Discours politique

Nicolas Sarkozy, Allocution du Président à l'occasion de la cérémonie d'hommage rendu à Aurélie Fouquet (26/05/2010)

Madame la garde des Sceaux, Messieurs les Ministres,

Monsieur le Député-maire,

Monsieur le Préfet,

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis pour rendre un dernier hommage à Aurélie FOUQUET.

Aucune parole ne peut combler le vide immense laissé par son absence. Les mots sont faibles, les mots semblent dérisoires, mais seuls les mots peuvent dire l'immensité de notre chagrin. Seuls les mots peuvent dire notre affection et notre admiration pour Aurélie, en rappelant qui elle était et pour quelle mission elle a perdu la vie. Seuls les mots pourront faire comprendre à son fils qu'elle a donné sa vie pour la République, qu'elle a donné sa vie pour les autres.

Aurélie FOUQUET était une jeune policière municipale, de 26 ans, mère d'un petit garçon de 14 mois, Alexis. Nos pensées vont d'abord à cet enfant, qui devra grandir sans sa maman.

Nos pensées vont également à Steven MACÉ le compagnon d'Aurélie lui aussi policier municipal, à ses parents, à ses grands parents et à son arrière-grand-mère. Aujourd'hui, c'est toute une famille qui est anéantie par le chagrin, brisée, qui est brisée par la disparition d'un être cher.

Mes pensées vont aussi aux collègues d'Aurélie, à ses amis de Villiers-sur-Marne, et particulièrement à son coéquipier blessé dans la fusillade. Je sais combien vous étiez tous soudés par l'esprit d'équipe, et combien Aurélie était pour vous le symbole de cette unité. Lionel VENDIMA, le chef de la police municipale, a rappelé comment Aurélie, la benjamine de l'équipe, était devenue, dès son arrivée, une collègue aimée et chérie de tous. Aujourd'hui, ce sont les 18.000 policiers municipaux de France qui pleurent une amie. C'est aussi toute la communauté des forces de l'ordre qui est réunie dans le chagrin pour s'incliner devant la mémoire de l'une des siennes.

Enfin, Monsieur le Maire, je sais combien tous les habitants de Villiers-sur-Marne partagent cette peine. Ils étaient nombreux dans cette ville à bien connaître Aurélie FOUQUET, à apprécier sa gentillesse et la disponibilité avec laquelle elle assurait la sécurité, l'ordre et la concorde.

Nous sommes tous bouleversés. Au nom de la Nation, pour laquelle Aurélie a tout donné, je tiens à dire ma peine et celle de tous nos compatriotes, ainsi que notre profonde solidarité dans cette épreuve. Rien, absolument rien ne justifie qu'on arrache ainsi une jeune maman à l'amour de son fils, à l'amour de son conjoint, de ses parents et de ses amis. Rien, absolument rien ne justifie qu'on porte atteinte à la vie d'une jeune femme qui a choisi de porter l'uniforme et de consacrer son existence aux autres. Rien, absolument rien ne justifie qu'on ôte la vie à son prochain.

Rendre hommage à Aurélie aujourd'hui, contre la violence du crime aveugle, c'est rappeler le sens de son engagement et le caractère exemplaire de son jeune parcours.

Aurélie FOUQUET est née il y a 26 ans à Fontenay-sous-Bois, dans ce département du Val-de-Marne où elle avait ses racines. Tous ses proches la décrivent comme une jeune femme joyeuse, amoureuse de la vie, de la nature et par-dessus tout de la lumière du soleil.

Elle aimait les fleurs et avait d'abord pensé se consacrer à l'horticulture. Mais elle aimait par dessus tout aider ses concitoyens. Elle avait décidé d'entrer dans la police par dévouement, par volonté de servir. Elle avait choisi ce beau métier, ce métier difficile. Elle savait qu'il était exigeant, qu'il était périlleux. Mais elle n'était pas femme à reculer devant l'engagement et devant le danger.

Après avoir été reçue au concours de gardien de police municipale, elle a d'abord servi à Nogent-sur-Marne avant de rejoindre la police municipale de Villiers-sur-Marne il y a 5 ans. Ce 20 mai 2010, elle a été la première femme de la police municipale à tomber en mission, sous les balles de criminels sans scrupules.

C'est un terrible coup du destin, mais n'y voir qu'une malchance invraisemblable, ce serait oublier qu'Aurélie était toujours aux avant-postes. A chaque instant de sa brève carrière, elle a montré un sens du devoir hors du commun, un courage qui font d'elle une personnalité d'exception.

Ce n'est pas la première fois qu'elle était ainsi confrontée au danger. Elle avait notamment participé à une opération permettant la saisie d'une importante quantité de drogues et l'arrestation des trafiquants. Elle avait reçu à plusieurs reprises les félicitations de sa hiérarchie pour l'interpellation d'individus dangereux.

Ce 20 mai 2010, une fois encore, Aurélie était guidée par le sens du devoir lorsqu'elle s'est portée au devant de malfaiteurs armés, déterminés, qui avaient déjà ouvert le feu sur des policiers et gravement blessé une automobiliste.

A quel degré de barbarie, à quel degré de lâcheté, à quel degré de sauvagerie faut-il en être arrivé pour déclencher un tel déluge de violence ?

L'enquête est en cours. Un suspect a été arrêté, un autre formellement identifié. Que nul n'en doute : la police dispose des éléments qui permettront d'interpeller tous les membres de cette bande de lâches assassins, tous. Les meurtriers d'Aurélie FOUQUET, je le dis devant son cercueil, seront punis avec la sévérité qu'exige l'ignominie de leur crime. Je n'appelle pas à la vengeance, j'appelle à la justice, à une justice ferme, à une justice implacable.

La France s'est engagée dans une guerre sans merci contre la criminalité. Nous avons tous été choqués par la violence de certaines affaires récentes :

Je pense à ce couple de septuagénaire de Pont Sainte-Maxence qui a été tué à coups de couteau en janvier dernier. Mais leur meurtrier a été arrêté la semaine dernière, il a avoué et sera puni. Je pense à Jean-Serge NERIN, policier froidement abattu par un commando de l'organisation terroriste ETA le 16 mars dernier. Un membre de ce commando a été arrêté, les autres sont recherchés. Je pense à la fusillade qui a eu lieu au mois d'avril en Moselle, lorsque deux malfaiteurs ont ouvert le feu sur une patrouille de gendarmerie. Deux jours plus tard, le GIGN a interpellé deux hommes qui ont reconnu les faits.

Nous poursuivrons nos efforts, sans relâche. Nous ne laisserons aucun répit aux voyous.

En luttant contre le crime, la République française défend ses valeurs, la liberté et le respect de la vie. L'enjeu de ce combat contre le crime, c'est bien la défense de la démocratie.

Protéger la sécurité des Français, c'est défendre notre modèle de société. Les forces de l'ordre sont à l'avant-garde de ce combat, toutes les forces de l'ordre : la police nationale, la gendarmerie, la police municipale sont les trois piliers qui protègent les fondements de notre République.

La sécurité des biens et des personnes est bien sûr l'affaire de l'Etat, mais elle incombe aussi aux maires, qui sont détenteurs du pouvoir de police dans leur commune. La police municipale constitue, au plus près du terrain, le premier rempart de notre sécurité et de nos libertés.

En m'adressant aujourd'hui à Aurélie FOUQUET et à ses collègues de Villiers-sur-Marne, je tiens à dire à tous les policiers municipaux de France ma reconnaissance et celle des Français pour la mission qu'ils accomplissent chaque jour. La tragédie qui nous réunit aujourd'hui souligne à quel point ils sont exposés eux aussi à la violence des criminels les plus dangereux.

Il est temps d'ouvrir une réflexion approfondie sur la place, le rôle et le statut de la police municipale.

Dans quelques années, Alexis aura l'âge de comprendre qui était sa mère, ce qu'elle a accompli pour son pays, il pourra comprendre que sa vie trop brutalement interrompue a été une grande vie. C'est pourquoi, dans quelques instants, je remettrai à Aurélie FOUQUET les insignes de Chevalier de la Légion d'Honneur. La Nation tout entière réunie aujourd'hui dans le deuil lui témoigne ainsi son respect et sa reconnaissance.

A son coéquipier, Thierry MOREAU, blessé à ses cotés, je remettrai les insignes de Chevalier dans l'Ordre National du Mérite. Qu'il sache que nous sommes avec lui dans cette épreuve.

Les mots que nous partageons aujourd'hui ne remplaceront pas une mère, pas plus qu'ils n'atténueront le chagrin et l'insondable douleur de ses proches. Mais tous, nous savons que nous devons être fiers d'Aurélie, qui a fait honneur à l'uniforme qu'elle portait et aux valeurs qu'elle incarnait.

Aurélie FOUQUET, nous ne vous oublierons pas, tout simplement parce que nous n'en avons pas le droit.