Discours politique

François Fillon, François Fillon rencontre Benoît XVI et décore Msgr Mamberti (12/10/2009)

Messieurs les Cardinaux,

Excellences,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes réunis pour rendre hommage à l’action de Monseigneur Mamberti, Secrétaire pour les relations avec les Etats du Saint-Siège à qui je vais remettre dans quelques instants les insignes de commandeur de la Légion d’honneur.

Mais auparavant, permettez moi d’évoquer d'un mot le Centre culturel Saint-Louis de France dont je viens d’inaugurer les installations rénovées.

Le Centre Saint-Louis est, depuis 1945, l’une de ces institutions de culture, de pensée, de débat, qui représentent avec beaucoup d'éclat notre pays à l’étranger.

Il est né de l’intuition de Jacques Maritain, qui était alors ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, et qui lui a donné pour ambition « de représenter et de diffuser la culture chrétienne d’origine française auprès de toutes les personnes résidant à Rome, de quelque nationalité qu’elles soient ».

Ce Centre était alors, et je crois qu'il est toujours le seul centre culturel d’un Etat représenté auprès du Saint-Siège.

Très vite, le Centre Saint-Louis s’est imposé comme l’un des hauts lieux du débat dans la Rome pontificale.

Les grands théologiens français – les cardinaux Congar, de Lubac, Daniélou, le Père Chenu –, ceux-là même qui ont tellement contribué aux réflexions du Concile Vatican II, y sont venus donner des conférences qui ont fait date.

En lui faisant l’honneur de leur visite, les papes Jean XXIII en 1959, Paul VI en 1964, Jean-Paul II en 1989, ont manifesté l’importance reconnue au Centre Saint-Louis par l’Eglise universelle.

Jean-Paul II avait salué, je le cite, « ce lieu où se rencontrent ceux qui désirent que les progrès de l’humanité soient liés à une compréhension toujours plus vive de la grandeur et de la dignité humaine ».

Le cardinal Ratzinger lui-même y est souvent venu, avant d’être appelé sur le Siège de Pierre.

Cet héritage prestigieux, le Centre Saint-Louis le perpétue aujourd’hui, grâce à une coopération féconde nouée avec l’Eglise de France et les universités pontificales.

Les cardinaux français, dont je salue la présence parmi nous, peuvent en témoigner, ainsi que Monseigneur Ravasi, Président du Conseil pontifical de la culture.

Aujourd'hui devenu l’unique centre culturel français de Rome, depuis la fermeture du Centre culturel de notre ambassade en Italie et de l’Alliance française de Rome, le Centre Saint-Louis exerce des missions élargies.

C’est en effet à lui que revient la diffusion de la langue, de la culture et de la pensée française.

Bientôt, l’offre du Centre devrait aussi concerner les arts plastiques, et l’œuvre originale que nous avons admirée à l'instant de Jacques Villeglé préfigure cette future extension de ses missions.

L’ouverture de la nouvelle médiathèque, après dix-huit mois de travaux considérables, vient manifester l’ambition initiale du centre et les missions dont il a progressivement hérité.

A côté du fonds religieux, qui par sa richesse et son ancienneté doit rester un point de référence à Rome, un fonds en sciences humaines et un fonds généraliste sont destinés à attirer des lecteurs toujours plus nombreux.

A mes yeux, la double activité du Centre Saint-Louis illustre l’idée que la France se fait aujourd’hui de la laïcité.

Voilà bien longtemps que la laïcité n’apparaît plus comme un instrument hostile à la religion.

Nous avons été très sensibles à la manière dont Benoît XVI, l’an dernier, à l’Elysée, a prolongé la défense de la laïcité positive et ouverte, en invoquant la notion de «saine laïcité».

Le Souverain Pontife reconnaissait que la laïcité, en séparant le politique et le religieux, préserve et même valorise la spécificité des réponses spirituelles aux questions que l’humanité se pose sur l’existence.

S’il revient à la France laïque et au Saint-Siège de multiplier les relations et les partenariats, c’est parce les valeurs que nous situons au cœur d’une laïcité juste et apaisée sont aussi celles, je le crois, que l’Eglise universelle promeut à travers le monde.

Je veux parler de la liberté, je veux parler du dialogue, je veux parler de l’humanisme.

La laïcité que nous défendons, c’est le respect de la sphère intime et de la liberté dont chacun doit disposer dans le choix des convictions que lui inspire l’existence.

La laïcité, c’est aussi l’ouverture d’un espace public de dialogue intellectuel et moral ; de dialogue entre Eglise et Etat ; de dialogue entre religieux et profanes ; mais aussi, bien évidemment, de dialogue entre les religions.

Et nous croyons que cette liberté et ce dialogue sont indispensables à la construction de l’humanisme qui est notre ambition commune, que nous soyons croyants ou non-croyants.

Jacques Maritain avait lancé dans les années 1930, le mot d’ordre de l’«humanisme intégral» Il voulait placer l’humanisme au cœur d’une pensée chrétienne accordée au monde moderne, alors que les théologiens de son temps jugeaient cette notion d’humanisme trop profane.

Je crois que Jacques Maritain a été entendu, puisque la dernière encyclique du Souverain Pontife, Caritas in veritate , est consacrée au « développement humain intégral ».

Monseigneur Mamberti, En vous élevant au grade de commandeur dans l’ordre de la Légion d’honneur, je viens simplement vous apporter l’hommage de la France.

Paul VI ne cessait de rappeler que les nonces sont avant tout des prêtres.

Il entendait par là que les diplomates du Saint-Siège ne sont pas tout à fait des diplomates comme les autres ; qu’ils n’ont pas pour mission de préserver le rayonnement ou la puissance d’un Etat, ou d’en défendre les intérêts, mais qu’ils sont au service de la paix universelle, qui est le message de l’Eglise.

Il voulait également rappeler que la diplomatie vaticane est une façon particulière de vivre un sacerdoce, c’est-à-dire de se mettre au service de tout homme.

Ce qui motive notre hommage et notre admiration, c’est votre fidélité constante à cette haute idée de la diplomatie vaticane.

Cette volonté d’inscrire votre action dans la fidélité à votre foi et à votre ministère pastoral, nous l’observons tout au long de votre parcours, dont les origines nous conduisent en Corse, dans le village de Vico, où votre famille a ses racines, bien que vous soyez né à Marrakech ; c’est de ce même village que venait Monseigneur Jean-François Arrighi, qui a guidé à Rome les premiers pas de toute une génération de prélats français, dont vous-même.

A Paris et à Strasbourg, vous avez poursuivi des études de droit et de sciences politiques, avant d’entrer au séminaire français de Rome, d’obtenir un doctorat en droit canonique à l’Université pontificale grégorienne.

En 1981, vous êtes ordonné prêtre pour le diocèse d’Ajaccio.

En 1984, vous entrez à l’Académie ecclésiastique pontificale – cette « école des nonces » qui a formé tant de générations de diplomates du Saint-Siège.

A partir de 1986, votre carrière diplomatique vous conduit en Algérie, au Chili, à New York auprès des Nations Unies, au Liban.

Ces trois expériences vous ont, je crois, plus particulièrement marqué, et imprègnent encore votre action.

En Algérie, où vous étiez en fonction peu avant le déclenchement de la guerre civile, vous acquérez la conviction que, quelle que soit la difficulté de leur mission, les communautés chrétiennes ont un rôle à jouer dans la paix et dans la réconciliation dans le monde arabe.

Cette conviction s’est renforcée plus tard au Liban, dont vous observez avec intérêt les institutions politiques.

Selon vous, l’équilibre confessionnel ne sépare pas les communautés, mais est au contraire un instrument de dialogue et de coopération entre elles, au service de la démocratie.

Aux Nations Unies, dont vous êtes en charge à New York, puis à votre retour à la Secrétairerie d’Etat en 1999, vous devenez l’un des meilleurs experts de la diplomatie multilatérale du Saint-Siège.

En 2002, vous êtes nommé nonce apostolique au Soudan et archevêque titulaire de Sagone.

La nomination à la tête de ce diocèse de Corse aujourd’hui disparu, et situé non loin de Vico exprime votre attachement profond à la Corse, qui n’a jamais faibli alors même que vos fonctions diplomatiques vous conduisaient partout à travers le monde.

Après l’Afrique du Nord, c’est l’Afrique noire que vous découvrez depuis Khartoum et c’est à un contexte d’une extrême dureté que vous devez faire face.

Vos prérogatives s’étendent en effet à la Somalie, puis à l’Erythrée ; deux pays qui connaissent la guerre ou qui viennent tout juste d’en sortir.

Vous êtes témoin des violences qui ravagent la région ; vous êtes témoin des conflits interethniques, mais aussi du pillage des matières premières par des compagnies étrangères.

Sur le terrain, vous soutenez les communautés chrétiennes locales et les organisations catholiques qui essayent de venir en aide aux populations et qui oeuvrent à la résolution des conflits.

Autant d’enjeux qui sont justement au cœur du synode sur l’Afrique que préside actuellement le Pape Benoît XVI.

En 2006, le Souverain pontife vous nomme à la haute fonction de Secrétaire pour les Relations avec les Etats.

Il fait de vous, pour utiliser un terme profane, le ministre des Affaires étrangères du Saint-Siège.

Cette nomination est d’abord la reconnaissance d’un diplomate du Saint-Siège, mais vous nous autoriserez à y voir la manifestation d’une proximité entre les diplomaties française et vaticane, que vous incarnez si bien, à la suite du Cardinal Tauran, qui a lui-même occupé ces fonctions pendant douze ans.

Désormais à la tête de la diplomatie vaticane, vous apportez l’expérience et les qualités qui sont les vôtres et qui se manifestent dans plusieurs dimensions de l’activité internationale du Saint-Siège.

Cette expérience et ces qualités, vous les mettez au service de la liberté religieuse et du dialogue des religions, dont vous entendez, au nom du Saint-Siège, qu’ils soient universellement promus.

Vous les mettez au service d’un monde libéré des armes, et c’est par des paroles très fortes qu’à la fin du mois de septembre, lors de la Conférence sur le traité d’interdiction complète des armes nucléaires, vous avez appelé la communauté internationale à se détourner d’ «une culture du conflit et de la mort, qui ne met pas seulement – je vous cite - en danger la paix, mais l’existence même de la famille humaine».

Vous les mettez au service de l’environnement, à travers la promotion d’une «diplomatie verte» fidèle aux principes de solidarité défendus par le Saint-Siège.

Vos amis savent qu’à la culture et à l’intelligence qui vous caractérisent, s’associent une fidélité et une bienveillance qui me permettent de dire que l’hommage de la France s’adresse, plus encore qu’à une carrière exceptionnelle, à un homme respecté et rayonnant.