Discours politique

François Fillon, François Fillon sur la réforme des institutions (21/01/2009)

Messieurs les ministres,

Monsieur le commissaire européen

Monsieur le président de l'Association des constructeurs européens d’automobiles,

Mesdames et Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs les directeurs,

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais, si vous me le permettez, commencer, par vous adresser mes meilleurs vœux, et au fond, à travers vous, les adresser à toute la filière automobile et à ses 2,5 millions de collaborateurs.

Nous avons, ensemble, un double devoir.

D'abord le devoir de tenir sous le choc de cette crise mais en même temps, le devoir de préparer l’avenir en accélérant les mutations qui feront de la France un pays plus fort et un pays plus dynamique.

Depuis des années, la mondialisation transforme en profondeur la structure de l’économie mondiale.

Et nous avons décidé, depuis 2007, sous l'autorité du Président de la République, après avoir accumulé tellement de retards face à cette transformation, de faire le choix de l’adaptation.

Et en 18 mois, nous avons déjà accompli un effort de réforme considérable.

Mais aujourd’hui, la crise nous impose un nouveau sursaut.

Toute la stratégie du gouvernement est destinée à en créer les conditions optimales.

Et parmi ces conditions, il y a le choix de booster l’innovation, d’accentuer notre compétitivité et de soutenir nos industries stratégiques.

Je crois que Luc CHATEL l’a rappelé il y a quelques instants, au cœur de ces industries stratégiques, il y a la filière automobile.

Elle est cruciale pour l’économie française.

C’est le travail d’un Français sur dix.

C’est une excellence technologique au niveau mondial.

C’est un siècle de tradition et de performance industrielle.

C’est un creuset d’innovation pour toute l’économie.

Et j'ai envie d'ajouter, c'est aussi, et c'est valable naturellement dans tous les pays européens et partout dans le monde, c'est un symbole de liberté, l'automobile, sur lequel personne ne voudra jamais revenir, à juste titre.

Bref, c’est un secteur qui a un avenir.

Et cet avenir nous voulons le protéger et lui donner une nouvelle impulsion.

Le secteur automobile se trouve confronté aux difficultés les plus sérieuses de son histoire.

Un excédent commercial automobile totalement gommé en 4 ans.

Une crise économique mondiale qui nous frappe de plein fouet et qui est susceptible de balayer nos fleurons industriels.

Et j’y ajoute un défi, qui - crise ou pas crise - nous commande d’adapter nos politiques : celui du développement durable et de l’épuisement programmé des ressources pétrolières.

Face à cette situation, il faut que nous soyons capables d'éviter quatre écueils.

Le premier écueil, se serait celui du laisser-faire.

Au fond, cela consisterait à dire que la crise c'est une séquence de « destruction créatrice », qui ne dépasse pas le fonctionnement normal de l’économie et que donc, c'est aux industriels de s'adapter.

Je pense que nous sommes en face d'une crise qui n'est pas une séquence de destruction créatrice.

Nous sommes en face d'une crise qui dépasse largement le fonctionnement normal de l'économie de marché par son ampleur, par sa rapidité, par son absence de cohérence industrielle, par son caractère systémique.

Nous sommes bien en face de circonstances exceptionnelles qui légitiment la mobilisation de tous, et donc celle des pouvoirs publics.

Le deuxième écueil, qui justifie largement la réunion d'aujourd'hui, consisterait à réagir dans l’improvisation et en ordre dispersé.

Cela fait plusieurs années que la filière automobile est malmenée par la mondialisation.

La crise vient ajouter, en réalité, à cet état de fait.

Nul ne peut croire que dans cette épreuve, l’un sera sauvé contre l’autre.

Nul ne peut escompter sans sortir seul.

Il faut que tous les acteurs de la filière soient associés à l’effort général !

Troisième écueil : il consisterait à rester focalisés sur le court terme.

Si nous répondons à la crise au coup par coup, sans penser l’avenir à long terme de la filière, alors nous nous exposons à un retour de bâton extrêmement brutal.

Il faut permettre à notre industrie automobile de se transformer maintenant pour pouvoir se relancer de façon durable.

Vous devez être en mesure de prendre le prochain virage industriel en tête de la course.

Ce prochain virage industriel, c'est celui du véhicule propre, voire, à terme, du véhicule 100 % automatisé et 100 % recyclable…

Enfin le quatrième écueil, ce serait de vouloir mobiliser les moyens publics et les ressources de la Nation sans aucune contrepartie et sans aucun contrôle.

Parce que, je le dis, la Nation ne peut pas être appelée à la rescousse sans condition.

Ces quatre écueils, Mesdames et Messieurs, je pense que les états généraux de l'Automobile peuvent nous permettre de les éviter.

Ils constituent une nouveauté dans notre manière de faire face à la crise.

Je pense que c'est une des rares fois ou une des premières fois où, face à une crise, avant de prendre des décisions extrêmement importantes pour l'avenir d'une filière, on fait ensemble ce travail de concertation.

Je veux remercier Luc CHATEL et toutes ses équipes de les avoir organisés dans un délai record.

Et je veux vous dire, naturellement, que ce sont vos travaux qui vont nourrir les décisions du gouvernement qui vont être annoncées dans les prochains jours.

Alors, on ne part pas de rien.

On a pris déjà un certain nombre de mesures d’urgence.

D'abord, il y a eu le bonus-malus mis en place depuis un an, et qui avait permis au marché français de se maintenir en 2008, alors que le marché européen dans son ensemble décrochait.

Aujourd’hui, le financement des filiales bancaires de Renault et de PSA, à hauteur de 500 M€ chacune, et l’augmentation de la prime à la casse en décembre 2008, ont permis d’enregistrer des résultats encourageants : le marché français a mieux résisté que d'autre en Europe.

Nous avons réussi à ne pas tarir la pompe de la demande.

Et je crois que les commandes de véhicules ont augmenté de façon importante en décembre pour PSA comme pour Renault.

Dans le cadre de la loi de Finances pour la relance, qui est en discussion, cher Patrick DEVEDJIAN, au Sénat cette semaine, nous allons assouplir encore les conditions d’accès des filiales bancaires de Renault et de Peugeot au dispositif de refinancement public qui a été mis en place avec la société de financement de l’économie française.

Autre mesure d’urgence, qui va faire l'objet d'une signature dans quelques instants, c'est le fonds d’investissement sectoriel automobile de 300 M€, d'ont l'objectif est de renforcer les équipementiers stratégiques et de faire émerger des acteurs de taille européenne ou mondiale.

Ce fonds commencera à intervenir dès la fin du mois.

Je disais tout à l’heure que nous allons signer un protocole d’accord entre Renault, PSA et le Fonds stratégique d’investissement.

Notre ambition, c'est de reproduire, pour l’automobile, le succès enregistré dans la consolidation de la filière aéronautique l'année dernière grâce à la mise en place d'un fonds du même type.

Ces mesures sectorielles s’ajoutent naturellement aux mesures transversales, notamment celles destinées au financement des PME.

Le gouvernement mobilise donc la plupart des leviers d’actions qui sont à sa disposition dès maintenant tout en disant clairement qu'il va falloir aller plus loin, compte tenu de la gravité, de l'ampleur, du caractère exceptionnel de cette crise.

C’est le sens des travaux que vous allez conduire tout au long de cette journée.

Et c’est aussi dans ce sens que nous nous mobilisons à l’échelle européenne.

Aucune réponse ne sera complète si elle n'est pas totalement coordonnée à l'échelon de l'Union européenne.

Nous sommes donc décidés à promouvoir une action concertée avec la Commission européenne, notamment sur la question cruciale, de l’accès aux liquidités.

J’espère que nous allons pouvoir aboutir rapidement sur ce sujet.

Je vais dire les choses très simplement : ou bien le système bancaire finance normalement l'industrie automobile.

"Normalement", cela veut dire à des conditions de taux qui soient normales et avec des volumes qui correspondent aux besoins de cette industrie, et alors, tout va bien.

Mais enfin, je ne me fais pas beaucoup d'illusions, cela fait déjà, Monsieur GHOSN, près de deux mois que vous êtes venu me voir pour me dire que le système était bloqué, je constate qu'il ne se débloque pas.

Et franchement, on ne va attendre encore trois mois pour savoir si ce système se débloque.

Deuxième solution, la Banque centrale européenne fait ce que fait la Banque centrale des Etats-Unis.

On me dit que ce n'est pas possible, qu'il y a des tas de raisons pour que ce ne soit pas possible.

Très bien, alors à ce moment-là, ce sont les Etats qui vont faire.

Ils vont le faire naturellement en coordination avec l'Union européenne, et nous attendons de ce point de vue, que la Commission se prononce.

Mais je dis tout de suite qu'on ne va attendre trois mois.

On ne va pas reproduire ce qui s'est passé pour le plan de financement des banques.

Quand il y a un incendie, quand il y a une urgence, il faut agir et il y a un moment où la doctrine est très intéressante, mais où la doctrine ne permet pas de sauver le malade.

Et en l'occurrence, je vous le dis, et je pense que tous les gouvernements européens partagent cette opinion, nous n'attendrons pas ! Il y a une urgence, nous avons besoin d'une réponse massive, s'agissant du financement de la filière automobile.

Notre défi, je veux à nouveau insister là-dessus, ce n'est pas seulement de limiter l'impact de la crise, c'est de donner un avenir à filière automobile, et pour cela il faut se projeter dès à présent dans le monde demain, et accélérer les évolutions nécessaires.

Avec la mondialisation, la dégradation de la compétitivité relative de l’industrie automobile française est une réalité.

Si nous n’avons pas le courage de regarder cette vérité en face, alors nous allons commettre une erreur historique.

Des restructurations importantes sont nécessaires pour restaurer la compétitivité des équipementiers et des sous-traitants.

C’est une condition vitale pour que la filière se consolide et pour que notre industrie reparte sur de nouvelles bases.

C’est donc une culture d’anticipation collective des évolutions de la filière que nous devons développer.

La charte automobile, qui a été signée l’été dernier entre les représentants du secteur, les entreprises et l’Etat, est un bon outil.

Il faut l’utiliser, il faut la décliner au plus proche du terrain.

Notre priorité permanente, c'est d'anticiper les mutations, c'est de former les personnels aux nouveaux besoins.

C'est à ce travail, à ces objectifs sur lesquels nous sommes mobilisés.

Il faut aussi que les relations au sein de la filière repartent sur de bonnes bases.

Une stratégie d’achat de la part des constructeurs qui serait fondée sur la recherche quasi exclusive des coûts les plus bas, ça n’est pas durable !

Le profit de court terme est rarement compatible avec la compétitivité de long terme.

Et de ce point de vue, j’appelle chacun à tirer les enseignements de la crise financière que l'on vient de connaître.

Il y a bien un rapport entre la recherche d'un profit à court terme excessif et puis la crise que l'on vient de connaître.

Ce qui est valable pour l'industrie financière l'est aussi pour l'industrie automobile.

Et j'appelle à la véritable refondation du pacte automobile entre les constructeurs et l’ensemble de la chaîne, en amont et en aval.

Cette refondation est nécessaire à la survie de la sous-traitance sur notre territoire.

Elle l’est aussi à la compétitivité de l’ensemble de la filière, constructeurs compris, sur le long terme.

Enfin, il serait suicidaire que l’effort d’innovation fasse les frais de la crise.

L’industrie automobile européenne est bien placée dans la course au véhicule du futur.

Eh bien cette place, il faut la renforcer.

Un plan de soutien au développement du véhicule décarboné, doté notamment de 400 M€ pour la recherche a été élaboré par le gouvernement.

La réforme du crédit impôt recherche a permis de multiplier par trois l’effort public à la R&D privée.

Les pôles de compétitivité ont permis de faire évoluer les comportements en favorisant la mutualisation des efforts de recherche.

Et les premières briques du plan "véhicule décarboné" ont été mises en place.

Les pouvoirs publics ont donc pris leurs responsabilités.

La réponse à ces initiatives ne peut pas être, "on prend et on délocalise".

Il faut maintenant que les industriels prennent aussi leurs responsabilités et saisissent les opportunités qui s’ouvrent.

J’attends beaucoup, de ce point de vue, des travaux que vous allez conduire.

Je souhaite qu’ils enrichissent les principes qui vont guider l’action du gouvernement.

Et je voudrais simplement évoquer, pour terminer, ces principes.

Le premier : la filière automobile ne se résume pas aux constructeurs.

Nous devons trouver des réponses qui soient adaptées à chaque maillon de la chaîne, et notamment aux maillons les plus stratégiques.

Deuxième principe : pas d’effort de l’Etat sans engagements des constructeurs.

Notre effort en faveur des constructeur va être massif ; de quoi parle t-on ? De sommes qui sont de l'ordre de 5 ou 6 milliards d'euros.

Nous attendons donc, en contrepartie, que leurs engagements soient exemplaires, tant sur les volumes de production en France, qu’en termes de relation vis-à-vis de la chaîne de la sous-traitance.

Il n’est pas question, je le dis très simplement, mais très fermement, que l’Etat vienne en aide à un constructeur qui déciderait purement et simplement de fermer un ou des sites de production en France.

Ces états généraux, Mesdames et Messieurs, doivent être le prélude à une refondation de la filière.

Dans l’urgence, nous devons nous rassembler et innover.

Une part de l’intérêt national est en jeu.

Ceux qui croient que la crise sera passagère et que tout pourra reprendre comme avant, sous-estiment les ruptures qui sont en train de s’annoncer.

Et ceux qui croient pouvoir faire cavalier seul, seront, tôt ou tard, à un moment, rattrapés par la crise.

La France ne laissera pas tomber son industrie automobile, mais cette industrie doit, en retour, faire preuve d’une grande responsabilité.

Voilà mesdames et messieurs, ce que je souhaitais vous dire pour ouvrir vos travaux.

Je pense que cette journée va être une occasion décisive pour tracer les contours d’un nouveau départ pour l’industrie automobile française.

Au fond, on est en train de tirer les enseignements des erreurs du passé.

Il y a eu des époques où on considérait que quand un secteur industriel était en difficulté, après tout, c'était normal, c'était un phénomène historique, l'avenir des pays développés, c'était un avenir sans industrie.

Je me souviens même d'un grand chef d'entreprise qui avait parlé des grandes entreprises sans usines.

La vérité, on a vu que c'était évidemment tout le contraire, que les pays développés avaient un besoin crucial de maintenir une force de production, de maintenir une industrie puissante.

Quand il n'y a pas d'industrie, il n'y aucune chance de maintenir ensuite les autres secteurs de l'activité.

C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de réagir différemment de ce que nous avons fait dans les crises précédentes.

Je compte naturellement sur vous, sur votre mobilisation, sur votre inventivité, sur votre sens des responsabilités, parce que je crois que c'est un même sentiment d’urgence qui nous presse, et c’est donc une même volonté d’agir qui nous guide.