Discours politique

François Bayrou, Discours à Blois (04/04/2007)

Mes chers amis, je suis très heureux et je suis très ému d'être avec vous à Blois.

Je suis très heureux, parce que c'est une ville, c'est un département et c'est une région où s'est développé, en effet, une amitié un peu exceptionnelle en politique, originale et forte avec des femmes et des hommes de grand caractère et que je vais citer par leur ordre d'entrer en scène. Le premier qui nous a accueillis est Nicolas Perruchot, le député maire de Blois. Combatif, ardent, solide, il a été suivi par quelqu'un qui est mon ami en politique depuis d'assez longues années pour que l'on n'en cite pas le chiffre Pierre Fauchon, sénateur du Loir-et-Cher, grand juriste, grand parlementaire qui lui-même a précédé à la tribune Maurice Leroy, député et président du Conseil général du Loir-et-Cher, dont chacun connaît le talent, la verve, l'acuité de pensée, l'originalité de l'expression et qui a lui-même ouvert la voie à Jacqueline Gourault, sénateur du Loir-et-Cher.

Une des chances que j'ai eue dans ma vie politique, c'est un soir, au tout début des années 80. J'ai traversé une partie de la France en voiture -j'étais un très jeune animateur politique. J'avais 30 ans- pour venir animer une réunion que Pierre Fauchon m'avait demandé de venir tenir à Blois. C'était à la Gerbe d'Or.

Il y avait du brouillard sur la route. Je suis donc arrivé avec 1 h 30 de retard et, à la Gerbe d'Or, ce soir-là, il y avait, pour assister à cette réunion fameuse, largement annoncée dans la presse, douze personnes.

Parmi les douze, il y avait Jacqueline Gourault et Marie-Hélène Millet. Si j'avais dû faire mille kilomètres dans le brouillard pour arriver à la Gerbe d'Or et même s'il n'y avait eu que la moitié de cette audience, j'aurais fait une très bonne affaire, parce que, depuis toutes ces années, nous avons bâti ensemble, non pas seulement une amitié, qui est réelle, forte, quotidienne, mais nous avons bâti ensemble l'une des plus belles entreprises politiques qui n'ait jamais été réalisée dans cette région et dans ce département, car, grâce à Pierre, grâce à Jacqueline, on a vu Nicolas Perruchot, Maurice Leroy et c'est aujourd'hui une des plus belles phalanges politiques qu'un département puisse présenter.

Tout à l'heure, les journalistes m'ont interrogé et je leur ai avoué que, en effet, j'aurais presque de quoi constituer un gouvernement entier dans le Loir-et-Cher ! On essaiera des dosages !

Mes chers amis, je veux aussi saluer les parlementaires du Loir-et-Cher, les anciens parlementaires du Loir-et-Cher présents, à savoir François Mortelette, ancien député socialiste de la circonscription de Blois. Je veux saluer mon ami Jean Desanlis, ancien député UDF de la circonscription de Bordeaux.

Je veux saluer les parlementaires qui m'ont accompagné, Jean-Jacques Jegou, sénateur du Val-de-Marne, et le grand pianiste Jean-Philippe Collard qui nous a fait l'amitié de nous rejoindre ici.

Vous me permettrez de citer le nom de cinq amis qui sont des responsables de notre équipe dans la région. Je vais vous demander d'applaudir Philippe Vigier, conseiller régional d'Eure-et-Loir, Colette Girard, conseillère régionale d'Indre-et-Loire, Yves Clément, conseiller général du Loiret, Yves Roty, premier vice-Président du Conseil économique et social régional pour l'Indre et Alain Canton, conseiller régional, premier maire adjoint.

Vous savez tout ce qui est en train de se jouer. Vous savez tous quel est l'état du pays. Vous savez tous la question à laquelle notre pays va devoir répondre et vous savez tous ce qui, aujourd'hui, traverse l'esprit de tant et de tant de Français.

Il y a vingt-cinq ans que les deux mêmes partis, les mêmes appareils gouvernent la France sans interruption. Aujourd'hui, ces deux partis, ces 2 appareils détiennent tous les postes sans exceptions au sein du pouvoir exécutif.

Ils détiennent, à eux deux, 92 % des sièges de députés à l'Assemblée Nationale et de sénateurs au sénat.

Ils détiennent l'ensemble des régions françaises avec des moyens qui sont puissants et avec le soutien, tout aussi puissant, de groupes qui, bien entendu, les aident et relaient leur message.

En face de cela, en face de ces deux partis, il y a nous, nous, avec le soutien, l'aide, l'appui, non pas de groupes puissants, non pas d'appareils, mais avec le soutien de millions et de millions de Français.

Là est l'enjeu, là est la question. C'est une question pour le peuple français.

Après vingt-cinq années de pouvoir et de domination des mêmes, après vingt-cinq années, comment le peuple français peut-il vivre le bilan dont il a, hélas, à solder lui-même l'addition ?

Je veux le reprendre rapidement. Le chômage est présent dans toutes les familles. Le chômage dont on claironne, sur les moyens de communication, qu'il se serait amélioré ou plus exactement que ses chiffres se seraient améliorés depuis 5 ans.

Cette semaine, les instances européennes ont adressé une communication à la France pour lui demander de bien vouloir rectifier les chiffres du chômage qu'ils donnaient, parce que ces chiffres ne correspondaient pas à la réalité.

Tout le monde ici sait qu'il n'y a pas deux millions de chômeurs en France, qu'il y en a au moins le double.

La preuve, c'est que pas un chômeur d'Outre-mer n'est compté dans les statistiques du chômage de notre pays.

La preuve, c'est que deux RMIstes sur trois ne sont pas comptés dans les statistiques du chômage.

La preuve, c'est que, dans toutes les familles, l'inquiétude s'est glissée.

Nous, nous avons besoin de vérité. Nous pensons, depuis longtemps, que seule la vérité peut permettre à un grand peuple de faire face à ses responsabilités. Élu Président de la République, je ferai en sorte que les statistiques, notamment du chômage, soient des statistiques qui prennent en compte toutes les catégories de Français écartés du travail. Je veux la lumière pour que l'on puisse conduire une politique de redressement national.

Alors, c'est vrai que le gouvernement dit : "Mais, au fond, c'est à peu près les mêmes chiffres que le gouvernement précédent. Justement, nous dénoncions les manipulations de chiffres du gouvernement précédent. Nous ne sommes pas davantage satisfaits des manipulations de chiffres que nous avons devant nous aujourd'hui."

Notre jugement est aussi exigeant, quels que soient ceux qui sont au gouvernement, parce que la liberté de jugement qui est la nôtre nous autorise à maintenir le cap. Nous ne changeons pas d'opinion quand les gouvernements changent.

Nous avons décidé d'être une formation politique indépendante et libre précisément pour que les Français puissent avoir des points de repère. Nous ferons toute la lumière sur les chiffres du chômage, toute la lumière sur les chiffres de la hausse des prix. Partout où il y a de l'inquiétude, des questions et de l'obscurité, nous mettrons la simplicité des réponses qui peuvent, seules, permettent à un grand peuple de prendre les décisions qui s'imposent.

Nous avons la dette, mes chers amis, nous venons d'atteindre le chiffre de mille deux cents milliards d'euros de dette. Je prononce ces chiffres lentement, parce qu'aucun d'entre nous ne peut imaginer ce que représente le poids de mille deux cents milliards d'euros de dette. On peut s'en faire une idée, en disant que cela veut dire que, pour chaque famille française, il y a à peu près cent mille euros de dette, ce qui veut dire que nous allons tous, je dis bien tous, devoir rembourser le prix d'un appartement ou d'une petite maison qui sera prise sur le travail de chacun d'entre nous.

Ce poids est insupportable, notamment à l'endroit des jeunes qui sont là, qui vont entrer dans le travail et qui vont devoir trimer pendant vingt ans pour avoir, chaque année, des prélèvements pour rembourser la dette que les générations irresponsables qui les ont précédés leur auront laissée.

Ceci, pour nous, n'est pas acceptable. Ceci, pour nous, est purement et simplement une attitude de lâcheté et de laxisme.

Alors, il y a deux décisions à prendre : la première, c'est refuser d'additionner des promesses électorales par milliards et par milliards qui vont nous empêcher de retrouver l'équilibre des finances publiques. Je m'honore que nous ayons fait un projet, un programme et une campagne électorale intégralement financés sans mentir aux Français sur des promesses et des chèques en blanc dont nous n'avons pas le premier euro pour assumer la charge.

La deuxième décision à prendre, c'est que nous revenions -nous avons dit en trois ans- à l'équilibre des finances publiques qui fasse que la dette de notre pays n'augmente plus.

Hier, est tombé une nouvelle qui devrait être, pour nous, très encourageante. Vous savez que nous plaidons, jour après jour, pour que la France sorte de la culture d'affrontement dans laquelle elle est. Probablement, il y a quelques années, cela serait apparu comme une utopie, mais, de l'autre côté du Rhin, le plus grand pays d'Europe, l'Allemagne a décidé d'obliger ses deux partis principaux, perpétuellement opposés depuis des décennies, à se mettre autour de la table, à travailler ensemble et à former un gouvernement d'union.

Ce gouvernement s'est installé il y a dix-huit mois. En dix-huit mois, les résultats sont époustouflants. Ils sont partis avec une hypothèse de croissance qui était d'à peine 1,5 % par an. Hier, ils ont pu annoncer que, désormais, l'Allemagne suivait un rythme de croissance de 3 % par an.

Ils sont partis avec l'idée de réduire le déficit du pays jusqu'à à peu près 2 % de la richesse nationale. Hier, ils ont annoncé que, non seulement ils avaient atteint 2 %, mais qu'ils sont passés tellement au-dessous que, désormais, ils sont à à peine plus de 1 %, c'est-à-dire que, désormais, la dette de l'Allemagne a cessé de croître, la dette de l'Allemagne décroît, elle baisse... En dix-huit mois.

Cela prouve que, quand on rassemble les forces d'un pays et que l'on prend les décisions qui s'imposent, alors, les résultats suivent. Les Allemands ont adhéré à la démarche proposée par le gouvernement d'Angela Merkel, parce qu'ils ont bien vu que leurs responsables de tous bords avaient décidé, désormais, de se mettre, au moins pour un moment, au service de l'intérêt général du pays et non plus au service des intérêts partisans.

Je considère cela comme un exemple pour la France et, élu Président de la République, c'est ce que je ferai en particulier pour que décroisse la dette de notre pays et que s'équilibre le déficit dont nous souffrons depuis trop longtemps.

Le chômage, la dette, l'exclusion, je pense au million et demi de personnes qui sont aux minima sociaux. Je pense à ce million et demi de personnes qui sont sans solution, très souvent, sans espoir et je pense qu'il faut avoir, à l'égard de ce million et demi de personnes, des attitudes et des choix politiques qui leur permettent de retrouver l'espoir.

Nous étions, tout à l'heure, au jardin de Cocagne. C'est une association d'insertion qui fait un travail absolument remarquable à l'égard de ces femmes et de ces hommes que l'on ramène, que l'on raccompagne peu à peu jusqu'au travail, jusqu'à la dignité de personnes qui, dans la société, ont trouvé leur place.

Je suis pour que l'on considère, en effet, que la chance que l'on doit offrir, à des personnes qui sont dans l'exclusion, qui sont au RMI, ce n'est pas seulement le chèque très faible qu'elles reçoivent à la fin du mois. Il faut aller plus loin que cela. Il faut leur donner la chance de retrouver, dans la société, une utilité, une activité, la certitude qu'elles sont comme les autres et qu'elles suivent le même chemin.

Cela veut dire qu'il y a des décisions à prendre. Quand on étudie les raisons pour lesquelles il y a tant et tant de Français, de femmes et d'hommes au RMI, on découvre une chose, c'est que, parfois, ils sont au RMI, parce que, s'ils acceptaient un travail, ils n'y gagneraient pas, ils y perdraient.

Il y a là quelque chose qui est insupportable pour la nation, insupportable pour un grand nombre de Français. C'est la raison pour laquelle il faut faire très attention aux décisions que l'on prend.

Pour ma part, je n'ai pas approuvé la décision de la région Île-de-France qui consistait à donner, à toutes les personnes qui sont au RMI et à toute leur famille, une carte de circulation gratuite, parce que, quand vous ajoutez la CMU, les avantages pour le logement, les cantines gratuites, la dispense de la redevance de télévision, plus la dispense d'un certain nombre de contributions fiscales, à ce moment-là, vous vous apercevez que ces femmes et ces hommes, s'ils acceptent un emploi, au bout de quelques mois, ils vont perdre tous ces avantages et on les oblige donc à rester au RMI.

Voilà pourquoi l'orientation que nous avons prise et que nous défendrons devant les Français, c'est que, toute personne qui passe de l'assistance au travail, nous garantissons qu'elle y gagnera et qu'elle y gagnera suffisamment nettement pour que le travail soit pour elle un plus et pas un moins.

Voilà une société qui sera une société qui intégrera et pas une société qui, en réalité, laisse les gens sur le bord de la route.

De la même manière, nous allons mettre en place un vaste plan de lutte contre l'exclusion. Ce vaste plan repose sur une idée simple : ce que l'on doit à une personne qui a besoin de la solidarité nationale, ce n'est pas seulement un revenu minimum tous les mois, c'est aussi une activité minimum pour qu'elle soit, aux yeux de tous ceux qui l'entourent, une personne en situation de responsabilité, en situation de dignité, en situation d'utilité.

C'est pourquoi, toutes les personnes qui relèveront de ces revenus minimums ou des revenus d'assistance, je demanderai à toutes les collectivités locales et à toutes les associations de mobiliser leurs forces pour leur proposer une activité qui sera une activité indemnisée. Cela leur permettra d'arrondir leurs fins de mois et de retrouver le chemin du travail, le chemin de l'utilité sociale dont on a besoin pour réapprendre à tenir sa place dans la société.

L'exclusion, la lutte contre l'exclusion, nous avons besoin d'une politique forte de multiplication de l'emploi dans la société française, parce que, à la vérité, si nous n'avons pas d'emplois à offrir, il n'y a pas de politique sociale ou, plus exactement, les politiques sociales sont des pansements, sont des remèdes passagers.

La seule politique sociale sérieuse, durable, de long terme, c'est l'emploi.

Je suis persuadé qu'il existe des centaines de milliers d'emplois disponibles dans la société française. C'est pourquoi, si je suis élu Président de la République, je donnerai, à toutes les entreprises françaises sans exception, quelle que soit leur taille, quel que soit leur secteur d'activité, dans l'artisanat, dans le commerce, dans l'agriculture, dans l'industrie, la possibilité de créer deux emplois sans avoir à payer de charges pendant cinq ans, sauf 10 % pour la retraite de manière que se lève le gisement d'emplois qui fait tant défaut à la France aujourd'hui.

Et, ce sont des emplois qui, en particulier, s'adresseront à eux, les jeunes et notamment les jeunes diplômés qui n'arrivent pas à trouver une insertion professionnelle. Ils n'arrivent pas à trouver l'insertion professionnelle, parce que leur salaire chargé représente une charge lourde pour les entreprises qui pourraient les embaucher. Mais cela s'adresse aussi à une autre catégorie de la population que je considère comme encore davantage à hauts risques, si l'on peut dire, que les jeunes diplômés n'arrivant pas à trouver un contrat de travail. Ce sont les femmes et les hommes âgés de plus de cinquante ans et que l'on écarte, lentement, sans rien dire, et qui se retrouvent sur le bord de la route sans avoir la moindre possibilité d'assumer les charges qui sont les leurs et d'engager les qualités qui sont les leurs dans la force de l'âge.

La vérité, on leur fait croire qu'on ne les embauche pas parce qu'ils sont trop vieux. Ce n'est pas la vérité. La vérité, c'est qu'on ne les embauche pas, parce qu'ils sont trop chers, parce que, ayant eu une carrière, arrivés au niveau où cette carrière doit évidemment leur apporter les satisfactions ou les progressions nécessaires, à ce moment-là, l'entreprise considère qu'elle a un grand intérêt à embaucher des jeunes qui sont moins chers et, d'une certaine manière, qui peuvent remplir même imparfaitement une tâche du même ordre.

Je veux que cette possibilité de créer des emplois sans charges soit en particulier dirigée vers les jeunes et les plus de cinquante ans. Cela rendra une chance à tous ceux qui n'en ont pas eu depuis longtemps et qui se désespèrent de n'en pas avoir.

Je regarde, comme la priorité nationale, l'éducation des jeunes. Voyez-vous, un pays comme le nôtre, plongé dans la grande compétition de la mondialisation, avec des concurrents redoutables, ce pays-là n'a de chances de relever les défis qui se posent à lui que s'il a le courage et la force de fixer un objectif ambitieux, mais, nécessaire, cet objectif est celui-ci : nous devons nous assigner, comme but à atteindre, d'avoir, en France, les jeunes les mieux formés de la planète.

Nous avons, dans notre pays, des capacités ... Nous pouvons le faire, parce que nous avons un système éducatif, une éducation nationale héritière d'une grande tradition. Nous avons été regardés, pendant longtemps, comme le pays du monde où l'éducation des enfants, l'éducation des jeunes et l'université étaient un modèle et tous les pays du monde ont regardé la France comme le pays qui avait réussi à bâtir l'éducation nationale la plus performante.

Aujourd'hui, cette éducation nationale rencontre beaucoup d'échecs, non pas pour ceux des élèves qui marchent le mieux, ceux-là réussissent très bien, ceux-là trouvent une formation de très haut niveau. Il suffit de voir, par exemple, le nombre de chercheurs français qui sont embauchés dans les laboratoires étrangers. Entre nous, c'est un crève-coeur. Nous les avons formés à travers l'enseignement primaire, l'enseignement secondaire, l'enseignement supérieur, l'université. Nous les avons conduits jusqu'au doctorat. Nous avons beaucoup investi sur eux et ce sont les laboratoires américains qui vont vendanger les fruits de cet investissement ou les laboratoires britanniques ou suisses.

Je considère de la plus haute importance que nous ayons une politique, non pas pour délocaliser nos chercheurs, mais pour relocaliser nos chercheurs sur le territoire national et c'est pourquoi j'augmenterai, de manière régulière, les budgets de la recherche et c'est pourquoi aussi je prendrai une disposition qui incitera puissamment les chercheurs, notamment les plus performants d'entre eux, à revenir après s'être exilés.

Nous allons adopter une disposition qui défiscalisera, qui ne soumettra plus à l'impôt les revenus des brevets des chercheurs qui se réinstalleront ou s'installeront sur le territoire national.

C'est une idée qui a déjà été appliquée en Europe, mais pas pour les brevets et pour les chercheurs. Elle a été appliquée en Irlande, parce que les Irlandais, un moment donné, ont voulu redorer leur blason, leur image nationale et ils ont décidé que tous les écrivains qui s'installeraient en Irlande ne paieraient plus d'impôts sur le revenu de leurs oeuvres, sur les droits d'auteur et on ne sait pas pourquoi, mais un très grand nombre d'écrivains ont ainsi trouvé des charmes à l'insularité irlandaise. Je m'en réjouis, moi qui ai une partie de mes ancêtres lointains irlandais. Il y a quelque chose qui me fait plaisir. L'Irlande est, en quelques années, devenue un des pays les plus enviés d'Europe.

Ce que les Irlandais ont fait avec la littérature, je propose qu'on le fasse avec les chercheurs, avec les brevets, avec la recherche qui seule, peut nous permettre d'être en avance sur les autres.

Nous devons avoir les jeunes les mieux formés de la planète. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire, d'abord, qu'il faut soutenir l'Éducation nationale. Lorsque j'étais ministre de l'Éducation, il y a maintenant dix ans, j'avais observé que la plupart de ceux qui étudiaient... Les résultats des élèves concluaient que, au fond, il y avait une règle simple, que cette règle simple c'était que réussissaient le plus souvent les élèves issus de familles favorisées, en tout cas culturellement favorisées, et qu'échouaient les élèves issus de familles défavorisées.

C'était, pour moi, quelque chose de troublant et, cependant, une question me trottait dans la tête qui était celle-ci : comment se fait-il que cette règle connaisse des exceptions et qu'il y ait des familles favorisées dont les enfants échouent et des familles défavorisées dont les enfants réussissent admirablement ?

Alors, j'ai confié à des sociologues intelligents... Pourquoi vous riez ? ! Vous vous trouvez malins ! Tous les sociologues sont intelligents par nature. Je vous prie de le noter. Il y a un sociologue qui applaudit là-bas ! Je félicite le sociologue applaudissant.

Donc, ces sociologues ont fait une étude et ils sont arrivés à une conclusion que j'ai trouvée très éclairante. Ils m'ont dit : "Au fond, réussissent les élèves dans les familles desquelles l'école est soutenue, l'école est honorée, l'école reçoit l'appui de la famille et échouent les élèves dans les familles desquelles l'école est critiquée, l'école est méprisée, l'école est constamment mise en cause."

Je trouve que cette vision de l'école, des rapports entre l'école et les familles est aussi valable pour une nation. Les nations où l'école réussit sont celles où l'Éducation nationale est puissamment soutenue par l'ensemble des responsables publics. Je serais un soutien de l'Éducation nationale. Non seulement, je serai un soutien de l'Éducation nationale, mais je serai aussi quelqu'un qui garantira les moyens, l'investissement dans notre système éducatif.

Je sais très bien -je vous l'ai expliqué tout à l'heure- dans quel contexte de déficit et de dette nous allons vivre. Je sais très bien que tout le monde devra faire des efforts, mais, pour moi, s'il y a un secteur qui doit être aidé, c'est le secteur où nous investissons pour l'avenir de nos enfants et, en échange de ce soutien moral et de ce soutien en moyens, il faut que nous fixions avec l'Éducation nationale des objectifs ambitieux à atteindre.

Je propose que le premier de ces objectifs soit celui-ci : je propose que nous décidions qu'il n'y aura plus d'enfants qui entrent en sixième sans avoir auparavant appris à lire et à écrire. Je sais très bien que c'est difficile. Je sais très bien que ce n'est pas évident et, s'il y a des enseignants, notamment des enseignants de l'école primaire, réunis ici -je vois une dame qui agite une banderole où il est marqué : "Les profs sont avec toi !" Je la salue- bien sûr, c'est difficile pour au moins deux grands ordres de raison.

Le premier ordre de raison, c'est que, autrefois, dans toute la société, le livre était roi. Quand on voulait s'évader, on prenait un livre. C'était l'écrit qui était le lieu du rêve, de l'imagination, de la découverte. Aujourd'hui, ce n'est plus l'écrit, c'est l'image. Dans les familles, la télévision reste allumée plusieurs heures par jour et, si les enfants ne sont pas devant l'écran de la télévision, ils sont généralement devant les jeux vidéo.

Donc, l'image a pris le pas sur l'écrit. Il est très important, cependant, que nous comprenions que, sans écrit, il n'y a pas de réalisations possibles dans la société surtout au temps d'Internet.

Donc, c'est le premier ordre de raison et, le deuxième, nous le connaissons bien, c'est que la société est devenue telle aujourd'hui, avec un très grand nombre de fractures, fracture sociale, fracture dans les familles, que, les enfants qui n'arrivent pas à suivre à l'école, ce n'est pas souvent pour des raisons pédagogiques. C'est souvent pour des raisons psychologiques. C'est qu'ils ont intérieurement des blessures et des difficultés. Raison de plus, pour ces enfants-là, de repérer leurs difficultés très tôt et de leur offrir très tôt la possibilité d'avoir un suivi psychologique qui leur permettra de retrouver des repères et de se reconstruire. Plus on les suivra tôt, plus on aura de chances de leur apporter des réponses.

Cela veut dire que c'est une grande politique qu'il faut mettre en place, celle qui dit : nous allons désormais apprendre à lire et à écrire à tous nos enfants.

Deuxième grande politique, deuxième grand engagement pour l'éducation : nous avons besoin de faire que le calme et la sécurité soient garantis dans tous les établissements, spécialement dans les établissements des quartiers difficiles. C'est un crève-coeur, pour moi, quand je remarque que des parents, pourtant des parents en difficulté, pourtant des parents qui auraient besoin, ne rencontrent plus dans les collèges, par exemple, des quartiers en difficulté, la sécurité qu'ils exigent pour leurs enfants.

C'est un crève-coeur, pour moi, quand je vois, par exemple, qu'ils décident de plus en plus souvent de sortir, malgré les sacrifices que cela leur impose, leurs enfants des établissements de l'Éducation nationale pour aller les inscrire dans des établissements privés dans des quartiers plus éloignés des quartiers ou des lieux où ils habitent.

Ceci n'est pas à la hauteur de ce que l'Éducation nationale française devrait être. Je dis que nous devons nous fixer, comme une exigence sans exception, d'avoir le calme et la sécurité, la discipline dans tous les établissements scolaires, quel que soit le quartier où ces établissements scolaires sont situés.

Cela demandera que nous ayons une réponse réelle à ces dix, quinze enfants par établissement qui sont souvent à la base de la déstabilisation d'une cour de récréation ou d'une classe, simplement parce qu'ils sont eux-mêmes déstabilisés. Aujourd'hui, comme vous le savez, on les fait voyager d'un collège à un autre, du collège A au collège B, du collège B au collège C et retour au collège A, jusqu'au moment où ils atteignent l'âge où l'on peut leur demander de sortir du système scolaire et, à ce moment-là, ils entrent dans une aventure qui est une aventure qui n'a pas souvent de réussite au bout du chemin, qui est une aventure de démission, de non-assistance à personne en danger.

Je veux que ces élèves-là trouvent une réponse précise, sous la responsabilité de l'Éducation nationale, avec des enseignants bien sûr, mais avec des éducateurs, avec des psychologues qui leur permettront de retrouver les repères sans lesquels il n'y a aucune chance qu'ils se retrouvent un jour dans la vie.

Je veux que nous ayons des réponses adaptées à ces élèves-là et je veux, de la même manière, que nous ayons ou que nous nous fixions comme règle de pouvoir offrir des parcours d'excellence, dans tous les établissements, dans les collèges du monde rural, dans les collèges de banlieue, exactement autant que dans les collèges les plus huppés du centre-ville.

Je veux que l'Éducation nationale soit une entreprise d'égalité des chances, d'égalité des chances réelles, parce que, s'il y a de la réussite dans les quartiers, à ce moment-là, on verra, dans tous les quartiers de France, que la chance existe réellement, la première chance et, un jour, la deuxième chance, la chance existe réellement qui permettra à chaque famille de retrouver l'espoir que ses enfants, d'où qu'ils partent, ont une chance de s'élever dans la société.

Cette question de l'ascenseur social sur laquelle je reviendrai dans une seconde est, pour moi, une des questions fondamentales de ce qui se passe aujourd'hui en France, des inquiétudes auxquelles il faut apporter des réponses et des espoirs qu'il faut retrouver.

Je veux dire un mot de l'avenir de l'université française. Comme vous le savez, l'université française a besoin que nous acceptions de faire face à des investissements nouveaux financiers, parce que l'université française est la plus pauvre de toutes les universités européennes et ceci n'est pas digne d'un pays comme le nôtre.

Il faut des moyens financiers et il faut quelque chose d'autre qui permettra de répondre aux taux d'échecs qui sont trop lourds dans les premiers cycles universitaires et aux taux d'échecs qui sont trop lourds une fois que le diplôme a été acquis.

Ceci est un souci pour des millions de familles qui vivaient avec l'idée, au fond l'idée la plus simple, du pacte républicain français que nous avons connu chacun d'entre nous dans nos maisons, nos villages, nos quartiers.

Cette idée est celle-ci : Article 1 du pacte républicain : si les enfants travaillent bien à l'école, ils auront une situation meilleure que celle des parents. C'est comme cela que l'on a fait la France, avec cette assurance qu'il existait toujours un chemin pour la réussite et que ce chemin passait par l'école.

Une des lames de fond, qui déstabilise si profondément la société française aujourd'hui, c'est que, dans des millions de familles, les enfants ont travaillé. Ils ont obtenu des diplômes, des bac+3, des bac+4, des bac+5, des bac+6 et ils n'ont pas trouvé la situation qui allait avec ce niveau de qualification et, quelquefois, ils n'ont pas trouvé d'emploi du tout.

Ceci est une déstabilisation profonde pour la France, pour le moral de la France. C'est pourquoi je veux que nous décidions ensemble que l'université française, non seulement va devoir s'occuper d'enseignement, non seulement va devoir s'occuper de recherche, mais aussi va maintenant devoir s'occuper de formation et d'insertion professionnelle.

Je veux que, dans l'esprit de tous les jeunes de toutes les familles, il y ait cette préoccupation nouvelle : le diplôme ne suffit pas pour trouver un emploi. Il faut le diplôme, il faut la formation générale, mais, en même temps, il faut que chacun réfléchisse à la manière dont il va pouvoir passer du diplôme à l'emploi et cela ne peut se faire qu'en mettant en place, avec les entreprises, un immense effort de formation, un immense effort d'insertion qui s'adressera à tous les étudiants, tous ceux qui sont diplômés et tous ceux qui ne le sont pas encore ou ne le seront que plus tard.

Désormais, nous devrons prendre en charge l'entrée dans le travail autant que la formation qui amène au diplôme.

Vous voyez que ce sont de grands changements que nous devons mettre en place pour que la France retrouve son équilibre, l'équilibre qui, depuis si longtemps, lui fait défaut, d'autant que ces grands changements s'accompagnent en même temps de nouveaux défis qui, ceux-là, ne sont pas des défis intérieurs, mais des défis extérieurs.

Je veux en citer de ces défis au moins deux ou trois. Le premier de ces défis est les désordres écologiques qui sont en train de menacer, non seulement notre pays, mais aussi l'ensemble de la planète. Nous sommes tous -on ne le croirait pas ce soir- menacés par le réchauffement de l'atmosphère.

Je vous remercie de noter qu'il peut y avoir des exceptions à cette menace !

Cependant, les chiffres que donnent les chercheurs, réunis en ce moment même à Paris, sur l'évolution du climat sont très inquiétants et vont menacés ou obligés à changer l'ensemble de notre mode de vie.

J'ai signé le pacte écologique de Nicolas Hulot. Je ne l'ai pas signé pour des raisons électorales. Je l'ai signé, parce que je croyais profondément que c'était, désormais, la vocation de la France que d'affronter, les yeux dans les yeux, cette grande mutation qui est en cours à la surface de la planète et pour l'humanité.

Nous ne pouvons pas ignorer ce qui est en train de se passer et qui dépend des activités humaines. C'est parce que nous avons brûlé en quelques dizaines d'années la totalité ou presque, en tout cas une grande partie, des réserves de carbone fossile, comme l'on dit, charbon, pétrole et gaz, que la planète terre avait accumulés dans ses flancs depuis des centaines de millions d'années... Nous les avons brûlés nous en quelques secondes.

C'est parce que nous avons brûlé tout ce carbone fossile, que nous avons rejeté des gaz dans l'atmosphère qui produisent, vous le savez, l'effet de serre, que, peu à peu, l'atmosphère de la terre se réchauffe à une vitesse jamais observée depuis les centaines de milliers d'années. Nous avons des analyses, notamment dans la calotte glaciaire, de ce qu'a été l'air de notre terre. Nous devons faire face à ces obligations.

C'est pourquoi, en fait, je nommerai un numéro deux du gouvernement qui sera chargé de réfléchir, non pas à l'écologie, mais aux conséquences de chacune des décisions que nous allons prendre sur les générations qui viennent, de réfléchir avant pour éviter d'avoir à regretter après les décisions que nous avons prises.

Mais, mes chers amis, bien sûr, que la France a une responsabilité, mais cette responsabilité elle ne peut pas l'exercer seule. Quand bien même nous réussirions à diviser par 2, par 3, par 4, par 5 ou par 10 l'émission de gaz à effet de serre de la France, quand bien même nous réussirions à les ramener vers 0, il faut tout de même que l'on puisse respirer pour que notre pays réussisse à survivre, mais, même si nous réalisions l'exploit le plus extraordinaire en matière de réduction de gaz à effet de serre, cela ne changerait pas d'un millième de millième la composition de l'air que nous respirons, parce qu'il se trouve, comme vous le savez, que les vents ne s'arrêtent pas aux frontières, comme vous le savez, les masses d'air qui se déplacent à la surface de la terre concernent toute l'humanité.

Cela veut donc dire que nous avons besoin d'une prise de conscience exceptionnelle, d'une prise de conscience nouvelle, d'une prise de conscience sans précédent et cette prise de conscience doit s'adresser, pas seulement à nous, les pays européens, mais de la même manière aux géants de la planète.

Elle doit s'adresser aux États-Unis qui ont refusé de signer le protocole de Kyoto. Elle doit s'adresser à la Chine qui, naturellement, dans son expansion, se trouve aujourd'hui en situation d'émettre beaucoup plus de gaz qu'elle ne le faisait hier. Elle doit s'adresser, et c'est injuste, aux pauvres autant qu'aux riches.

Ceux qui ont pollué, ce sont les riches, mais, en même temps, il faut que nous en discutions avec les pauvres, parce que, si les pauvres se mettaient à polluer autant que les riches, alors, nous nous trouverions dans un risque extrême pour l'ensemble de l'humanité.

Une telle réflexion, un tel rassemblement des nations pour penser à leur avenir, non pas en tant que puissances politiques, mais en tant qu'espèce humaine, embarquées sur ce petit bateau qui s'appelle la terre et qui est en train de suivre sa pérégrination dans l'immense univers. Ce petit bateau-là, il faut qu'il ait, pour le gouverner de manière équilibrée, des puissances capables de parler d'égales à égales, avec les géants de la planète.

Nous ne pouvons pas le faire tout seuls. C'est pourquoi il faut que nous reprenions le chemin que nous avons abandonné. Je veux réconcilier les Français avec l'Europe et je veux réconcilier l'Europe avec les Français.

Ceci concerne le climat, mais cela ne concerne pas que le climat. Cela concerne par exemple les grandes questions de délocalisation. Philippe Vigier me racontait tout à l'heure quelles étaient ses inquiétudes pour un certain nombre d'entreprises d'Eure-et-Loir. Chacun d'entre nous, nous avons à l'esprit le risque que représente le déplacement ou la disparition d'un très grand nombre d'industries, en particulier d'industries de notre pays.

Cela veut dire qu'il faut que nous convainquions l'Europe qu'elle a une responsabilité dans la protection du tissu industriel qui est sur notre sol, qu'elle a une responsabilité dans la défense des usines et dans la défense des emplois.

Cette responsabilité est celle-ci : il faut que l'Europe soit assez forte pour imposer une certaine loyauté dans les échanges et, en particulier, assez forte pour imposer à nos concurrents de respecter les règles que nous nous imposons à nous-mêmes. Il est juste que l'Europe fasse en sorte que nos produits industriels respectent des règles, par exemple, des règles environnementales, mais il faut, à ce moment-là, que l'on soit capable de les faire respecter à ceux qui fabriquent à l'extérieur pour que leurs produits soient importés chez nous.

Je veux que l'Europe ait cette équité-là, cette loyauté-là et cet équilibre-là.

Puis, il y a une responsabilité que nous ne pouvons pas exercer tout seuls. Cette responsabilité touche profondément au problème d'immigration dont on parle souvent pour exciter les passions des Français entre eux.

Voyez-vous, il y a deux responsabilités que nous devons exercer ensemble en matière d'immigration. Nous vivons dans un ensemble, l'ensemble de Schengen où la circulation des personnes est autorisée et où les frontières permettent, maintenant, les déplacements. Donc, chaque fois qu'un événement se produit dans un pays, il peut avoir des conséquences dans un autre.

C'est pourquoi je dis qu'il faut que l'Europe assume ce qu'elle n'assume pas aujourd'hui, c'est-à-dire la lutte contre les trafics, la lutte contre les réseaux qui organisent l'immigration clandestine et la lutte contre les réseaux qui organisent le travail au noir.

Je veux que l'Europe soit une défense du territoire des Européens, qu'elle organise avec les États qui la composent, la régulation et la sécurité qui seules peuvent permettre d'avoir des équilibres de population au lieu d'avoir des déséquilibres de population. C'est la première règle, parce que, si nous n'y réfléchissons pas tous ensemble, à quoi sert-il que les uns aient une politique extrêmement rigoureuse, si les autres ont une politique, par exemple, de régularisation massive ?

Il y a eu des régularisations massives en Espagne, des régularisations massives en Italie. Elles ont été assumées par des gouvernements, d'ailleurs d'inspirations différentes -un gouvernement de gauche en Espagne, un gouvernement de droite en Italie- mais il est évident que l'ensemble de l'Union européenne a eu des conséquences ou a pu observer des conséquences de ses décisions de régularisation.

Mais je veux vous dire que, au-delà de l'action qui vise à faire en sorte que les trafics, les réseaux, le travail au noir soient surveillés -je veux vous dire simplement le fond de ce que je pense- je ne crois pas que nous réussirons à réguler ces questions d'immigration tant que nous aurons, à quelques centaines de kilomètres de chez nous, vingt pays qui sont les vingt pays les plus pauvres de la planète.

Je pense que, depuis que le monde est monde, lorsque quelqu'un ne peut pas survivre dans son pays, il fait tout ce qu'il peut, il s'en va, il prend la route, il prend la mer. Il s'en va en bateau, en radeau. Il va là où il croit qu'existe une possibilité pour lui de vivre et, pour sa famille, de trouver un équilibre et un avenir.

Je crois qu'il n'y a qu'une politique de lutte contre l'immigration qui soit efficace et sérieuse. Cette politique, c'est la politique de développement des pays d'où viennent les immigrés. C'est la politique de lutte contre la misère et notamment la politique de lutte contre la misère de l'Afrique qui est une honte pour l'ensemble de l'humanité.

Nous avons, par des politiques multiples, notamment des politiques irraisonnées, fait en sorte, en déversant nos produits à des prix que l'on nous obligeait à brader sur le continent africain, par exemple, d'arracher des millions de paysans africains à leur terre. Nous les avons jetés dans les bidons-villes où, en quelques années, ils ont perdu tous leurs repères et leur savoir-faire, où ils sont aujourd'hui en situation désespérée.

Je ne crois qu'à une politique, c'est celle qui permettra, après une prise de conscience de la communauté internationale, après une prise de conscience de l'Europe... Je crois aux décisions politiques qui permettront aux paysans africains de nourrir l'Afrique et aux ouvriers africains d'équiper leur continent.

Je crois que, ce que nous avons eu, ce dont nous avons bénéficié après la guerre, nous le continent européen, c'est-à-dire un Plan Marschall et une préférence communautaire, pour que nous soyons, nous, en situation d'assumer l'équilibre du continent auquel nous appartenions, nous avons le devoir de l'offrir à l'Afrique et de persuader la communauté des nations que ceci est une responsabilité.

Et, je dis à ceux qui doutent et à ceux qui protestent : "Si vous ne le faites pas par générosité, faites-le par égoïsme, parce que vous ne réussirez jamais à trouver un équilibre pour votre société, si vous êtes ainsi à proximité des plus pauvres qui n'auront pas d'autres choix que de venir, par tous les moyens disponibles, chercher, chez vous, la vie qu'ils ne trouvent pas chez eux."

Je suis pour que nous ayons, désormais, une politique qui ne commence pas par ce vieux proverbe ou qui ne se contente pas de ce vieux proverbe que vous connaissez. On disait : charité bien ordonnée commence par soi-même. En matière d'immigration, charité bien ordonnée commence par les plus pauvres.

Je suis pour que nous assumions cela dans le cadre européen, lui-même, et c'est la raison pour laquelle, en effet, lorsque le moment viendra de sortir de la crise si profonde qui a été ouverte pour l'Europe par le référendum de la fin mai 2005, nous devrons bien réfléchir aux causes qui ont provoqué le non du peuple français.

Je vais vous dire ce que j'en pense. Le non du peuple français le 29 mai 2005, la cause principale en a été que le texte que l'on a soumis aux citoyens était un texte illisible. Personne, même, parmi les mieux intentionnés, lorsqu'ils ouvraient ce texte, ne pouvait avoir le sentiment d'y comprendre quelque chose tant c'était un texte pour juristes et pas un texte pour citoyens et, comme les Français sont un peuple soupçonneux, ils ont pensé que, si le texte était illisible, c'était parce qu'il y avait un piège. Ils ont pensé que, ce piège, c'était qu'on voulait leur imposer, par ce moyen, un projet de société dont ils ne voulaient pas. Ils ont pensé qu'on voulait leur imposer le projet de société qui ne ressemble pas au modèle républicain français, mais au modèle qu'ils appelaient ultra libéral, c'est-à-dire un modèle entièrement fondé sur les échanges commerciaux et, au fond, la loi de l'argent.

Il est vrai que l'Europe s'est beaucoup intéressée à la concurrence. Je trouve même quelquefois que cette obsession de la concurrence a été trop exclusive en Europe. Il m'est arrivé de trouver souvent qu'il y aurait eu des décisions que l'on aurait pu s'épargner. Je suis obligé de vous dire le fond de ce que je pense. Je trouve que, le 12, cela marchait très bien et je ne comprends pas pourquoi on a multiplié des entreprises de renseignements téléphoniques avec des numéros dont... Hélas, je ne vais pas vous promettre qu'on va remettre le 12. Je suis sûr que cela ne se fera pas, mais, vous voyez, on ne sait pas qui est au bout du fil, on n'arrive pas à mémoriser les numéros et cela a fait disparaître des centaines et des centaines d'emplois qui sont partis à l'étranger hors du territoire national. Est-ce qu'on avait besoin de cela ? Je ne le crois pas.

De la même manière, je dis que je veux défendre la Poste, parce que, la Poste, c'est un service public dont on a besoin dans le monde rural et dans les quartiers et je ne considérerai pas comme indigne du président de la République française de défendre les services publics les plus humbles pour restaurer ou défendre le tissu national et social de notre pays.

Je comprends bien le grand travail qui a été fait pour que les échanges deviennent plus faciles entre nos pays, nos industries aussi, et notre agriculture en a bénéficié, mais je pense qu'il est temps que l'Europe s'occupe d'autre chose.

Je pense qu'il est temps que l'Europe s'occupe un peu moins du secondaire et un peu plus de l'essentiel. Je suis pour que l'Europe s'occupe de défense, s'occupe d'actions diplomatiques, je pense notamment au Proche et au Moyen-Orient. Je suis pour que l'Europe s'occupe d'énergie, pour que l'Europe s'occupe de recherche.

Voilà quatre politiques nouvelles que je proposerai pour l'avenir de l'Union européenne et je suis pour que l'Europe s'occupe, sur des bases nouvelles, de l'avenir de sa politique agricole, parce que je crois que la politique agricole a un grand avenir. Je vois l'inquiétude de l'agriculture et de la viticulture. Je vois ce qui traverse l'esprit des paysans et des viticulteurs. Ils ont le sentiment que leur statut, dans la société, a changé, qu'eux qui étaient les amis de la terre sont aujourd'hui considérés trop souvent comme des pollueurs, ce qu'ils ne sont pas, parce qu'il faut dire qu'il y a eu de très grands efforts en matière d'agriculture raisonnée. Il faut les continuer ces efforts, mais il n'est pas juste de faire porter des accusations de cet ordre, de même que les viticulteurs ont des raisons légitimes d'être inquiets.

Je vais vous dire ce que je pense sur le long terme. On a obligé les agriculteurs à effondrer, j'allais dire, je crois que c'est le mot exact, le prix des produits agricoles. Le choix a été fait en 1992 que nous aurions des prix agricoles à des pris plus bas que les prix de revient, ce qui a obligé tous les agriculteurs à ne vivre que des compensations. On dit les aides, ce ne sont pas des aides. Ce sont des compensations que l'on a trouvées pour que les prix des produits agricoles soient plus bas en Europe qu'ils auraient dû l'être.

Je pense que, sur le long terme, l'intérêt de nos pays exige, pour conserver une agriculture vivante, qu'un jour les agriculteurs puissent vivre, non pas des compensations dont ils dépendent à leur corps défendant, mais du véritable prix qui seront les prix de revient des produits qu'ils fabriqueront.

Cela permettra, en particulier, de ne pas effondrer l'agriculture africaine. Cela permettra aux agriculteurs de retrouver l'équilibre de leur exploitation. Nous avons un grand atout dans cette affaire et ce sera mon dernier mot sur ce sujet, c'est que, désormais, on a compris que, l'agriculture, c'était fait pour produire des produits alimentaires. On va en avoir besoin. Un jour, il y aura neuf milliards de personnes sur la planète, mais, en attendant, l'agriculture peut être un formidable relais pour un certain nombre de ressources rares, notamment en matière de biocarburants et en matière de matières premières végétales.

Cela ouvre un grand espoir à notre agriculture. Je voulais le dire devant vous. J'ai la certitude que l'agriculture, et notamment l'agriculture française, a désormais un avenir et pas seulement un passé derrière elle. J'ai la certitude que nous devons défendre l'installation des jeunes agriculteurs et un réseau d'exploitations suffisamment dense pour que le monde rural demeure aussi un monde agricole et non pas seulement des grandes exploitations industrielles, chez qui on ne reconnaîtrait pas la culture rurale de notre pays.

Je voulais, devant vous, défendre cette vision. Je voulais vous dire ceci, avec certitude : après avoir examiné les différents chapitres qui sont les chapitres de l'inquiétude nationale, après avoir examiné les différents défis devant lesquels notre pays se trouve, après avoir regardé ce qui allait se jouer en France à propos, par exemple, de l'avenir de l'Union européenne et du co-développement avec l'Afrique, je voulais vous faire mesurer que cette élection présidentielle va naturellement entraîner une part très importante du destin de notre pays. Elle va naturellement offrir, notamment aux jeunes Français, la possibilité de dire ce qu'ils veulent de leur avenir.

Je voulais vous dire ma conviction que cette élection présidentielle place les Français devant un très grand choix. Aucun des chapitres que je viens d'énumérer devant vous, dont je viens de tourner les pages devant vous, nous ne pouvons les résoudre en continuant la guerre stérile qui oppose, en France, un camp à un autre camp, la droite à la gauche, l'UMP et le PS depuis vingt-cinq ans.

Vous avez entendu, depuis des jours, les noms d'oiseaux qui s'échangent entre la candidate des uns et le candidat des autres. Le plus aimable de ces mots, c'est : ignoble. Le plus gentil, c'est : menteur. L'accusation la plus bénigne, c'est : complice des voleurs, complice des escrocs, complice des trafiquants. Évidemment, tout cela ne ressemble pas à ce que l'élection présidentielle devrait être. Cette caricature ne ressemble pas à notre pays.

Je veux vous dire que, moi, j'ai la certitude que, au lieu de passer son temps à se diviser et à expliquer que l'autre camp a tout faux, quand vous, vous avez tout vrai, au lieu de passer son temps à expliquer que les autres sont des esprits mensongers, que les autres ne comprennent rien à la situation, le jour va venir où il va falloir cesser de se déchirer pour travailler ensemble tous ensemble pour redresser le pays.

Je vous remercie d'être venus, ce soir, à Blois pour prendre votre part de ce combat et pour m'apporter votre soutien pour que ce combat prépare la victoire dont la France a besoin.

Je vous remercie.