Discours politique
Nicolas Sarkozy, Conférence sur les changements climatiques (24/09/2007)
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi pour commencer de remercier le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki Moon. En prenant l'initiative d'organiser ce Sommet, il nous rappelle que le défi climatique est par essence collectif et universel, un défi que nous, les Nations Unies, avons décidé de placer en tête de nos priorités. Il n'y a en effet pas d'alternative à une action commune. La division mènerait à l'échec. Nous avons chacun un rôle à jouer, même si notre responsabilité est différenciée.
Notre réunion d'aujourd'hui est un signal politique majeur. L'opinion publique mondiale nous regarde et compte sur notre action. Nous devons tous ensemble donner une impulsion décisive à la définition d'un cadre multilatéral de lutte contre le réchauffement climatique.
Je veux pour ma part dire avec la plus grande détermination que ce défi climatique est et sera une priorité de mon action.
Soyons clairs : les pays industrialisés ont une responsabilité particulière à exercer ; dans l'esprit de la Convention Climat des Nations-Unies, la France prendra toute sa part de l'effort.
Mon engagement est total, tant pour mettre en oeuvre les ruptures nécessaires en France, où j'ai voulu un grand débat national sur l'environnement cet automne pour éclairer les futures décisions publiques, que pour faire de la question climatique un axe majeur de l'action extérieure de mon pays. J'ai ainsi, dès mon premier déplacement en Afrique sub-saharienne, voulu me rendre dans la forêt du bassin du Congo, au Gabon, pour marquer clairement mon engagement dans la lutte contre la déforestation. J'ai aussi décidé que le climat serait un dossier prioritaire de la présidence française de l'Union européenne en 2008.
Je veux ici rappeler, en tant que chef d'État d'un pays membre de l'Union européenne, combien cette question est d'ores et déjà au coeur de la politique européenne. L'Union européenne a clairement affirmé sa volonté d'assumer ses responsabilités.
Nous n'avons pas le choix. Les constats économiques et scientifiques sur le réchauffement climatique sont sans appel. L'inaction, ce serait accepter un point de non retour, franchi dès lors que le réchauffement moyen de la planète aurait augmenté de deux degrés Celsius par rapport à l'ère préindustrielle. Ce pourrait être le cas dès la fin de ce siècle. L'inaction, ce serait se résoudre à une brutale diminution du PIB mondial, de l'ordre de 5 à 20 % par an, si nous attendions que des dégâts irréparables aient été commis ; ce serait aussi accepter que des millions de personnes soient demain des réfugiés climatiques.
Le défi climatique n'est pas hors de portée. Mais nous devons être prêts à faire preuve de volontarisme. Fixons ensemble des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour donner un signal clair de cette volonté d'agir, quelles que soient nos approches sur la façon d'y parvenir. Une réduction de 50% de ces émissions d'ici 2050 est essentielle pour repousser la menace d'atteindre le point de non retour.
L'Union européenne s'est fixé des objectifs ambitieux mais crédibles. Nous avons décidé de réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 20 % d'ici 2020, et même de 30% si les autres pays industrialisés en font autant. Nous avons décidé dans le même temps d'améliorer de 20% notre efficacité énergétique. Nous développerons les énergies renouvelables et les énergies peu carbonées.
La France souscrit à cette ambition réaliste. Elle a pour sa part inscrit dans sa loi l'obligation de réduire ses émissions de 75% d'ici à 2050. Il faut que tous les pays développés et les grands pays émetteurs s'engagent sur cet objectif d'au moins 50 % de réduction des émissions d'ici 2050. C'est une exigence collective. Le destin de chacun est lié à celui de tous. C'est une exigence de solidarité. Les plus pauvres seraient les premières victimes de notre égoïsme.
Naturellement, le défi climatique appelle des réponses globales. C'est d'ailleurs bien pour cela que les Nations Unies offrent le seul cadre efficace et légitime pour apporter cette réponse. Car l'enjeu est de trouver tous ensemble un accord pour la période post-2012 qui aura pour ambition à la fois de favoriser la croissance mondiale, d'organiser les réponses technologiques et de permettre aux plus pauvres de s'adapter aux changements climatiques.
Depuis Rio en 1992, la question climatique a radicalement changé. Les hypothèses d'hier sur les changements climatiques sont aujourd'hui des certitudes. Cela montre que nous avons eu raison de nous engager sur la voie de la Convention de Rio. La mesure des besoins financiers est établie. Il faut maintenant s'accorder sur nos ambitions.
Notre première ambition, c'est de trouver la voie d'une croissance " propre ". Sans croissance, nous n'arriverions de toute façon pas à faire face au défi qui est devant nous. Tous les pays ont intérêt à réduire leur consommation d'énergie par point de croissance. L'accroissement de l'efficacité énergétique réconciliera croissance et lutte contre le réchauffement de la planète. Il faut tout à la fois agir sur les comportements et la technologie. Il n'y a pas de réponse simple.
Les technologies pour une croissance plus " propre " existent. Les constructions à énergie positive, les véhicules hybrides ou électriques, la capture et la séquestration de carbone, les nouveaux carburants et naturellement toutes les énergies dites " peu carbonées ", y compris le nucléaire. Je rappelle un chiffre : grâce au nucléaire, la France a un taux d'émission de gaz à effet de serre par point de PIB inférieur de 35% à la moyenne des pays de l'OCDE, et l'intensité énergétique s'est encore améliorée depuis 1990.
Il faut diffuser les technologies sans décourager l'innovation. Nous pouvons y parvenir par des programmes de coopération technologique et par le développement des instruments de marché, comme le mécanisme de développement propre. Nous y parviendrons d'autant mieux que nous saurons développer une approche sectorielle souple, dont les modalités différeront selon les pays.
Deuxième ambition, la protection de la forêt. La déforestation et la dégradation de la forêt contribuent à 20 % des émissions de gaz à effet de serre. La planète a besoin de conserver ses forêts en bon état. Les pays qui y contribuent devraient être rémunérés. C'est un service qu'ils rendent à tous. Les mécanismes de financement devraient également être élargis. Il faut réfléchir à la prise en compte des forêts dans les mécanismes de développement propre.
Troisième ambition, l'adaptation des populations et des pays les plus vulnérables aux changements climatiques. La désertification, les événements extrêmes, la montée des eaux sont des enjeux de sécurité, voire de survie. Les pays développés ont un impératif de solidarité. Cette réalité légitime, plus encore, l'exigence d'un accord global sous l'égide des Nations Unies.
Je considère que le financement n'est pas hors de portée. L'investissement peut être jugé sans précédent : 1 % du PIB mondial d'après un rapport qui fait autorité, celui de M. Stern. Le coût d'un non-investissement serait sans commune mesure : 5 à 20 % du PIB mondial. La question n'est pas notre capacité à financer ces investissements mais " comment " les financer.
Le carbone doit avoir un prix, que ce soit par le marché ou par la fiscalité. C'est un débat que nous avons en France. L'Union européenne a été la première à mettre en pratique un marché du carbone et je constate que nombre de régions, d'Etats ou de secteurs économiques suivent aujourd'hui cet exemple.
Je suis convaincu du développement de ce marché et je soutiendrai tous les projets qui iront dans cette voie. Mais il faut des approches par secteur et non plus par pays. Il faut une mise aux enchères d'une partie des crédits d'émission. Il faut une forte extension des mécanismes de développement propre qui permettent aux entreprises " polluantes " d'investir dans le développement écologique des pays émergents et en développement. Ayons l'audace de permettre à tous d'intégrer volontairement le marché du carbone avec des objectifs souples d'émission de carbone.
[Je suis prêt à gager cette confiance par l'achat de crédits de carbone " post 2012 "].
Le marché du carbone est un formidable espoir. Il permettra à terme d'apporter des financements innovants et plus abondants.
Naturellement, le marché ne peut être la seule réponse. Les financements publics sont incontournables. Le financement de l'adaptation est prioritaire pour l'Afrique et les pays les plus exposés aux effets du réchauffement. La France consacre plus de 430 millions d'euros de l'aide publique au développement à des projets qui contribuent à la lutte contre les changements climatiques. Elle entend s'assurer qu'à l'avenir, tous les projets qu'elle financera dans les pays en développement seront conformes aux plans nationaux de lutte contre le changement climatique et seront évalués selon leur impact et leur viabilité. Il ne s'agit en aucun cas d'une nouvelle conditionnalité mais bien au contraire d'ajouter au partenariat avec les pays en développement une nouvelle dimension. L'aide à adaptation est une exigence. J'appelle tous les pays industrialisés à s'engager.
Je voudrais aussi appeler à la coordination des fonds, souvent modestes, gérés par les institutions financières internationales. Les actions de terrain doivent être articulées de la manière la plus efficace possible. C'est aussi un débat pour les Nations Unies.
Au-delà de la question du financement que nous déciderons se pose celle de l'avenir que nous choisirons. Aucun pays ne peut raisonnablement concevoir son développement en ignorant l'enjeu énergétique et climatique. C'est une question de clairvoyance. Et personne ne peut imaginer laisser à ses enfants un monde invivable et condamné.