Discours politique

Nicolas Sarkozy, Discours au centre de formation et d'apprentissage (06/03/2008)

Mesdames et Messieurs,

J'ai voulu en venant au CFA mettre en valeur le travail de vos enseignants et la filière que vous avez choisie pour assurer votre avenir professionnel. Les CFA et l'apprentissage doivent être mieux considérés dans notre pays. On a à peu près 420 000 apprentis à l'heure où je vous parle en France, et ceux qui ont fait le choix de cette filière de l'apprentissage ont une garantie à 100 % d'avoir un emploi.

Il faut que les Français comprennent qu'il y a deux façons de réussir, et une façon d'échouer. Les deux façons de réussir, c'est soit la filière professionnelle, soit la filière générale ; il n'y en a pas une qui est mieux que l'autre. La façon d'échouer, c'est celle qui consiste à ne pas avoir une formation dans les mains et qui fait que l'on n'aura pas un métier.

Je veux revaloriser fortement l'apprentissage. Comment va-t-on y arriver ? C'est tout le travail qu'avec Christine LAGARDE, nous allons engager dès cette année.

La première question, c'est d'abord une question d'image. Les familles doivent comprendre que choisir la voie de l'apprentissage, c'est choisir la voie de l'excellence. Il vaut mieux être un apprenti qui réussit et qui trouve un emploi qu'être un étudiant dans une filière " intellectuelle " où à l'arrivée il y a du chômage parce que le chômage, c'est moins valorisant que l'emploi et partant, c'est ce choix-là que chacun doit comprendre. L'apprentissage, c'est la certitude d'avoir une formation, un métier, un emploi donc une famille, et donc une intégration.

Deuxièmement, on va essayer de hausser le niveau de l'apprentissage. Il faut que l'on forme de plus en plus de niveau 3 pour que les gens comprennent que, quand on prend la filière professionnelle, on peut arriver aussi haut que quand on prend la filière généraliste. Qu'est-ce qui est insupportable ? Ce qui serait insupportable, c'est pour des parents, pour des familles, pour vous les jeunes de se dire à seize ans : " Je choisis une filière où, même si je travaille bien, je ne pourrai pas aller jusqu'en haut. " Aujourd'hui avec la filière professionnelle, on peut devenir ingénieur. Tout le monde n'est pas fait pour avoir une formation théorique. Ce qui est important, c'est de devenir ingénieur pour ceux qui veulent cela. Qu'on le choisisse par la filière généraliste ou par filière professionnelle, chacun fait selon ses qualités propres. J'ajoute que 40 % d'entre vous, dix ans après la fin de votre apprentissage, vous serez vos propres patrons, vous aurez créé votre propre boîte. Cela aussi, c'est absolument capital.

Il y a, bien sûr le problème de la taxe d'apprentissage. Nous pensons avec Christine LAGARDE qu'il y a beaucoup de déperdition en ligne parce qu'il y a trop d'organismes collecteurs, parce qu'il y a trop d'intervenants, parce qu'il y a trop de pagaille dans le système de financement de la formation professionnelle. C'est vrai dans les CFA : on forme 30 ou 40 % des apprentis, et on collecte - on me le disait, il y a quelques instants - 3 % de la taxe d'apprentissage. Il faut absolument, chère Christine, que tu t'engages dans la réforme de la collecte de la taxe d'apprentissage pour que cela aille vraiment à ceux qui en ont besoin.

Et enfin, il faut que l'on revalorise les métiers ; on a besoin de bouchers, on a besoin de boulangers, on a besoin d'esthéticiens ou d'esthéticiennes, on a besoin de coiffeurs ou de coiffeuses. Notamment, je félicite l'esthéticien qui a d'abord un tel sourire et un tel plaisir d'apprendre ; c'est fantastique de sa part d'avoir eu le courage de s'engager dans une filière où je suis sûr qu'au début, le regard des autres, ce devait être pour toi un problème ; tu es un homme courageux car tu as choisi quelque chose qui te plaît sans te préoccuper des présupposés des uns et des autres et tu as raison parce que, demain, tu auras un emploi, parce que tu vas réussir et ceux qui se seront moqués, il y en a beaucoup qui seront au chômage, à t'envier parce que tu as un boulot qui te plaît. Personne n'a à juger a priori et c'est tout à fait respectable le choix que tu fais. En tout cas, je voulais vous dire que vous représentez cette France qui travaille, qui veut vivre de son travail. Vous aurez des beaux métiers, que ce soit dans la voiture, dans l'électronique, dans la carrosserie. Vous pourrez faire vivre vos familles, vous n'aurez pas besoin de tendre la main pour demander à quelqu'un de vous aider parce que vous vous serez aidés vous-mêmes.

Et l'on va tout faire, dès cette année, pour réformer la formation professionnelle, pour revoir les conditions de collecte et de distribution de la taxe d'apprentissage, pour vous donner - à des centres comme le vôtre - davantage de moyens pour qu'il y ait davantage de jeunes qui puissent prendre le chemin qui est le vôtre. Et vous avez choisi le bon chemin. Et croyez bien que c'est mieux pour vous d'être ici, heureux d'apprendre quelque chose, que de vous empoisonner dans une filière dite " générale " où vous vous demanderiez tous les matins : " Mais qu'est-ce que je vais faire de ma vie professionnelle ? " Pensez aux autres ; ils disent : " Je suis à la fac, c'est bien. " Ok. " Et qu'est-ce que tu veux faire ? - Je ne sais pas··· " Tandis qu'ici, tous ceux avec qui j'ai parlé, ils m'ont dit : " Voilà ce que je veux faire, cela me plaît, je veux essayer cela. " Et je souhaite d'ailleurs que tout au long de votre vie, on vous donne une autre chance. Que si le boulot change, ou si vous avez envie de changer, vous puissiez financer une nouvelle formation qui vous permette d'apprendre un autre métier et qui vous donne cette culture : ce qui est important, ce n'est pas de perdre son emploi, c'est la peur de ne pas en trouver un autre. Il faut que vous appreniez à changer, à bouger et à vous adapter à une nouvelle vie.

Et j'ai voulu, avec Christine LAGARDE, avec les élus qui sont ici, qui m'accompagnent et que je remercie - n'est-ce pas Alain, n'est-ce pas Michel - j'ai voulu, Madame la Présidente, mettre l'accent sur le métier d'apprenti et sur la formation de l'apprenti pour que vous en soyez fiers parce que c'est vous qui ferez la France de demain. Il faut que vous soyez fiers de la filière que vous avez choisie. Et c'est un exemple pour des tas d'autres jeunes. Vous êtes des jeunes courageux, qui sont bien formés et on va vraiment mobiliser des moyens pour donner davantage de possibilités aux centres de formation des apprentis comme le vôtre. C'est absolument capital. Et cela marche en France : on a eu les chiffres du chômage ce matin. Il n'y a jamais eu si peu de chômeurs depuis vingt-cinq ans.

Rien que pour l'année 2007, l'économie française a créé 300 000 emplois. Rien que pour l'année 2007, nous avons eu 200 000 chômeurs de moins, 10 % de chômage en moins. Et cela est rendu possible si l'on respecte le travail, si on valorise le travail et si on récompense ceux qui choisissent de travailler. Donc, il n'y a aucune fatalité. Je vous souhaite bonne chance, à chacune et à chacun d'entre vous, et j'espère que l'on aura l'occasion, dans vos métiers divers et multiples, de se rencontrer. Merci à vous et je veux remercier tout particulièrement vos enseignants dont j'ai vu un dévouement, une envie de bien faire, une qualité professionnelle exceptionnels. Je crois que vous pouvez les applaudir, ces enseignants.