Discours politique

François Fillon, Fillon : Les ambitions industrielles de la France demeurent intactes (04/04/2011)

Madame la Chancelière, chère Angela Merkel,

Mesdames et Messieurs,

C’est un grand honneur pour la France d’être partenaire cette année du plus grand salon au monde dédié aux technologies, et je suis fier que notre pays soit représenté par des entreprises et des laboratoires de recherche à la pointe de l’excellence.

Cette fierté se mêle, Madame la Chancelière, à l’honneur que j’éprouve d’être à vos côtés pour vous témoigner toute l’admiration et toute l’amitié que je ressens pour vous et pour votre pays.

Cette année, ce salon accueille son plus grand nombre d’exposants depuis dix ans.

Ce record m’inspire une réflexion.

Tous ceux qui pensent que la mondialisation va entraîner le déclin du continent européen se trompent.

Certes, notre puissance d’autrefois n’est plus indiscutable.

Certes la concurrence des pays émergents est redoutable et nous impose un sursaut de compétitivité.

Mais demain, les conditions du progrès auront pour noms: innovation, éducation, qualité professionnelle des salariés, consensus social et démocratique.

Toutes ces conditions sont singulièrement et puissamment réunies en Europe.

Voilà pourquoi je pense que le XXIème sera beaucoup plus européen qu’on ne le dit.

Et il le sera d’autant plus que l’Europe a pour caractéristique de se renforcer avec les épreuves.

Le vingtième siècle s’est conclu sur un événement heureux : la fin de l’empire soviétique, la réunification de l’Allemagne la libération des peuples de l’Est.

Le nouveau siècle s’ouvre sur des évènements tout aussi considérables : Une crise financière mondiale qui ébranle les fondations du capitalisme et dont les répliques ne sont pas terminées.

Une vague révolutionnaire qui déferle sur le monde arabe qui crie son aspiration à la liberté et au respect des droits de l’homme.

Et enfin la terrible catastrophe qui vient de frapper le Japon causant des dizaines de milliers de morts et de disparus et des centaines de milliers de sans abris.

Ce déchaînement de la nature a provoqué une catastrophe dans la catastrophe.

Une nucléaire qui remet en cause certaines de nos certitudes et notre confiance dans nos capacités technologiques.

Je veux redire ici, à la foire de Hanovre, combien la France est solidaire du peuple japonais; combien elle s’associe à ce peuple courageux, à ce peuple digne, à ce peuple créatif, qui saura, j’en suis convaincu, se redresser et repartir de l’avant.

Tous ces événements défient l’Europe et nous obligent à unir nos forces.

Contrairement au «chacun pour soi » qui avait marqué la crise de 1929, les dirigeants des principales économies ont su répondre à la crise de 2008 en coordonnant leurs politiques, en créant de nouvelles instances de gouvernance mondiale.

Dans de nombreux pays, la récession, bien que profonde, ne s’est pas prolongée au-delà de 2009.

Pour 2011, la croissance prévue approche les 4,5% dans le monde et les 2% en Europe.

Face à la crise de la dette souveraine en Europe, nous avons donné tort à tous ceux qui avaient parié sur la division des Européens et sur l’éclatement de la zone Euro.

Le couple franco-allemand a une fois encore montré sa capacité à dépasser ses différences et à œuvrer dans l’intérêt de tous.

Sous son impulsion, les Etats membres de l’Union européenne et ceux de la zone Euro ont mis en place les mécanismes d’urgence décisifs.

En un an, nous avons adopté un système pérenne de gestion des crises et de gouvernance économique améliorée.

Un Fonds européen de stabilisation financière a été créé de toutes pièces au sein de la zone euro, qui cèdera la place en 2013 à un mécanisme permanent de stabilité.

Ce mécanisme n’interviendra naturellement que dans le cadre d’une conditionnalité très exigeante vis-à-vis des pays aidés, et dans des conditions qui assurent la protection des contribuables européens.

Nous venons d’adopter le Pacte pour l’euro.

Il prévoit des engagements des Etats sur tous les aspects de la compétitivité : le coût du travail, la concurrence, l’enseignement, la recherche et l’innovation, le marché de l’emploi, la viabilité des retraites et de protection sociale, l’assainissement des finances publiques, et même la coordination fiscale.

Nous préparons en ce moment même des règles strictes pour renforcer la surveillance budgétaire, le contrôle de la dette publique et la surveillance des déséquilibres macroéconomiques.

Bref, l’Union européenne et les Etats de la zone euro sont désormais mieux organisés pour résister aux menaces et mieux organisés pour créer les conditions d’une croissance européenne solide et durable.

Ces résultats, sont très largement le fruit de l’entente franco-allemande, qui est plus nécessaire que jamais.

Nous sommes les moteurs de l’Europe, et lorsque nous unissons nos deux forces c’est toute l’Union européenne qui avance.

Mais ces deux forces - c’est justement tout leur intérêt – ont leur spécificité.

D’un côté, l'Allemagne a contribué à faire progresser en Europe la culture de la stabilité et des finances publiques saines.

C’était nécessaire parce que le laxisme est l’ennemi de la croissance.

Mon gouvernement assume cette discipline budgétaire.

Nous avons gelé les dépenses de l’Etat pour les 3 prochaines années.

Nous avons depuis 2007 cessé de remplacer un départ de fonctionnaire à la retraite sur deux.

Nous nous sommes engagés à réduire de 10 % en trois ans les moyens de fonctionnement des administrations, dont 5 % dès cette année.

Nous avons gelé tous les transferts aux collectivités territoriales, c’est une première dans l’histoire récente de notre pays.

En juin, le parlement va débattre d’une réforme constitutionnelle sur l’équilibre global de nos finances publiques.

Si l'Allemagne a contribué à réinstaurer en Europe plus de responsabilité financière, de son côté, la France a toujours milité pour une coordination plus étroite entre les économies de la zone Euro et je me réjouis de voir que votre pays partage désormais cet impératif.

Plus de rigueur économique, plus de coordination politique, mais aussi plus de compétitivité: c’est le cap que l’Union européenne doit se fixer.

La France a fait de l’innovation l’un des axes stratégiques de sa compétitivité.

Nous avons développé 71 pôles de compétitivité qui facilitent le travail en réseau entre grandes entreprises, PME et laboratoires de recherche.

En 2008, nous avons triplé le crédit d’impôt-recherche.

Les investisseurs étrangers ont plébiscité cette mesure qui allège de 30% les dépenses de R&D.

Et la France est désormais le premier pays européen pour l’implantation de centres de recherche.

Enfin, nous avons lancé un programme exceptionnel «d’investissements d’avenir» qui consacre 35 milliards d’euros à l’économie de la connaissance.

L’université, la recherche, l’industrie et les nouvelles technologies, le numérique, les biotechnologies, le développement durable, en seront les grands bénéficiaires.

En comptant les participations des entreprises, nous allons mobiliser sur ces investissements d’avenir 60 à 65 milliards d’euros.

Cette stratégie en faveur de l’innovation s’inscrit dans un grand mouvement de réformes comme notre pays n’en n’avait pas connu depuis longtemps.

C’est la réforme des universités, qui ont gagné leur autonomie et ont vu leurs moyens financiers très largement renforcés.

C’est la réforme des retraites, avec le report de l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans et à 67 ans pour une retraite à taux plein.

C’est la réforme du droit du travail, pour que les entreprises puissent adapter leur production sans être pénalisées par la durée légale du travail.

C’est la réforme de la fiscalité des entreprises, avec la suppression de la taxe professionnelle qui pesait sur leur capacité d’investissement.

C’est enfin la réforme du développement durable.

La France a clairement pris le virage de la croissance verte.

Des mesures puissantes ont été décidées pour favoriser les alternatives au transport routier et pour réduire la consommation énergétique des bâtiments.

Pour les énergies renouvelables, nous avons entrepris de rattraper notre retard sur l’Allemagne.

Le développement de l’éolien et du solaire est spectaculaire et il nous permet d’atteindre dès 2012 les objectifs que nous nous étions fixés pour 2020.

Nous avons considérablement augmenté notre effort de recherche dans le domaine des technologies environnementales du futur.

Il est difficile de parler de développement durable sans évoquer, à nouveau, la catastrophe de Fukushima.

Nous avons le devoir d’en tirer toutes les leçons.

Le conseil européen a décidé de soumettre toutes les centrales nucléaires à des tests de résistance sévères, transparents et vérifiables.

A Bruxelles, l’Allemagne et la France ont défendu la même position .

Ces tests devront être menés par des autorités nationales indépendantes, sous le contrôle des pairs, en toute transparence avec le public, et des premiers résultats dès la fin 2011.

En France, j’ai demandé à l’Autorité de sûreté nucléaire française de procéder à un audit portant sur toutes les centrales de mon pays.

Nous allons vérifier la capacité de nos centrales à résister à des tremblements de terre comparables à celui du Japon, à des inondations comme celles qui ont suivi le tsunami ; à la panne de tous les systèmes d’alimentation et de refroidissement.

Et je veux dire que le Gouvernement en tirera sans hésitation toutes les conséquences.

Les centrales qui devront être modifiées le seront.

Si certaines devaient être fermées, elles le seront.

Sur le plan international, le Président Sarkozy a annoncé que nous allions organiser en mai, , dans le cadre de la présidence du G 20, à Paris une réunion des autorités de sûreté nucléaire des pays du G20 car nous pensons qu’il est nécessaire de définir des normes internationales qui soient beaucoup plus exigeantes dans le domaine de la sûreté nucléaire.

Mesdames et messieurs, Le message que les participants français à la foire de Hanovre vous délivrent, c’est le message d’une France qui se réforme, d’une France qui innove, d’une France qui s’exporte.

C’est aussi le message d’un pays dont les ambitions industrielles demeurent intactes.

Ambitions dans les transports, la robotique, l’informatique, les biotechnologies… L’industrie représente les trois quarts des exportations françaises des biens et services.

En 2010, nos échanges avec l’Allemagne atteignaient 142 milliards d’euros.

Plus de 2 200 entreprises françaises sont implantées en Allemagne, et 3000 entreprises allemandes sont installées en France.

Ce sont nos régions, nos villes et nos entreprises, qui coopèrent dans des domaines d’excellence.

Voyez les véhicules électriques et hybrides qui vont être expérimentés entre Strasbourg, Stuttgart et Karlsruhe.

Depuis que le projet frontalier a été lancé il y a un an par le Conseil des ministres franco-allemand, des initiatives innombrables ont vu le jour, et les entreprises ont ajouté un partenariat industriel qui aura des retombées économiques et sociales dans nos deux pays.

Dans le domaine des nanotechnologies, voyez la coopération entre les villes de Grenoble et Dresde qui va permettre de développer des semi-conducteurs respectueux de l’environnement.

A elles deux, la France et l’Allemagne totalisent 10% de l’effort de recherche mondial ! Ce seul chiffre témoigne de notre immense potentiel.

Je parle de potentiel parce que l’on peut faire mieux si on est capable de combiner les efforts de nos grands centres de recherche comme le CNRS ou les instituts Max Planck.

Il faut mieux articuler les capacités de nos pôles de compétitivité.

Depuis trois ans, des appels d’offre conjoints ont été initiés entre les instituts Carnot et Fraunhofer pour faire travailler nos chercheurs autour de projets de recherche communs.

Grâce à nos partenariats, des projets majeurs voient le jour : c’est le cas par exemple du satellite franco-allemand MERLIN qui mesure dans l’atmosphère le méthane qui est responsable d’une part significative de l’effet de serre.

L’environnement, les ressources, la santé, l’alimentation, l’énergie: ces grands défis du siècle ne trouveront pas, Mesdames et Messieurs, de solution à technologie constante, et ils ne trouveront pas non plus de solutions durables sans résolution politique.

Toute l’histoire de l’Europe s’est bâtie sur l’idée du Progrès.

La foi dans la capacité des hommes à améliorer leur sort, par l’esprit, par la science, par la croissance et par la collaboration des nations, cette fois ne doit pas faiblir.

Pour relever les défis de demain, nous aurons besoin du courage du politique, de l’optimisme de l’entrepreneur et nous aurons besoin de l’opiniâtreté du chercheur.

Madame la Chancelière Je forme le vœu que les rencontres qui se noueront durant ce salon soient l’occasion de jeter les bases de coopérations nouvelles, et je souhaite avec vous qu’elles viennent nourrir l’audace créatrice de nos entreprises.

Vive l’Allemagne, vive la France.