot-Citroën en grève depuis quatre semaines. Et ils revendiquent aussi qu'aucun salaire ne puisse être inférieur à 1500 euros et l'embauche des intérimaires. Ils doivent avoir toute notre solidarité car ils ont le mérite d'avoir levé un drapeau de mettre en avant des revendications, qui concernent tous les travailleurs. Aucun salaire, aucune pension de retraite, aucune allocation, notamment pour handicapé, ne doivent être inférieurs à cette somme.

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Et puis, tous les contrats précaires doivent être transformés en contrats à durée indéterminée.

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Il faut, enfin, que toutes les mesures prises par Balladur et Fillon contre les retraités soient annulées. Évoquer la croissance du nombre de retraités par rapport à la population active, pour justifier la diminution des pensions et le report de l'âge de la retraite, est une escroquerie. La productivité ayant considérablement augmenté depuis un demi-siècle, augmenter la pension des retraités est possible à condition que les fruits du progrès ne soient pas accaparés par le seul patronat.

Ni Nicolas Sarkozy ni François Bayrou ni Ségolène Royal ne proposent une politique susceptible de répondre aux besoins des masses populaires sur ces trois problèmes vitaux que sont le chômage, le coût de la vie et le logement. Ce sont pourtant des exigences vitales, urgentes !

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Nicolas Sarkozy est l'homme du grand patronat et les classes populaires n'ont rien de bon à attendre de lui. Sa seule préoccupation est d'assurer aux possédants les meilleures conditions pour valoriser leurs capitaux et accroître leurs revenus.

En guise de lutte contre le chômage, Sarkozy n'a rien d'autre à proposer que des réductions de charges des cadeaux fiscaux aux patrons afin de les "inciter" à créer des emplois. Une recette que tous les gouvernements ont utilisée, avec le résultat qu'on sait. Les patrons empochent les cadeaux, les ajoutent à leurs profits, sans créer des emplois.

En guise d'augmentation du pouvoir d'achat, Sarkozy propose ce slogan "travailler plus pour gagner plus" ! C'est d'autant plus cynique que les près de trois millions de chômeurs complets n'ont pas de travail du tout. Leur proposer de "travailler plus" est une sinistre plaisanterie. Quant aux trois autres millions qui n'ont qu'un emploi précaire intermittent ou un temps partiel non choisi, combien d'entre eux voudraient pouvoir travailler même les 35 heures hebdomadaires contre lesquelles Sarkozy est en guerre ? Et puis, quelle est l'usine, la banque ou la grande surface où ce sont les ouvriers et les employés qui choisissent librement la durée de leur temps de travail ?

On pourrait croire que cet homme, Sarkozy, vit dans la lune pour ignorer à ce point la réalité des entreprises et de la condition ouvrière. En réalité, ce n'est pas de l'ignorance, mais de la servilité à l'égard du grand patronat. Exonérer les patrons de charges sociales et fiscales sur les heures supplémentaires, comme le promet Sarkozy, est non seulement leur faire un beau cadeau, mais c'est une façon de les pousser à faire crever au travail leurs travailleurs et de ne pas embaucher.

Il est criminel d'imposer des heures supplémentaires à ceux qui ont du travail. Ce qu'il faut faire, c'est empêcher le patronat de licencier ou de recourir aux contrats précaires. Il faut remplacer les heures supplémentaires par des emplois supplémentaires.

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Quant à Ségolène Royal, si certaines de ses propositions peuvent apparaître, si elles ne restent pas à l'état de promesses, comme des améliorations dans certains domaines, elle ne propose rien non plus qui puisse éliminer le chômage, assurer la hausse générale du niveau de vie et résoudre le problème du logement pour ceux dont les revenus sont faibles.

Contre le chômage ? Elle propose aux jeunes "les emplois-tremplins que les Régions ont mis en place avec un objectif de 500 000 emplois-tremplins". Cela ressemble aux emplois-jeunes qui ont, certes, dépanné des jeunes mais qui n'ont jamais été pérennisés. "Emplois-tremplins" dit bien ce que cela veut dire, c'est que c'est provisoire. Mais, pour la majorité des cinq ou six millions de chômeurs et de demi-chômeurs, de précaires, il n'y a aucun engagement, ni même aucune proposition.

Contre la baisse du pouvoir d'achat ? Ségolène Royal propose 1500 euros brut comme salaire minimum, mais seulement pour la fin de son mandat, c'est-à-dire dans cinq ans ! Et rien pour les salaires autres que le Smic, si ce n'est une promesse de "négociations entre partenaires sociaux". Mais on sait que, dans ce genre de rencontres, réunissant patrons et syndicats, il n'y a rien à négocier et que quand les patrons disent non, les syndicats n'ont qu'à s'incliner.

Pour le logement ? Ségolène Royal propose la construction de 120.000 logements sociaux par an. Cela signifie qu'il faudra attendre dix ans pour que le million deux cents mille demandeurs qui sont sur liste d'attente de HLM aient satisfaction, et ceci sans compter les demandeurs ultérieurs, ni les 2 autres millions de mal-logés !

Mais, en revanche, Ségolène Royal n'a pas l'intention d'arrêter les 65 milliards d'aides aux entreprises. Elle n'a pas, non plus, l'intention de toucher au budget de la défense et, en particulier, à celui de la "force de frappe". Soit dit en passant, le fait de se déclarer pour la bombe atomique n'a pas empêché ni Sarkozy ni Royal de signer le "Pacte écologique" de Nicolas Hulot...

Quant à Bayrou, il a un discours qui se veut différent de celui de Sarkozy. Mais, sur le plan social, ses propositions sont les mêmes. Comment d'ailleurs pourrait-il en être autrement ? Avant qu'à l'approche de l'élection, Bayrou éprouve le besoin de se démarquer de la majorité de droite, il en a fait partie pendant quatre ans ! Son parti, l'UDF, a voté toutes les mesures anti-populaires du gouvernement. Oh, il les a critiquées tout en les votant. Mais quand il les critiquait, il le faisait plutôt sur la droite. C'est ainsi, par exemple, que cette attaque en règle qu'a été la réforme Fillon contre les retraités, non seulement Bayrou l'a votée, mais à l'époque il avait critiqué le gouvernement parce qu'il considérait que celui-ci n'allait pas assez loin, en particulier parce qu'il ne touchait pas aux retraites des cheminots et des travailleurs d'EDF-GDF ! De plus, il estimait que l'impôt de solidarité sur la fortune, vous savez cette petite contribution à laquelle sont soumises les grandes fortunes, devait être plafonné.

Les promesses électorales, de toute façon, ne valent pas grand-chose. Mais on peut d'autant moins croire les dirigeants politiques que le véritable pouvoir ne leur appartient pas. Président et ministres sont aux ordres et gèrent en fonction de ce que leur demandent ceux qui possèdent les capitaux, les propriétaires des plus grosses entreprises qui assurent le véritable pouvoir dans ce pays et que personne, à part une minorité d'actionnaires, n'a élus.

Aussi je tiens à faire savoir, à affirmer, à convaincre le maximum d'électeurs des classes populaires dans cette campagne que, sans s'en prendre aux pouvoirs du grand patronat, on ne peut rien faire pour améliorer le sort des classes populaires, on ne peut même pas arrêter la dégradation de leurs conditions d'existence.

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Il faut imposer que la société, la collectivité, puissent avoir un contrôle sur les comptabilités de toutes les grandes sociétés. Il ne s'agit pas seulement de donner le bilan qu'elles donnent aux comités d'entreprise, il s'agit d'élargir les moyens des comités d'entreprise, leur droit de contrôler les comptabilités au jour le jour, mais aussi les comptes en banque de leurs dirigeants, de leurs principaux actionnaires et de leurs proches.

Il faut supprimer le secret des affaires, le secret bancaire, pour que tout cela soit public, que la collectivité, la société civile, puissent jeter un oeil sur ce qui se passe dans les conseils d'administration, sur leurs projets à court terme ou à long terme qui peuvent concerner toute la population.

Je prends les comités d'entreprise comme exemple. Mais il faudrait que soient enlevées toutes les barrières inventées dès la création des CE et aggravées au fil du temps, qui réduisent leur rôle à un cérémonial annuel où les patrons leur livrent une fois par an des chiffres mélangés et incompréhensibles. Il faut revenir sur les récentes lois qui les font élire une fois tous les quatre ans, ce qui les éloigne des travailleurs et les subordonne aux patrons. Il faut qu'ils soient élus chaque année.

Il faut que leur mode de désignation soit bien plus large afin que non seulement les salariés des entreprises mais aussi les consommateurs et toute la population puissent participer à ce contrôle.

Le dirigeant d'une entreprise connaît tout sur les revenus de ses salariés. La justice, c'est que les salariés connaissent tout sur les revenus de leur patron, et pas seulement sa paie théorique.

Un plan de licenciement ou un plan de délocalisation sont étudiés des mois avant à l'avance.

Eh bien, il faut que les travailleurs, que la population, soient avertis dès qu'une hypothèse de ce genre-là est évoquée pour pouvoir s'organiser et se défendre.

Mais si ce contrôle existe, ils peuvent faire plus.

Si l'on vérifie d'où vient l'argent, par où il passe, et où il va, si on vérifie si les investissements qui figurent au bilan ne sont pas de simples rachats d'autres entreprises, on verra qu'on peut satisfaire bien des revendications indispensables au monde du travail et, plus généralement, à la population. Et qu'on peut largement augmenter les salaires.

Et puis, à chaque fois qu'une grande entreprise porte un mauvais coup à ses travailleurs, soit en supprimant des emplois, soit en bloquant les salaires, soit les deux, elle prétend qu'elle le fait au nom de la compétitivité sur le marché international. Mais le prix des marchandises comprend, outre celui des matières nécessaires à leur fabrication, non seulement le prix du travail, c'est-à-dire les salaires, mais aussi les dividendes des actionnaires. Où est-il donc écrit que c'est la masse salariale qu'il faut réduire pour baisser les prix ? Pourquoi pas les revenus du capital ? C'est sur les dividendes qu'il faut prendre de quoi baisser les prix ! Et si les dividendes présents ne suffisent pas, il faut prendre sur les dividendes accumulés sous la forme de fortunes privées.

Ce ne sont pas les travailleurs, leurs emplois, leurs salaires, qu'il faut rendre flexibles, c'est au contraire la flexibilité des revenus du capital qu'il faut imposer !

Alors, si je me présente, c'est pour dire aux miens, au monde du travail, qu'il ne faut pas être dupe des marionnettes politiques qui occupent le devant de la scène et qui nous jouent la comédie du pouvoir, alors que, derrière la scène, c'est le grand patronat qui tire les ficelles.

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Je sais que tous ceux qui, dans les classes populaires, en ont assez de l'arrogance de la droite, voudraient s'en débarrasser. Nombreux sont celles et ceux qui n'attendent pas grand-chose d'autre de l'élection que le plaisir de voir Sarkozy ravaler ses ambitions. Bien sûr que je comprends et je partage l'envie de se débarrasser et de Sarkozy et de la droite.

Mais, la satisfaction de s'être débarrassé du gouvernement de droite, se révélera amère si le gouvernement de gauche qui lui succèdera reprend à son compte sa politique, comme cela est arrivé bien souvent dans le passé.

Le PS appelle à voter utile dès le premier tour, c'est-à-dire à voter pour Ségolène Royal. Mais à quoi servirait le premier tour si les électeurs n'en profitaient pas pour exprimer ce qu'ils veulent, tandis qu'au deuxième tour ils ne pourront que voter pour le moins mauvais ou le moins pire des deux candidats. Il ne faut pas laisser passer l'occasion du premier tour pour affirmer les exigences des exploités et de la population.

Le chantage au "vote utile" est destiné seulement à faire taire les exploités et leurs exigences. Il ne faut pas que, face au duo Sarkozy-Royal, la seule opposition vienne de la droite et de l'extrême droite, d'un Bayrou ou d'un Le Pen.

Il faut que le camp des travailleurs lève son propre drapeau pour montrer que le choix politique ne se réduit pas à différentes nuances dans la façon de servir les intérêts du grand patronat.

Je sais, bien sûr, que je ne peux pas être élue. Une candidate qui combat leur système n'a qu'une seule chance d'être élue : être portée par une très puissante lutte sociale, des grèves, des manifestations, par l'action collective de millions d'exploités. Mais, même élue dans ce genre de circonstances exceptionnelles, je ne pourrais rien faire sans que l'action de la classe ouvrière se prolonge bien au-delà des élections. Le pouvoir patronal, les puissances de l'argent, ne reculeront que devant la pression puissante de la masse des exploités, réunissant dans la même action ceux qui ont le droit de vote comme ceux qui, travailleurs immigrés, en sont injustement privés.

Nous ne sommes pas dans cette situation aujourd'hui.

Mais voter pour ma candidature, c'est affirmer son accord avec le programme que je viens de développer et lui donner assez de crédit pour que les futures luttes sociales en reprennent les objectifs.

Le vote pour ma candidature sera un vote de protestation venant clairement des classes laborieuses. Seul ce vote permettra aux électeurs de dire qu'ils en ont assez que la politique menée soit toujours favorable au grand patronat, aux banques, aux plus riches. Qu'ils en ont assez que, en raison des cadeaux faits à ces gens-là, on soit incapable de mettre fin au chômage, d'assurer un logement correct à tous et de donner des salaires permettant de vivre correctement à ceux grâce à qui les usines, les banques, les chaînes commerciales tournent et que l'économie fonctionne.

Les votes, même s'ils sont nombreux, ne remplaceront pas les mouvements de lutte sociale indispensables, mais ils peuvent contribuer à le préparer en popularisant des objectifs et en donnant confiance.

Aidez-nous ! Faites en sorte que soient nombreux ceux qui votent pour ma candidature. Ils montreront ainsi que, s'ils rejettent la droite, porte-parole et serviteur attitré du grand patronat, ils ne font pas pour autant confiance à la gauche qui a toujours trahi ceux qui l'ont élue par refus de toucher au grand capital et à ses intérêts.

Et, surtout, il faut que les votes en ma faveur et qui contestent l'ordre social soient suffisamment importants pour que le grand patronat et ses serviteurs s'inquiètent de l'évolution de l'état d'esprit des classes populaires. Il faut qu'ils aient des raisons d'y entrevoir les mouvements sociaux indispensables pour changer notre avenir à tous !