Discours politique

Nicolas Sarkozy, Communauté française de Beyrouth (07/06/2008)

Monsieur le Premier ministre, cher François,

Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mes chers amis,

Permettez-moi tout d'abord de vous dire combien nous sommes heureux d'être à vos côtés, dans ce Liban que vous aimez tant. Je voudrais vous dire combien je suis reconnaissant à l'ensemble des membres de la délégation que je conduis d'avoir voulu manifester l'amitié de tout le peuple français à l'endroit de tout le peuple libanais. Et je voudrais dire à Jean-Pierre RAFFARIN, à Patrick DEVEDJIAN, à François HOLLANDE, à François BAYROU, je voudrais dire également à Madame Marie-George BUFFET, Madame DUFLOT, représentant les Verts, à Jean-Michel BAYLET, Jean- François COPÉ que c'est toute la France qui vient dire à tout le Liban qu'enfin vous avez le droit de croire en l'avenir.

Je voudrais également remercier notre ambassadeur pour son action intelligente et courageuse et je voudrais, bien sûr, y associer son épouse. Je crois que l'on peut dire au nom de chacun que la famille PARANT fait honneur à la France, qu'elle la sert bien, qu'elle l'a bien servie lorsqu'ils étaient au Sénégal. Pour vous, Madame, c'est sans doute avec une émotion particulière que vous retrouvez le pays de vos origines.

Je voudrais également, au nom de tous ceux qui m'entourent, vous rendre hommage à vous, mes chers compatriotes, pour votre courage. Car en dépit de toutes les épreuves que le Liban a connues depuis de trop nombreuses années et malgré toutes les difficultés auxquelles vous avez été confrontés, y compris au cours de la période récente, vous n'avez jamais baissé les bras. Vous avez continué à exprimer votre foi, qu'on peut qualifier d'inébranlable, dans le Liban, dans son avenir. Vous n'avez cessé de soutenir le Liban de tout votre coeur, de toute votre intelligence, de toutes vos compétences. Et si la France est aussi aimée au Liban, elle vous le doit. Elle le doit à ces Français de tous les jours qui travaillent, qui vivent et qui ont choisi de continuer à y croire, alors que la raison ne portait pas spontanément à l'optimisme.

La France vous est reconnaissante, la France qui soutient le Liban, qui le soutiendra, la France qui veut dire que l'accord conclu à Doha, il y a à peine deux semaines, entre les forces politiques libanaises, sous l'égide du Qatar et de la Ligue arabe, marque une avancée essentielle. Évidemment, comme toujours au Liban, rien n'est jamais acquis et rien n'est jamais désespéré : quand arrive sur votre bureau une bonne nouvelle, vous vous dites : " Mon Dieu qu'est-ce qui va se passer demain ? " ; et quand il en arrive une mauvaise, on voit le Liban ressurgir. Alors, il pouvait y avoir en France des débats, d'ailleurs parfaitement légitimes, sur le fait de savoir s'il fallait venir. Est-ce que c'était trop tôt ? À moins que cela ne soit trop tard...

Est-ce qu'il fallait inviter le président SLEIMANE ou venir ? Nous avons choisi - je dois la vérité, j'en suis reconnaissant aux forces politiques -, nous avons choisi ensemble de dire : " Écoutez, quand il y un rayon de soleil··· " - et l'élection de Michel SLEIMANE, c'est un témoignage d'espoir ! On ne voulait pas attendre qu'il y ait d'autres problèmes (car il y en aura d'autres, des problèmes sur la route de ce Liban si martyrisé), on voulait dire qu'à la première occasion où il y avait une nouvelle positive pour l'avenir du Liban, on voulait être là pour soutenir ce Liban. Et je voudrais particulièrement dire à Bernard KOUCHNER combien je lui suis reconnaissant de son infatigable engagement au service de la cause des Libanais.

Qu'il me soit permis également de dire que c'est tout le Liban que nous voulons soutenir, pas une faction du Liban, tout le Liban. Alors, naturellement, chacun d'entre nous peut avoir des affinités, des amitiés dans ce Liban dont la diversité est un atout et une forme de miracle. Mais c'est tout le Liban que nous reconnaissons, parce que ce Liban est une forme de miracle qui va bien au-delà du seul Liban, qui est la marque de l'existence et de la possibilité d'une diversité dans un Orient qui se tourne trop vers l'absence de diversité.

Donc, nous sommes venus rencontrer tout le monde. Et croyez bien que pour nous, au palais présidentiel, si nous, nous sommes, Mesdames et Messieurs, la représentation d'une classe politique diverse, voir ce déjeuner marquait la présence et le retour de forces politiques dont le Liban a besoin depuis de nombreuses années : il a besoin de toutes ses forces.

Je voudrais également dire que la politique de la France est au service d'un Liban indépendant. Il n'y a écrit nulle part que tous les pays ont droit à l'indépendance à l'exception du Liban. Alors nous demandons à chacun de bien entendre cela. C'est un Liban libre, c'est un Liban souverain que nous voulons aider. Alors, bien sûr, ce Liban libre et souverain doit avoir des relations avec ses voisins et, notamment, ses grands voisins. Nous accompagnerons ces relations et nous sommes prêts, la France, a entretenir des relations avec tout le monde. Mais avec cette condition : il faut laisser le Liban vivre libre.

Une autre chose, je crois, recueille le sentiment de tous. Il faut que les assassins soient démasqués et qu'ils aient à rendre compte de leur faute. Ce n'est pas un service à rendre au Liban d'entretenir les querelles d'hier. Mais ce n'est pas un service à rendre au Liban de faire comme si rien ne s'était passé.

L'assassinat, ce n'est pas une méthode compatible avec l'avenir du Liban et avec la démocratie.

Enfin, je voudrais saluer tout particulièrement les représentants du contingent français de la FINUL. La France est présente et le restera au Liban du Sud, au service de la paix et de la mise en oeuvre des résolutions des Nations unies. Nous avons 1 600 soldats français. J'aurais l'occasion de revenir au Liban et j'irai au sud Liban voir nos soldats. Hervé MORIN s'y trouve en ce moment même.

Je voudrais vous dire que j'ai eu, il y a quelques instants, le patriarche, pour lui dire également toute la reconnaissance pour le travail qu'il a accompli dans des circonstances bien difficiles et le courage dont il a fait preuve. J'irai lui rendre visite, comme il est de tradition, dans son domaine et je tenais à avoir cet échange avec lui.

Enfin, je voudrais vous indiquer que, la semaine prochaine, le Premier Ministre enverra une mission pour examiner les conditions du développement des établissements scolaires français au Liban. Nous en avons un grand nombre. Nous y sommes très attachés : il n'y en a pas moins de vingt-sept. Et le but de cette mission - l'ancien ministre de l'Éducation nationale sait de quoi je veux parler - sera de voir dans quelles conditions on peut développer : est-ce qu'il faut faire un nouvel établissement, est-ce qu'il faut en choisir pour les développer ? En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il faut que la langue française, la culture française, les valeurs d'humanisme que porte la France soient développées dans ce Liban qui a tant besoin de tolérance, de dialogue, de compromis et de respect de l'autre.

Le Premier Ministre également reviendra à la tête d'une délégation économique importante pour participer à la reconstruction de ce Liban qui a tellement souffert.

Mesdames et Messieurs, je voudrais vous dire que ce qui s'est passé aujourd'hui est important. C'est important pour le Liban, c'est important pour la France, mais c'est important également pour la paix dans le monde. Quand il y a de bonnes nouvelles, il faut que la France se manifeste fortement. Si vous le voulez bien, vous pourrez, en fonction de vos affinités, discuter avec tous ceux qui sont ici ; j'espère que vos affinités sont nombreuses pour que personne ne reste seul !

Et je voudrais vous dire que pour chacun d'entre nous, c'était très émouvant d'atterrir ce matin à Beyrouth et de voir cette armée libanaise qui a tellement compté dans l'unité du Liban retrouver les gestes naturels de l'ordre du protocole et de visite de chefs d'État et de gouvernement dans un pays qui a été tant martyrisé. Et, au fond, je me disais que pour cette armée libanaise, c'était quand même plus facile de montrer un Liban uni devant les amis français que de devoir, comme elle l'a fait et avec tant de difficultés, maintenir l'unité de sa patrie.

Mesdames et Messieurs, par ce beau soleil, je vais vous dire que pour nous, nous livrer à cet échange personnel avec vous est une joie, un honneur, un plaisir. Sachez que vous avez beaucoup fait pour l'image de la France dans le monde et pour l'image de la France au Liban. Je vous en remercie.